L'agriculture de précision, réponse high tech aux intrants chimiques ?

50 %
Le gouvernement a annoncé vouloir réduire l'utilisation des pesticides
de 50% à l'horizon 2025 en privilégiant des solutions alternatives aux
herbicides et néonicotinoïdes.

En tirant le meilleur des nouvelles technologies, l'agriculture de précision fait gagner du temps et de l'argent aux exploitants, tout en limitant l'impact environnemental de leurs activités. Pourtant, elle est la grande absente du plan gouvernemental pour réduire les intrants chimiques : un paradoxe difficilement justifiable.

L'agriculture de précision permettra-t-elle de se détourner des intrants ? Le phénomène gagne du terrain dans les campagnes françaises, comme en témoigne l'émergence de nombreuses start-up dédiées à cette nouvelle manière de cultiver et produire, à l'image de ITK, Naïo ou encore Sencrop. Cette dernière commercialise des capteurs météo qui, depuis les parcelles agricoles sur lesquelles ils sont installés, transmettent en direct aux exploitants quantité de données essentielles à leur activité : pluviométrie, température et hygrométrie de l'air, vitesse et direction du vent, etc.

Gain de temps et limitation des intrants chimiques

Relevées toutes les quinze minutes, ces données sont transférées en temps réel aux serveurs de la jeune pousse lilloise, puis aux smartphones et ordinateurs des agriculteurs abonnés au service. Une manière de gagner un temps précieux, l'exploitant n'ayant plus besoin de se déplacer lui-même sur ses parcelles pour déterminer s'il lui faut, ou pas, intervenir. Un système d'alertes personnalisables complète le dispositif qui, en plus de réduire les déplacements sur des parcelles parfois très éloignées, permet aux agriculteurs de limiter l'utilisation d'intrants chimiques au strict nécessaire.

En somme, les capteurs développés par Sencrop favorisent une agriculture de précision, tout en rendant le quotidien des exploitants plus facile et en limitant l'impact environnemental de leurs activités. Autant d'atouts qui expliquent le succès de la start-up, qui a déployé en seulement deux ans d'existence 4 000 de ses capteurs en France, et se développe à l'échelle européenne, notamment en Belgique et aux Pays-Bas. Un signe parmi d'autres qui atteste des évolutions à l'oeuvre dans un monde agricole confronté à de nombreux défis.

De nouvelles technologies agricoles promises à un bel avenir

Certes, après de longues années de crise, la situation financière des agriculteurs français s'est globalement améliorée en 2017, avant de se stabiliser l'année dernière. Mais ce regain de forme demeure précaire, les exploitants devant assumer les coûts d'équipements, d'intrants et de semences toujours plus élevés. Dans ce contexte, l'agriculture de précision représente une alternative séduisante, permettant aux exploitants de réaliser de substantielles économies sur les postes de dépenses les plus stratégiques.

Les agriculteurs français désireux d'améliorer leur productivité tout en réduisant l'apport de produits phytosanitaires ne s'y trompent pas, comme le révèle une étude récemment publiée par Xerfi. Selon les experts de l'institut, les nouvelles technologies sont promises à un bel avenir au sein des exploitations agricoles tricolores : systèmes de guidage et d'autoguidage, robots de traite, d'alimentation, de nettoyage ou de culture, télédétection satellite, aérienne ou par drone, capteurs connectés et logiciels permettant d'exploiter les données se démocratisent progressivement.

Selon Xerfi, le taux d'adoption des outils d'aide à la décision (OAD) devrait ainsi fortement progresser d'ici à 2022, à la faveur de la baisse des prix des capteurs et de l'amélioration continue de l'intelligence artificielle (IA). Si « l'agriculture 4.0 » n'est pas pour demain, l'objectif est bien, à terme, d'automatiser et de robotiser les tâches agricoles les plus ingrates et chronophages, en permettant aux agriculteurs de piloter leur exploitation de la manière la plus précise, efficace et productive possible.  

L'agriculture de précision absente des priorités gouvernementales

Si l'agriculture de précision représente bien l'avenir d'un secteur en pleine mutation, elle reste paradoxalement la grande absente du plan d'action du gouvernement français pour réduire le recours aux pesticides et autres produits phytosanitaires. Présenté en avril 2018 par différents ministères, cet ambitieux programme prévoit, entre autres, de ne plus renouveler les substances les plus préoccupantes pour la santé humaine ou l'environnement, de réduire l'utilisation des pesticides de 50% à l'horizon 2025 en privilégiant des solutions alternatives aux herbicides et néonicotinoïdes, et d'accompagner les agriculteurs dans leur transition vers une agriculture « moins dépendante des produits phytopharmaceutiques ».

Des objectifs plus que louables, donc, mais qui nécessitent de recourir, pour les atteindre sérieusement, à l'ensemble des solutions envisageables. Si elle n'a pas réponse à tous les défis du secteur, l'agriculture de précision représente bel et bien une voie vers une des activités plus rentables et, surtout, plus durables. Pourquoi s'en priver ?


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