Arkéa : pourquoi vouloir partir quand tout va bien ?

2,15 MILLIARDS €
Arkéa a enregistré un produit net banque assurance (PNBA) de 2,15
milliards d?euros.

Malgré des résultats records, enregistrés aussi bien par le Crédit Mutuel Arkéa que par sa maison-mère, la Confédération nationale du Crédit Mutuel, Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal, les dirigeants de la banque bretonne, souhaitent toujours son indépendance. Au prix de quelques paradoxes.

Toujours pas de signe d’apaisement entre le Crédit Mutuel Arkéa et sa maison-mère, la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), alors que le premier semble plus déterminé que jamais à faire sécession. La chose n’est pas nouvelle : Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal, respectivement président et directeur général de la banque bretonne, estimant avoir les mains liées et ne pouvoir assurer le développement optimal de leur groupe, militent depuis plusieurs années pour l’indépendance. Tandis que la CNCM, mais également les autorités bancaires française et européenne, prônent l’unité.

« Résultats records »

Mais peut-on raisonner l’irraisonnable ? Au moment où la sécession n’a jamais paru aussi certaine, Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal accumulent les paradoxes, jetant le trouble sur leur projet. En janvier 2018, Jean-Pierre Denis affirmait ainsi au quotidien régional Ouest-France que « cette année encore, nous allons afficher des résultats records », après une cuvée 2017 fastueuse. Ce qui n’a pas manqué, puisque Arkéa a enregistré un produit net banque assurance (PNBA) de 2,15 milliards d’euros, en hausse de 2,7 % par rapport à l’exercice précédent. Et un résultat net à hauteur de 437 millions d’euros, soit + 2,1 % par rapport à 2017 (et + 30 % en deux ans). De bons chiffres qui ont permis 800 recrutements en CDI en 2018, la masse salariale d’Arkéa atteignant depuis les 10 500 salariés.

Dans la même interview, le dirigeant d’Arkéa expliquait pourtant qu’« aujourd’hui, l’analyse que nous faisons, c’est que, depuis environ six mois, notre autonomie est directement menacée par les projets centralisateurs de la Confédération nationale qui entrave notre développement ». Un brin paradoxal, quand on constate les bons chiffres de la banque bretonne, qui surfe d’ailleurs sur l’excellente santé de la CNCM (3,5 milliards d’euros de bénéfice net en 2018, en hausse de 17,7 %, soit « le plus élevé de son histoire » selon son président, Nicolas Théry), et qui vient d’ailleurs d’être élu meilleur groupe bancaire français au palmarès international Global Finance. Des « résultats records », pour reprendre les mots de Jean-Pierre Denis, dus en grande partie à la solidité et au gage de sérieux offert par le statut mutualiste et la marque Crédit Mutuel qu’Arkéa s’apprête à délaisser...

Abandon du statut mutualiste

Même le président le reconnaissait volontiers en 2018 : « Personne ne doute, moi le premier, de l’importance de la marque Crédit Mutuel. Elle a une dimension historique, affective, et véhicule un certain nombre de valeurs. » Autre paradoxe. Mais une chose est à peu près certaine : en abandonnant la « marque Crédit Mutuel », Ronan Le Moal et Jean-Pierre Denis peuvent tirer une croix sur le statut mutualiste et coopératif, qui leur a permis d’assurer le bon développement de leur banque. Si bien que les syndicats ont commencé à taper du poing sur la table, il y a un an, pour s’opposer au projet un brin farfelu de leurs patrons. D’autant plus que la CNCM, fin 2018, était prête à « offrir » à la banque bretonne davantage de libertés pour renouer le dialogue.

Pas assez, visiblement, pour Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal, que certains soupçonnent de vouloir s’enrichir personnellement dans l’affaire. Et il y a de quoi nourrir quelques doutes. Car en abandonnant le statut mutualiste, le Crédit Mutuel Arkéa - qui devrait changer de nom - intégrerait de plein fouet le monde concurrentiel et capitaliste. De quoi offrir à ses dirigeants toute latitude pour conduire leurs affaires comme ils le désirent. Certains analystes laissaient entendre qu’à travers l’indépendance d’Arkéa, ses patrons ne cherchaient qu’à... flatter leur ego.


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