"1, 2, 3 data" et "Artistes et robots" : deux expositions captivantes à Paris sur l'art et la technologie

14 euros
Le ticket d'entrée pour l'exposition "Artistes et Robots" est de 14
euros.

Deux expositions parisiennes mettent le big data et les robots à l’honneur, un dialogue fructueux entre art et technologie.

Ce ne sont pas les expositions dont on parle le plus à Paris, ce sont pourtant les plus passionnantes et les plus innovantes parce qu'elles mêlent l'art et la technologie avec inventivité et intelligence.

La première est "1, 2, 3 data" à la Fondation EDF Electra (du 4 mai au 6 octobre), 6 rue Récamier à Paris (entrée gratuite). L'exposition présente des œuvres qui cherchent à transcrire les flux de données issus du "big data", que ce soit les niveaux de revenus à Paris ou à New York (Hedwig Scherabon), le tournoiement des vents à l'aéroport d'Istambul (Refik Anadol) ou à l'échelle des États-Unis d'Amérique (Nicolas Belmonte), une analyse des selfies (Selfiecity), les flux d'ondes qui nous traversent (Architecture of Radio), un décryptage des expressions émotionnelles de Donald Trump lors de sa campagne électorale (Periscopic), l'analyse des centre d'intérêts d'un milliard d'internautes à partir des 250 milliards de recommandations qu'ils génèrent par mois (Dataveyes), la cartographie des données collectées par Facebook (The Human Fabric of the Facebook Pyramid), etc., ce ne sont là que quelques exemples. L'exposition est très interactive, il y a même un casino avec de véritables machines à sous où l'on obtient des jetons non pas en échange d'argent, mais en donnant, jusqu'au niveau où on le juge tolérable, ses données personnelles (prénom, nom, mail, adresse, numéro de sécurité sociale, téléphone mobile, empreinte digitale, numéro de carte bancaire). Très amusant. Une plateforme (123data.paris) permet de prolonger l'exposition sur Internet.

En complément, on ne manquera pas non plus "Artistes et robots" au Grand Palais (du 5 avril au 9 juillet, 14 euros) qui montre comment les robots puis les algorithmes sont utilisés par les artistes. On voit défiler les robots constitués de téléviseurs de Nam June Paik, les machines de Tinguely, les compositions musicales de Xenakis, et des œuvres d'artistes contemporains comme la stupéfiante sculpture qui se recompose en apesanteur d'Elias Crespin, les fleurs cybernétiques de Couchot et Bret, les fascinantes sculptures de colonnes en papier de Michael Hansmeyer, etc.

Prenons un peu de recul et posons-nous une question : comment expliquer l'intérêt de ces deux expositions par rapport à celles concernant l'art contemporain en général, où l'on est, pour une grande part des œuvres présentées, très déçu ? C'est que justement l'art contemporain "en général" est très nombriliste, l'artiste s'en remet à son seul ressenti, alors qu'ici le créateur se confronte au réel, que ce soit des données, une machine ou un algorithme. Cela introduit une contrainte, une dialectique, un dialogue, c'est-à-dire un processus incomparablement plus enrichissant, et cela se voit. Quoi qu'il en soit, allez vous faire votre opinion avec ces deux expositions incontournables.


A découvrir

Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.