La face cachée du bras de fer entre Marc Simoncini & les opticiens

  • Il se vend environ une monture de lunettes toutes les 2 secondes en
    France, soit 11 millions par an.

Il se vend environ une monture de lunettes toutes les 2 secondes en
France, soit 11 millions par an.

Depuis quelques temps, les opticiens sont l'objet de nombreuses critiques de la part de Marc Simoncini, fondateur du site de vente de lunettes en ligne Sensee.


Si les opticiens arrangent parfois leurs ventes en fonction des remboursements, cette pratique connue et condamnable concerne une minorité d'opticiens. Elle est d'ailleurs très souvent mise en place à la demande des clients.

Mais, l'attaque principale de M. Simoncini concerne Essilor qui refuse de fournir des verres de lunettes à son site de vente de lunettes en ligne. L'absence de cette marque sur son site apparaît comme l'excuse idéale pour rejeter la faute sur un fabricant. Or de nombreux opticiens fonctionnent très bien sans vendre des verres de cette marque. La vraie raison des difficultés de M. Simoncini se trouve donc ailleurs.

Par rapport à ce secteur très lucratif, deux questions mériteraient d'être débattues sur la place publique : Pourquoi la vente de lunettes montées sur internet ne fonctionne-t-elle pas ? Pourquoi le leader mondial des verres correcteurs refuse la vente à des sites de lunettes montées sur Internet ? Et par conséquent : pourquoi ce modèle économique ne démarre-t-il pas ?

De nombreux sites de lunettes se lancent et profitent d'une absence de cadre réglementaire en négligeant le respect des normes existantes. Des entrepreneurs sans formation d'opticien vendent des lunettes sur Internet en négligeant l'intervention de l'opticien et le centrage rigoureux des verres de lunettes.

Une paire de lunettes ne peut pas se vendre comme un simple téléviseur. Il s'agit là d'un produit de santé qui obéit à des normes de santé. Les sites de vente en ligne fournissent les mêmes montures et les mêmes verres qu'en magasin. Par contre ils ne fournissent pas le même service. Les lunettes nécessitent d'être ajustées sur le nez / les oreilles et les verres doivent être rigoureusement centrés en face des pupilles (en écarts et en hauteur).

 

Ces services ne peuvent être fournis sans contact physique entre un porteur de lunettes et un opticien. C'est pour cette raison que M. Simoncini n'arrive pas à vendre autant de lunettes qu'il l'espérait. Les consommateurs ne sont pas prêts à acheter des lunettes sans le service d'un opticien en boutique.

Que pensent d'ailleurs les ophtalmologistes de la vente de lunettes sur Internet ? Dans une étude récente parue dans « Réalités Ophtalmologiques » (janvier 2013), le docteur V. Ameline analyse les limites et les conséquences de la vente de lunettes sur Internet. La conclusion reste sans appel : « la vente de lunettes montées sur Internet convient uniquement pour des verres unifocaux de faible puissance ».

 

La norme ISO NF EN ISO 21987 définit les tolérances de décentrement des verres par rapport aux pupilles. Dans son étude, le docteur V. Ameline explique l'origine et l'importance du respect de ces normes et les conséquences en cas de non-respect. Pour des verres unifocaux, un décentrement peut engendrer des maux de tête, des douleurs oculaires. Pour des verres progressifs, ces risques sont aggravés, il y a en plus un fort risque d'inadaptation et de réduction de champ de vision, etc.

Si aujourd'hui Sensee semble être un échec ce n'est pas à cause d'Essilor, mais parce que le modèle même ne remporte pas l'adhésion des ophtalmologistes, ni des consommateurs. Accuser les ophtalmologistes serait suicidaire pour un vendeur de lunettes, alors Marc Simoncini attaque Essilor et les opticiens, cibles faciles régulièrement mise en cause, à tort.

Deuxième question à soulever : pourquoi Essilor ne veut pas vendre à Sensee ? Il semblerait que cette marque ne souhaite pas s'associer à un site dont les lunettes ne seront pas ajustées et les verres pas précisément centrés. Visiblement, cet acteur du marché de l'optique ne souhaite pas que des clients équipés de leurs verres ne soient pas satisfaits à cause d'un centrage approximatif. Il paraît aussi délicat pour une marque aussi importante de vendre à un site déconseillé par les ophtalmologistes.

A l'heure actuelle, peut-on alors vendre des lunettes sur internet, non seulement avec le soutien des ophtalmologistes, mais aussi en toute sécurité pour les consommateurs ? La solution de vendre des lunettes en kit (verres et montures séparées), puis de les faire monter par des opticiens partenaires ne serait-elle pas l'alternative responsable puisque dans ce cas, les opticiens assurent l'ajustage de la monture, le centrage des verres et apportent le service qu'internet n'est pas capable d'apporter ?

Le débat reste ouvert.

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