Printemps : et si le groupe Borletti roulait pour les qataris?
François Hollande recevant l'émir du Qatar, en août 2012. Dans la lignée de Nicolas Sarkozy, François Hollande n'a pas d'états d'âme quand il s'agit de faire des affaires avec les qataris. Jusqu'à quel prix ? Présidence de la République - C.Alix

Réjouissons-nous :  si le groupe américain Titan ne veut pas racheter l'usine Goodyear d'Amiens, d'autres investisseurs étrangers sont eux, bels et bien intéressés par des entreprises françaises. En l'occurence, l'un des fleurons du commerce parisien, le groupe "Printemps".

 

Officiellement, c'est son actionnaire minoritaire, Borletti, détenant 30 % du Printemps depuis 2006, qui serait acheteur des parts de Rreef, un fonds d'investissement dépendant de la Deutsche Bank. Mais officieusement, il bruite un peu partout dans Paris depuis 24 heures que ce seraient en fait les qataris qui, en sous-main, voudraient mettre la main sur le Printemps. Comment ? Par la technique toute simple de l'homme de paille. Bien que déja propriétaires du PSG et de plusieurs hotels de luxe à Paris comme le Concorde Lafayette ou l'Hotel du Louvre, les qataris sont friands de biens d'exception dans la capitale (Lire : Le PSG, le Qatar et l'argent, les dessous du rachat du club de foot parisien).

 

 

Le projet de reprise du Printemps consisterait à transformer les grands magasins parisiens en un immense maule de boutiques de luxe, et à revendre les magasins de province à un autre opérateur. Intérêt ? Le Printemps Haussmann ne serait alors plus qu'un produit immobilier à fort rendement : les loyers versés par les boutiques de luxe qui se battront certainement pour prendre un emplacement dans ce temple de la consommation dont les qataris ont le secret, puisqu'ils en sont... les meilleurs clients eux-mêmes. Plus de salariés en direct, sauf l'animation et la sécurité, plus que des loyers fixes et probablement comprenant une part variable indexée sur le chiffre d'affaires. Les clients des grands hotels parisiens détenus par... les qataris seraient évidemment très fortement incités à aller faire du shopping dans les grands magasins appartenant aux mêmes actionnaires. Ce maule de luxe en plein Paris, c'était très exactement le projet un temps étudié puis enterré pour l'hôtel de la Marine, place de la Concorde. Trop brutal, trop audacieux, enterré. Mais le Printemps n'est pas l'Hôtel de la Marine...

 

On comprend alors pourquoi les qataris hésitent à agir à visage découvert dans ce dossier, avec la casse sociale à la clef, puisque les salariés du Printemps n'auraient plus qu'à prendre tranquillement la porte, en espérant se faire réembaucher après deux ans de travaux par les boutiques installées au coeur d'un Printemps réaménagé, mais au rabais. Une société établie en France et baptisée French Properties aurait donc dealé avec Borletti pour que ceux-ci se portent acquéreur des 70 % du Printemps détenus par Rreef, d'autant que Borletti est prioritaire pour acheter les parts de Rreef sur d'autres clients potentiels. Un accord secret lierait Borletti à French Properties, accord dont des extraits ont été reproduits par Médiapart. Et qui est French Properties ? Une entité qui représente en France les intérets du fonds Mayapan, détenu par... le cheik qatari Al-Thani. Qui contrôle aussi le PSG, et les grands hotels sus-cités. La boucle est bouclée.

 

French Properties, dont la représentante en France, Chadia Clot, jointe par Economiematin.fr mercredi 20 février, n'a "pas souhaité faire de commentaires sur le sujet, beaucoup d'articles ayant été déjà publiés sur cette affaire", aurait convenu avec Borletti de racheter le Printemps pour 1,6 milliard d'euros. On est loin des 650 millions d'euros proposés à RREEF par Borletti pour les 70 % qu'il détient dans le Printemps ! Au bas mot, entre les deux, il y a 500 millions de plus-values à la clef... Plus-value sur lesquelles Borletti ne payera pas d'impôts, puisqu'installé au Luxembourg. Si l'on ajoute le fait que les qataris ont négocié une convention fiscale ultra avantageuse avec la France qui éxonère la famille royale qatari de tout impôt sur ses plus-values immobilières dans l'Hexagone... 

 

On peut imaginer que le fonds RREEF, découvrant le pot-aux-roses, ne va pas accepter la bouche en coeur l'offre de Borletti. En parallèle, le projet des qataris, qui commence à être dévoilé, pourrait être considéré comme socialement suffisamment dangereux pour que le gouvernement ne prenne pas le risque de faire du Printemps un bourbier politique. On attend avec impatience la lettre d'Arnaud Montebourg à Borletti et French Properties.

 

Mais le ministre du redressement productif aura  probablement maille à partir avec François Hollande, qui a recu l'émir du Qatar, le cheick Al Thani, à l'Elysée, dès le mois d'aout 2012, deux mois à peine après son élection.  Et deux fois le Premier ministre du Qatar, Hamad ben Jassem Al Thani, en septembre. Ont-il parlé du Printemps ? L'Elysée, (y compris les gorges profondes qui y résident, d'habitude si bavardes) est muet sur le sujet... 

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France pendant 2 ans, puis comme reporter, matinalier et intervieweur à BFM pendant 9 ans, avant de fonder Economie Matin en 2004 puis de le céder à un fonds d'investissement espagnol en 2007. Après avoir créé plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+Les Editions Digitales), il a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico.fr, dont il était rédacteur en chef, avant de relancer en 2012 Economie Matin sur Internet et sur mobile.

 

Il est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) et "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).


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