Innovation : Grandes entreprises, arrêtez de voler les start-up !
    Par , Fondateur et PDG de MyID.is
  • mardi 12 février 2013 01:45
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Selon une étude publiée le 20 novembre par Telefonica Digital et le site Startup Genome, la Silicon Valley (SV) est le coin du globe qui attire le plus de serial entrepreneurs. Assez loin devant Paris, qui n'arrive qu'en 11e position au palmarès. Ici, la ville de Palo Alto, située dans la SV, d'où est originaire notamment le réseau social Facebook. cc/Wikipédia

« La France, n’a pas de pétrole mais a des idées », disait Valéry Giscard d’Estaing en 1978. En 2013, la tendance semble être au pillage des idées par les Grands Groupes français. Depuis quelques années, le quotidien d’entrepreneurs de jeunes pousses innovantes commence à ressembler davantage à un cauchemar qu’à un rêve. Au cours de l’année 2012, nous avons vu des entreprises innovantes être victimes des « méthodes » de certains Grands Groupes français qui s’apparentent à la prédation plus qu’au partenariat.

 

Le schéma classique consiste, pour ces Grands Groupes, à « travailler » quelques temps avec une startup, juste assez longtemps pour en tirer le maximum d’informations, puis à lancer leur propre service, laissant « mourir » leur jeune partenaire. Il est facile d’en citer cinq qui ont subi ces déboires en 2012. Certaines histoires sont publiques, telles que les démêlés de FriendsClear avec Renault et Crédit Mutuel Arkéa ou ceux d’AppsGratuites avec SFR et TechToc TV face à la Caisse des Dépôts et Consignations, d’autres, qui n’ont pas médiatisé leurs mésaventures, ont depuis disparu.

 

Dans le contexte économique actuel, où la nécessité pour la France est d’être compétitive, donc innovante, il apparaît nécessaire et urgent que notre pays se dote d’un code de bonne conduite afin d’aller vers une plus grande loyauté et solidarité entre les entreprises, fondées sur une communauté d’intérêts et ce, dans une perspective à moyen et long terme. Une charte éthique posant les bases des bonnes pratiques entre les entreprises, quels que soient leur taille et leur secteur d’activité, doit avoir pour but d’améliorer le climat des relations interentreprises et, plus spécifiquement, celui existant aujourd’hui entre les Grands Groupes et les entreprises innovantes.

 

Cette charte, dont la liste des signataires serait d’une part publique et d’autre part contrôlée, aurait pour finalité d’envisager les collaborations et les partenariats interentreprises de manière sereine et constructive, pour l’ensemble des acteurs économiques du pays. Trois points fondamentaux pourraient constituer le socle d’une telle charte : la confiance, le temps et l’argent.


La confiance


En France, il est impossible de déposer un brevet pour une idée ou un concept, comme c’est le cas en Amérique du Nord. Ce sont justement ces idées innovantes que les Grands Groupes viennent chercher auprès des startups qui ont su créer de la valeur, en ayant une vision renouvelée du monde qui nous entoure, afin de répondre au plus près aux nouveaux usages dans des délais très courts.

 

Il est indispensable que les relations entre Grands Groupes et entreprises innovantes se fassent en toute confiance. Ainsi, en ouvrant les portes de ses solutions innovantes, la jeune entreprise aurait la certitude de ne pas servir qu’à former les équipes des Grands Groupes, désireux de capter l’innovation en interne, et de la ressortir ensuite, mais d’évoluer avec elles vers une réelle collaboration.

 

Certes, il est possible d’établir des accords de confidentialité et d’autres sur les droits relatifs à la propriété intellectuelle présentée par l’entreprise innovante, en amont de la collaboration. À elle seule, l’année 2012 semble prouver que ce n’est pas suffisant, les Grands Groupes ayant les moyens de résister à des procès qui peuvent durer plusieurs années, tout en développant l’innovation volée, ce qui signifie la mort de la startup.

 

Le temps

 

Pour les sociétés high-tech, le temps est le nerf de la guerre. Être agiles leur permet d’avoir une grande vitesse d’exécution aboutissant à une mise sur marché en quelques mois seulement. Totalement à l’opposé des processus des Grands Groupes, dont les modèles d’affaires établis génèrent de très gros revenus, qui leur permettent de prendre leur temps : ils seront encore en affaires dans un an ou deux. Malheureusement, il n’est pas rare de voir s’écouler de six mois à un an entre la signature d’un accord et le début effectif de la collaboration. Un délai intenable pour une jeune société.


Afin d’optimiser la collaboration entre les parties, il est indispensable d’adopter une démarche pragmatique et de ne pas imposer systématiquement aux entreprises innovantes les usages et processus des Grands Groupes. Il me parait indispensable que les Grands Groupes soient capables de travailler en microcellules, réunissant deux à trois intervenants parfaitement qualifiés pour la mission qui leur est confiée. Trop souvent, le jeune entrepreneur se retrouve à devoir « former » ses interlocuteurs, ce qui, outre la perte de temps considérable, est également synonyme de perte d’argent.


