Désormais les compagnies d'assurance pourront piocher dans... l'argent des épargnants !! Explications.

54 MILLIARDS €
La provision pour participation aux bénéfices représente 54 milliards
d'euros.

Cela fait des années que je ne m’en cache pas. Je n’aime pas les placements en assurance-vie, en particulier les fonds en euros pour leur « fausse sécurité » si souvent mise en avant comme argument massue.

Si dans certains cas l’assurance-vie peut-être adaptée, depuis la crise de 2007/2008 il devient assez évident et prévisible que ce placement, qui fût le meilleur des 30 dernières années, sera au mieux l’un des plus médiocres des 30 prochaines… Et c’est logique.

Plus les Etats sont endettés et plus la baisse des taux est nécessaire pour maintenir l’illusion de la solvabilité. Les taux qui baissent ne sont qu’un indice, un signal faible de l’insolvabilité généralisée du système. Les taux bas ou négatifs, masquent l’insolvabilité, ils reculent le moment de l’annonce de la faillite.

Pour donner encore quelques instants de vie à ce système, les tenanciers et autres « tôliers » sont prêts à tout et à toutes les carabistouilles.

La dernière en date en provenance de Bercy et de notre ministre Bruno est assez fantastique dans le genre…

Pour le moment tout n’est pas très clair, et il conviendra d’analyser dans les détails l’arrêté qui sera signé par le ministre de l’économie et de l’insolvabilité.

Mais d’après les fuites du journal Les Echos voici ce que l’on croit savoir pour le moment :

« Taux négatifs : Bercy cède aux demandes des assureurs-vie »

C’est le titre de cet article du très sérieux quotidien Les Echos qui n’a pas pour habitude de verser dans le complotisme économique.

« Un arrêté doit être publié dans les tout prochains jours permettant d’intégrer la provision pour participation aux bénéfices de l’assurance-vie au calcul de solvabilité. Objectif : donner de l’oxygène aux acteurs fragilisés par la baisse des taux »….

La PPB… la provision pour participation aux bénéfices, ce sont les réserves de performance, de gains que doivent constituer les compagnies d’assurance-vie. Techniquement et juridiquement ces provisions appartiennent aux clients, aux épargnants donc, car elles sont des gains réalisés sur leurs placements, sur leurs portefeuilles, mais que la compagnie ne distribue pas et « met en réserve ». Ce principe est bon à la base et la logique était très saine.

Voici ce qu’écrit le journal : « Les assureurs ont eu, finalement, gain de cause. Face aux taux bas, qui fragilisent sérieusement certains d’entre eux, Bercy s’apprête à mettre en place un dispositif allégeant la pression sur leurs ratios prudentiels. Sauf surprise, le ministère des Finances devrait publier dans les tout prochains jours un arrêté autorisant un assureur-vie, « dans des circonstances exceptionnelles », à reprendre tout ou partie de la provision pour participation aux bénéfices (PBB), qui appartient aux assurés. Celle-ci est destinée à lisser les rendements promis aux assurés ».

En gros l’idée c’est de permettre d’intégrer la PPB dans les ratios de solvabilité des compagnies d’assurance et gonfler ainsi de façon artificielle ce que l’on appelle les « capitaux propres ». Ceci implique logiquement que si ces sous font partie des capitaux propres de la compagnie, ils n’appartiennent plus vraiment aux … épargnants.

Pour sauver la face on fait des circonvolutions du genre… Novlangue… avec ce genre de mentions assez douteuses dans les faits mais compréhensibles en termes d’effets de communication :

« Le droit des assurés préservé »… oui le droit est préservé, à ne pas confondre avec votre argent qui lui, est potentiellement spolié en cas de « situation exceptionnelle »… hahahahaha que c’est beau la langue des vessies et des lanternes de Bruno.

« Dans les grandes lignes, l’arrêté précise les « circonstances exceptionnelles » dans lesquelles l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) pourrait autoriser un assureur à puiser dans la réserve des assurés. En gros, celui-ci doit être au bord de la faillite. Le projet pose toutefois des conditions et surtout, « la restitution à partir de résultats ultérieurs et sous un délai maximal de 8 ans des montants repris sur la provision », selon le texte dont « Les Echos » ont obtenu une copie ».

Bon si je comprends bien (et c’est sous réserve encore une fois du texte officiel de l’arrêté ministériel), acte 1, on intègre les PPB dans les fonds propres. Acte 2 une fois les PPB intégrés dans les fonds propres, on considère logiquement qu’en cas de pépins les sous n’appartiennent plus aux épargnants mais à la compagnie… Acte 3, comme il faut « préserver le droit des assurés » on prévoit une sorte de clause de retour à meilleure fortune dans les 8 ans…

Si la compagnie va mieux et qu’elle a pioché dans les sous des assurés, et bien il faudra les rendre… peut-être, un jour… on verra. Ou… pas !

Cette idée géniale semble venir directement de nos amis Allemands, grands donneurs de leçons de saine gestion, et également grands carabistouilleurs de comptabilités surtout bancaire et financière.

« Les assureurs allemands, plus pénalisés par la baisse des taux (notamment avec leurs contrats à taux garanti), présentent en effet des ratios de couverture du capital requis bien supérieurs à leurs concurrents français, grâce notamment à l’intégration de la PBB dans le calcul ».

Enfin, sachez que la PPB représente en France 54 milliards d’euros appartenant aux épargnants.

Disons que maintenant, les épargnants ont 54 milliards d’euros en moins grâce à l’efficacité d’un arrêté ministériel.

Et hop…; envolé les sous. Disparus tes sous !!!

Ma conclusion est simple, et constante depuis des années.

Ce sont les épargnants qui payent les crises et les faillites. Toujours. Il vous faut donc une bonne raison pour avoir encore de l’argent dans tous ces produits financiers, dans ces banques etc…

Sinon, vous prenez vos sous, et vous en avez le moins possible sous forme de placements financiers…

L’idéal c’est évidemment de sur-pondérer au maximum les actifs tangibles, mais ça, vous le saviez déjà !!

Les mesures sont de plus en plus coercitives et souvenez-vous de ce rapport du FMI.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.