Arpege Prévoyance : le modèle AG2R LA MONDIALE paie

53 %
Entre 2008 et 2016, le nombre des seules mutuelles et institutions de
prévoyance a fondu de 53%.

Arpege Prévoyance serait-elle parvenue à arriver au bout du tunnel sans y voir la lumière ? L’institution de prévoyance alsacienne, qui a connu une longue période d’incertitude depuis septembre 2017, a fait l’objet d’une attention toute particulière de la part du groupe AG2R LA MONDIALE MATMUT.

La partie n’était pourtant pas gagnée d’avance. Dès septembre 2017, des salariés du GIE AG2R Réunica, affectés à Arpege Prévoyance et à sa mutuelle-sœur Muta Santé, manifestaient pour signaler leur inquiétude de voir leur institution de prévoyance (IP) intégrer la structure prudentielle voulue par AG2R LA MONDIALE. Alors qu’elles avaient approuvé la création de cette SGAPS (société de groupe assurantiel de protection sociale) un an plus tôt, les deux complémentaires avaient décidé d’y suspendre leur adhésion.[1]

Jusque fin 2018, la situation était allée en s’envenimant et en prenant des dimensions ubuesques : premier schisme politique avec la formation de deux conseils d’administration, l’un promouvant une sortie de l’IP du groupe AG2R LA MONDIALE, l’autre s’y opposant ; décision du tribunal de grande instance de Mulhouse de ne reconnaître aucun des deux conseils et de nommer un administrateur provisoire ; schisme effectif entre l’IP et Muta Santé fin 2018 avec le départ de la seconde sous la direction de l’ancien directeur de l’IP, Stéphane Demuth.

Il faut reconnaître que de tels rebondissements ne sont pas inhabituels dans un secteur de l’assurance où se multiplient depuis plusieurs années les projets de concentration. Sous l’effet des réformes réglementaires de 2002 (application des directives européennes relatives à l’assurance aux mutuelles), 2007-2008 (relèvement du seuil prudentiel pour les mutuelles) et 2013 (normes Solvabilité II, ANI), les organismes complémentaires ont dû se regrouper pour atteindre la taille critique devenue nécessaire à leur activité. [2]

La concurrence s’est encore intensifiée après la censure des clauses de désignation et l’uniformisation du marché de la santé par la mise en place des contrats responsables. Résultat : entre 2008 et 2016, le nombre des seules mutuelles et institutions de prévoyance a fondu de 53%, de 1034 à 483 structures.

Les grands mouvements de concentration qui ont eu lieu ces dernières années ont été révélateurs des conceptions parfois particulières de l’intégration entre acteurs prétendument porteurs de valeurs paritaires ou mutualistes. Exemple avec le rapprochement récent de Malakoff Médéric et d’Humanis. Les mauvais résultats d’Humanis et les réformes institutionnelles internes sont source de tensions entre les administrateurs[3], et rappellent  le fiasco du rapprochement tenté avec La Mutuelle Générale en 2016 puis abandonné à la dernière minute[4]. Les exemples de fusions violentes ou avortées ne sont pas rares : mi-2016, Matmut et Macif ont annoncé l’abandon de leur processus de rapprochement au sein de leur SGAM (société de groupe d’assurance mutuelle) Sferen.

L’attitude conciliante d’AG2R LA MONDIALE (groupe auquel s’est jointe Matmut au début de l’année) détone dans le paysage, et ce d’autant plus qu’avant même le départ de Muta Santé, l’IP-Mutuelle pesait à peine plus d’un pour cent des effectifs du groupe. Selon des sources informées, la situation connue en 2018 fait désormais partie du passé, un projet d’entreprise a été construit en étroite collaboration avec le conseil d’administration pérenne du groupe, et la situation a retrouvé son calme. Peut-être l’IP alsacienne, au milieu des fusions violemment avortées, confirme le caractère fructueux d’un modèle d’intégration fondé sur une attitude compréhensive et respectueuse de la valeur locale des entités absorbées. Un bon point pour le groupe qui se veut, selon son directeur général, « des territoires et des terroirs »[5].

[1] https://www.argusdelassurance.com/acteurs/ag2r-la-mondiale-l-alsace-inquiete-pour-son-avenir.121837
[2] https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/oc2016.pdf
[3] https://www.lesechos.fr/2018/06/protection-sociale-mariage-de-geants-entre-humanis-et-malakoff-mederic-996661
[4] https://www.argusdelassurance.com/acteurs/malakoff-mederic-la-mutuelle-generale-une-rupture-controversee.106929
[5] https://www.ag2rlamondiale.fr/nous-connaitre/notre-identite


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Jean-Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016.

Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time. 

En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007.

Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an.

En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier. 

Il a également été éditorialiste économique sur SUD RADIO de 2016 à 2018.

 

Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).