2019, année... erratique !

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Mes chers et fidèles lecteurs.

Avant de démarrer, je vous souhaite à toutes et tous, à chacune et à chacun, à celles et ceux qui me lisent, une bonne année, car au fond, c’est le bonheur que nous cherchons tous. Relisez cette phrase. Et après, écoutez la dialectique de notre ministre de l’Intérieur et de nos mamamouchis du gouvernement. Cela devrait vous faire sourire, car c’est leurs éléments de langage systématiquement répétés.

Je vous souhaite donc du fond du cœur une année où votre santé, la plus solide possible, vous permettra de mener à bien vos projets. Je nous souhaite collectivement de savoir retrouver le chemin de la concorde nationale et la voie pour guérir notre pays. Nous sentons tous de façon plus ou moins claire les pulsions terribles de violence qui tiraillent et déchirent notre France. Nous savons tous, hélas, que c’est assez mal parti.

Vous connaissez certainement la chanson, « 69, année érotique »… Je n’ai pas pu m’empêcher d’adapter ce titre pour l’année 2019, qui s’annonce, pour rester sobre et pudique, pour le moins… erratique.

Il n'y a pas de violence légitime !

Vous avez sans doute tous en tête ces images où un désormais célèbre boxeur français repousse à lui seul et à la force de ses poings quelques gendarmes mobiles dépassés, après d’ailleurs en avoir tabassé un au sol.

Vous avez sans doute moins en tête les images de toutes ces têtes défigurées par des tirs de flash-ball en plein milieu des visages au mépris de toutes les règles d’engagement et d’utilisation de la force.

Alors, aujourd’hui, et pour bien démarrer l’année, je souhaitais remettre l’église au milieu du village.

Il n’y a aucune violence légitime, et cela est évidemment valable pour nos forces de l’ordre.

Il n’y a que des violences indispensables, et cela n’a rien à voir.

Nous sommes tous d’accord sur le fait d’exercer une violence indispensable pour arrêter un terroriste en train de massacrer des innocents. Il n’y a pas franchement de débat dans un tel cas. Ici, la violence n’est pas « légitime ». Elle est indispensable.

Elle est indispensable pour préserver « plus » de vies !

Parler de violence « légitime » de la part d’un État sur son propre peuple légitime justement quelque chose qui n’est en aucun cas… légitime. C’est la raison pour laquelle je préfère parler de violence indispensable.

Le critère de violence indispensable est d’ailleurs, au fond, celui qui est retenu par notre justice dans les histoires de légitime défense.

La violence était-elle indispensable pour préserver la vie de ma famille par exemple ?

Certains peuvent considérer qu’il est légitime de « flinguer » le cambrioleur qui fuit sur un scooter en pleine rue, et qui est déjà à 50 mètres et ne représente plus une menace.

Je ne juge pas. Je « philosophe ».

Je dis donc que si certains peuvent juger que l’abattre est « légitime », on peut aussi juger que la violence n’est pas « indispensable » à la préservation de la vie puisque l’agression a « cessé ».

Se demander à chaque violence si elle est indispensable permet d’éviter justement les abus.

Ceux aussi bien des citoyens que des forces de l’ordre.

L’effet « foule », énervement ou testostérone est valable pour les « bleus » comme pour les « jaunes ».

Ce commandant de police qui frappe à plusieurs reprises un jeune homme désarmé, qui n’offre aucune résistance, de manière complètement hallucinante, n’exerce aucune violence indispensable. Puis, il recommence à plusieurs reprises. À chaque fois, d’autres policiers viendront s’interposer (légitimement) pour faire cesser ces agressions.

Peu importe ce qui se passe avant.

La violence des forces de l’ordre n’est pas une vengeance. Elle ne doit jamais l’être. Aucun tabassage ne peut être justifié et n’est justifiable.
C’est parce que la violence des policiers est indispensable qu’elle est acceptable et acceptée par tous les citoyens. Tout ce qui déroge à cette règle de bon sens sèmera les germes de violences futures encore plus grandes dont nous serons collectivement tous les victimes
.