L’Argent


Si l’on veut que la France conserve ou retrouve sa place parmi les leaders mondiaux de l’innovation, il nous faut absolument rentrer dans un cercle vertueux alliant éthique et rachat de l’innovation. Il est clair qu’un Grand Groupe qui rachète une entreprise innovante lui donne les moyens de se développer beaucoup plus vite, encore faut-il la laisser s’épanouir. Racheter une jeune pousse ce n’est pas seulement racheter une techno, une innovation, un portefeuille de clients, une traction… C’est aussi et surtout racheter la vision de l’entrepreneur ! Vision indispensable au succès de l’innovation ; on a vu trop souvent de Grands Groupes sortir de pâles copies pour finalement les fermer, faute de vision. Racheter une entreprise innovante, c’est également participer de façon vertueuse au développement de l’écosystème, un excellent moyen pour encourager l’innovation.


Si certains Grands Groupes continuent de piller les jeunes pousses françaises, quel sera l’intérêt pour leurs entrepreneurs de prendre tous les risques à innover ? D’autant plus que ce sont souvent ces mêmes entrepreneurs qui, lorsqu’ils ont réussi à survivre puis à revendre leur structure, financent l’innovation en France : Xavier Niel, Marc Simoncini, Jacques-Antoine Granjon, Jean-David Blanc, Pierre Chappaz, en sont quelques exemples.


En conséquence, je pense que par une attitude volontariste des parties prenantes, à savoir les Grands Groupes, les ETI/PME/TPE innovantes, l’adoption et la publication d’une Charte de collaboration éthique vis-à-vis de l’innovation ne peut que dynamiser le développement et la croissance de l’écosystème.

 

Je suis sûr que ces parties prenantes auront à coeur de collaborer ensemble à la rédaction et à la mise en oeuvre d’une telle charte. Si aujourd’hui, je réactive mon blog pour parler des relations Grands Groupes et Jeunes Entreprises Innovantes, c’est que MyId.is Certified a aujourd’hui assigné le Groupe La Poste pour exclusion illicite du consortium et atteinte à ses droits de propriétés intellectuelles. Ce sont au final deux années de partenariat gâchées et la sortie par le Groupe La Poste, seul, d’une solution de certification d’identité numérique, qui aurait du voir le jour au sein du consortium. Si, de facto, je suis relevé de mon devoir de confidentialité, mon propos, ici, est un appel à une prise de conscience collective de cette exception française qui s’apparente à des pratiques d’un autre temps que je souhaite voir disparaître.


Je formule le souhait que ma propre mésaventure serve aujourd’hui tant aux entrepreneurs innovants qu’aux dirigeants de nos Grands Groupes d’exemple et que, rapidement, se mettent en place les bonnes pratiques pour qu’émergent des entreprises solidaires pour une France compétitive !


Rappel des faits de l’expérience de MyID.is Certified avec le Groupe La Poste : Début juin 2009, mon entreprise est contactée par la DIDES (Direction de l’innovation et du développement des e-services au niveau corporate du Groupe La Poste), qui se déclarait intéressée par une collaboration, pour développer un projet de certification d’identité numérique, dans le cadre de « l’Appel à projets sur les services innovants du web » lancé par Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et du Développement de l'économie numérique sous Nicolas Sarkozy.

 

L’idée centrale de ce projet était en effet de reprendre le système de vérification de MyID, pionnière sur le domaine de la certification de l’identité numérique depuis 2007 avec plusieurs milliers d’utilisateurs inscrits dans 37 pays, en l’améliorant grâce à la capacité de La Poste de mobiliser sa flotte de facteurs, afin de délivrer « une identité numérique certifiée en lien avec l’identité réelle ». Cela semblait une opportunité à ne pas manquer, et le 15 septembre 2009, nous avons eu la joie de faire partie des 44 lauréats de cet appel à projet.

 

Cela signifiait pour nous la possibilité de passer à une autre étape dans le développement de notre activité en réalisant, entre autres, une expérimentation grandeur nature sur l’ensemble du territoire de l’Essonne. Le 17 mars 2010, nous commençons notre première réunion de travail, soit six mois après avoir été lauréat…

 

Un premier projet d’accord de consortium, rédigé par La Poste, ne commence à circuler qu’à partir du 9 avril 2010. Entre mars et juin 2010, nous nous rencontrons régulièrement pour définir le cadre de l’expérimentation repris par la DAIC (Direction des Activité Internet du Courrier du groupe La Poste), et la valeur ajoutée résultant de notre collaboration qui fait partie des propriétés intellectuelles communes. Il faudra ensuite attendre la fin de l’année 2010 pour avoir les éléments nécessaires au développement de la plateforme d’expérimentation dont la première version sera livrée en deux mois !


Il nous aura donc fallu 1 an après avoir été lauréat pour créer la première version du site… Le 31 mars 2011, l’accord de consortium est signé, soit après presque deux années ! S’en suit le début d’une très longue série de problèmes, tous plus ubuesques les uns que les autres, que je ne listerai pas ici, et qui débouchera sur la fin de notre collaboration.

 

Enfin, moins d’un mois après notre éviction du consortium, courant novembre 2011, le Groupe La Poste lance sa propre plate-forme de certification de l’identité numérique qui n’a pas de spécificité par rapport au projet développé avec MyID au sein du consortium. A la réflexion et d’un point de vue purement factuel, je ne peux que m’interroger sur les intentions initiales du Groupe La Poste lorsqu’il nous a demandé de participer à ce projet...

 


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