La réalité d’un mouvement comme celui des gilets jaunes pose évidemment le problème de la violence, mais quand on pose le sujet de la violence, il n’est jamais le fait, ou très rarement, d’un camp, mais généralement la conséquence d’un terrible cercle vicieux.

Les violences se répondent entre elles. Elles s’agrègent. Se complètent. S’amplifient. Nous ne sommes pas ici, avec les gilets jaunes, dans le cadre de la violence liée à une délinquance de droit commun, ce qui ne veut pas dire que cette violence soit justifiable.

Ces violences vont se répondre de plus en plus rapidement et de plus en plus fortement. Cela d’autant plus que manifestement, les ordres donnés aux forces de l’ordre sont à la limite des règles démocratiques. Il est, à cet égard, indispensable de rappeler à chacun, gilets jaunes comme gilets bleus, que l’on est toujours jugé individuellement.

La responsabilité individuelle prend une tournure très différente quand soufflent les grands vents.

Il n’y a rien à espérer ni à attendre d’une répression de plus en plus forte. De plus en plus aveugle. De plus en plus arbitraire.

Le métier de nos gendarmes et de nos policiers est de donner du temps pour que la réponse politique puisse s’exprimer dans un cadre de maintien de l’ordre et d’ordre maintenu. Pas de permettre le maintien au pouvoir de certains au détriment d’autres. Nuance complexe, certes, mais nuance indispensable.

Dit autrement, les forces de l’ordre sont au service de la République et de l’État, pas l’outil de quelques représentants, fussent-ils élus, désignés par ceux qui ont été élus ou encore hauts fonctionnaires.

En dépassant certaines limites, les forces de l’ordre prennent le risque de passer, dans l’esprit des citoyens, du statut de police à celui de milice patronale ou oligarchique. Croyez-moi, c’est une dérive qui, si elle se poursuit, sera terrible de conséquence pour tout le monde. Pourquoi ?

Parce que la violence exercée des gilets bleus sur les gilets jaunes, devenant « illégitime » dans la mesure où elle ne sera plus au service du peuple, mais de la protection d’une petite caste honnie, ouvrira la porte à toutes les outrances d’un côté comme de l’autre.

Pour résumer, c’est parce qu’une violence est indispensable qu’elle est légitime et donc acceptable. Pas parce qu’elle exercée par un homme habillé en bleu au nom de l’État.

La France est un vieux pays, une vieille nation comme le disait si bien Dominique de Villepin. Beaucoup ont encore, dans l’inconscient collectif, une « certaine vision de la France » et de ce qui y est possible ou impossible.

Il n’y aura de réponse réelle et durable que politique et démocratique

Depuis le départ, j’explique qu’il n’y aura de réponse que démocratique, en rendant au peuple le pouvoir qu’il réclame légitimement, car contrairement à la violence qui n’est jamais légitime, mais parfois indispensable, la souveraineté et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes sont évidemment ce qu’il y a de plus légitime.

Cette demande est d’ailleurs tellement légitime qu’elle est gravée dans à peu près toutes les Déclarations des droits de l’homme ou constitutions de pays dits « démocratiques ».

Je persiste dans mon analyse qui consiste également à dire que nous ne sommes pas dans une jacquerie fiscale, bien que les taxes soient le point de départ de la révolte, mais dans un mouvement profondément révolutionnaire par essence et par nature et qui vise une réappropriation du pouvoir par le peuple et pour le peuple, ce qui, disons-le sans ambiguïté, est un vrai sujet.

Malgré les cris d’orfraie de nos politiciens qui hurlent que c’est la République qui est attaquée, mon analyse est très différente sur ce point précis. La République n’est pas attaquée. Les manifestants entonnent l’hymne de la République, brandissent son étendard. La République n’est pas rejetée. Ce sont les représentants et les mamamouchis actuels qui provoquent un rejet terrible. En voici la raison.

Le fond du sujet, c’est qu’évidemment les peuples européens subissent depuis plus de 10 ans maintenant des successions ininterrompues de dénis de démocratie.

Des élites « éclairées » se sont arrogé le droit de penser pour tous et de faire la politique qu’ils souhaitent contre les peuples qu’ils sont censés représenter.

On ne peut pas éternellement mener une politique contre son propre peuple sans qu’il n’y ait, à un moment donné, de conséquences désagréables.

Cela fait des années que vous pouvez trouver en fin de chacun de mes éditos cette citation de JFK : « À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »

Cela n’est pas un hasard. Le chemin que nous empruntons ne peut nous mener qu’à cette alternative. Ce n’est pas faute de prévenir et d’alerter depuis des années et des années. Je suis évidemment favorable aux révolutions pacifiques pour éviter à tout prix les révolutions violentes. Hélas, pour cela, il faut que ceux qui dirigent anticipent, comprennent et acceptent pacifiquement de remettre une partie de leur pouvoir… Nous n’en prenons malheureusement pas franchement le chemin.

Pour sortir réellement de la crise, la réponse est politique.
La vision est politique.
La solution est une adaptation et une modernisation de notre superstructure à notre infrastructure.

Sans réponses concrètes et réelles, alors notre pays sera contraint de subir ces montées de violences qui deviendront de plus en plus fortes.

À cet égard, le cas de la Grèce est édifiant. Même le « gauchiste » Tsipras finira par faire la politique exigée par Bruxelles contre la population grecque qui souffre depuis maintenant plus de 10 ans.

Tout vient de la crise de 2008 !

Enfin, non, cela vient d’avant, et les causes sont multiples, mais l’étincelle, c’est évidemment la crise des subprimes de 2007 et 2008.

Nous sommes en 2019, et nous sommes sensiblement dans la même situation, mais… en pire. Nous avons accumulé encore plus de dettes, encore plus de déséquilibres, encore plus de difficultés et les mêmes causes produisent généralement des effets assez identiques.

La FED monte ses taux, malgré les hurlements de Donald Trump, qui voit très bien l’effondrement économique poindre le bout de son nez et la chute des marchés boursiers en raison justement de la politique de la FED.

Avant chaque crise, les banques centrales montent les taux. Les banques centrales déclenchent volontairement les crises.

La FED a décidé de le faire à nouveau. Elle monte donc ses taux, et on voit bien que les marchés souffrent déjà.

La probabilité de crise économique majeure pour 2019 est donc très élevée.

La Macronie risque donc d’être confrontée rapidement à un contexte économique très détérioré (alors qu’il n’est déjà pas fondamentalement brillant) au moment même où le gouvernement veut « accélérer » ses « réformes » pour les rendre plus « radicales », comme le dit le pauvre Griveaux, évacué en urgence de son Palais avant une rencontre directe avec la radicalité des gilets jaunes. Réformes explosives des retraites, et encore plus de l’indemnisation du chômage !!

Le chômage, déjà très élevé, va monter avec la nouvelle crise. Les indemnités vont baisser.

Les effets seront terribles. Cette politique, incompréhensible.

Sans oublier le prélèvement à la source qui va s’avérer une nouvelle source d’emmerdements pour le gouvernement.

En clair, l’année 2019 s’annonce au mieux erratique, au pire… révolutionnaire ! N’oublions pas que les révolutions sont toujours le fait d’une infime minorité.

Au fait, bonne année !!! J’en profite pour adresser un immense merci aux abonnés à la lettre STRATEGIES. Mon indépendance est assurée par vous mes chers lecteurs. Alors du fond du cœur, recevez toute ma gratitude.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Article écrit par Charles Sannat pour Insolentiae


A découvrir

Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.