11% de baisse du pouvoir d'achat des ménages américains. Du jamais vu depuis 1947 !

2200 MILLIARDS $
Le pouvoir d'achat des revenus des ménages après impôt a chuté de
2.200 milliards de dollars aux Etats-Unis.

La situation économique est très compliquée et c’est le moins que l’on puisse dire. Il ne s’agit pas d’être alarmiste, mais de voir la réalité telle qu’elle est. Pas pire qu’elle n’est, mais telle qu’elle est.

Or, lorsque l’on écoute les grands médias, nous ne faisons jamais qu’effleurer les grands sujets, nous prenons rarement le temps d’aller dans les détails et l’on nous donne rarement les informations les plus importantes, qui, pourtant existent et sont parfaitement accessibles.

Les Etats-Unis font des rapports dans tous les sens, et vous en avez un sur le PIB, qui bien évidemment sont longs et fastidieux à lire.

Je vous traduis les passages les plus importants de cet article de l’agence financière américaine de référence MarketWatch (source ici)

Il y a un grand trou dans la théorie de l’inflation de la Fed – les revenus chutent à un taux record de 10,9 %.

Si l’inflation est due à un gouvernement fédéral trop généreux qui donne trop d’argent à ses citoyens, alors notre problème d’inflation est sur le point de disparaître.

L’inflation est privée de son oxygène. Le pouvoir d’achat du revenu des ménages après impôt a chuté de 10,9 % l’année dernière.

Le plus inquiétant dans le rapport de jeudi sur le produit intérieur brut américain pour le premier trimestre n’est pas que la première ligne du premier tableau montre que le PIB réel a baissé à un taux annuel de 1,4 %.

C’est la nouvelle peu remarquée de la ligne 34 qui montre que les revenus disponibles réels ont diminué pour un quatrième trimestre consécutif.

Les revenus sont peut-être le facteur le moins apprécié de la croissance économique, car c’est là que tout commence.

Le retrait des mesures de relance

Au cours des quatre derniers trimestres, le pouvoir d’achat des revenus des ménages après impôt a chuté de 2 200 milliards de dollars (en dollars de 2021). Il s’agit d’une baisse de 10,9 %, de loin la plus importante dans les statistiques remontant à 1947.

Bien sûr, la baisse des revenus n’est que l’arrêt de l’aide massive que les ménages ont reçue du gouvernement en 2020 et 2021 via les paiements directs de relance en cas de pandémie, le crédit d’impôt pour enfant, et les prestations améliorées pour l’assurance chômage, les coupons alimentaires et Medicaid, et plus encore.

Mais cela signifie que la Fed court après une ombre. Car si notre pic d’inflation actuel est entièrement dû (comme beaucoup le prétendent) à un gouvernement fédéral trop généreux qui donne trop d’argent à ses citoyens, alors notre problème d’inflation est sur le point de disparaître.

Comme le concluent les économistes Yeva Nersisyan et L. Randall Wray du Levy Economics Institute du Bard College, un organisme non partisan, dans un article publié ce mois-ci avant le rapport sur le PIB : « La plupart des aides publiques au revenu ont déjà disparu, de sorte qu’à l’avenir, elles ne contribuent pas de manière importante à la demande dans l’économie. »

Le robinet a été fermé. Sans tout l’argent supplémentaire de l’Oncle Sam, les ménages américains devront à nouveau vivre selon leurs moyens. La demande ralentira, et l’inflation aussi, conformément aux lois économiques inébranlables de l’offre et de la demande.

L’inflation serait privée de son oxygène.

Mission de destruction de la demande

Si la demande des consommateurs – alimentée par l’argent gratuit de Washington – a fait surchauffer l’économie, alors notre problème d’inflation est résolu avant même que la Fed ne s’y mette vraiment. « Il n’y a plus de revenus excédentaires pour pousser l’économie au-delà de ses capacités », affirment Nersisyan et Wray.

Mais la Fed est déterminée à étouffer la demande. C’est l’objectif de la hausse des taux d’intérêt : ralentir la demande dans une économie en surchauffe en augmentant les coûts d’emprunt.

Nous voyons déjà des signes que même la promesse de taux d’intérêt plus élevés réduit la demande d’achat de logements. La hausse des taux d’intérêt pourrait également faire baisser la demande de véhicules automobiles et d’autres gros achats de consommation (bien qu’en dehors des prêts hypothécaires, les ménages américains se sont très peu endettés au cours des deux dernières années).

Des taux d’intérêt plus élevés affecteraient également les décisions d’investissement des entreprises (bien qu’une fois encore, la sagesse conventionnelle ignore les preuves que les entreprises fondent leurs décisions d’investissement presque entièrement sur les coûts nets (bénéfices) plutôt que sur les coûts bruts (paiements d’intérêts). Et les profits sont élevés, surtout si les entreprises peuvent augmenter leurs prix.

La Fed a un vrai problème

Les dépenses de consommation (en dehors du logement) ne sont pas très sensibles au niveau des taux d’intérêt, pas plus que les investissements des entreprises. Mais les marchés financiers sont très sensibles aux taux d’intérêt. La Fed pourrait continuer à augmenter les taux d’intérêt, pour se rendre compte que la seule chose qu’elle a accomplie c’est de créer un marché boursier baissier.

L’histoire montre que la Fed doit généralement augmenter suffisamment les taux d’intérêt pour détruire les emplois, et pas seulement la demande. Les atterrissages en douceur sont des oiseaux rares.

Et si notre problème d’inflation n’était pas dû à une demande trop forte mais à d’autres forces ? Dans ce cas, la Fed pourrait faire une grosse erreur en ralentissant la demande.

Les vraies causes

Quelles pourraient être ces autres forces ?

Il s’agit probablement d’une combinaison de facteurs, à commencer par les pénuries d’approvisionnement. La pandémie et maintenant la guerre en Ukraine perturbent les chaînes d’approvisionnement précisément dans les domaines où les prix ont le plus augmenté : le carburant, les denrées alimentaires et les biens durables, en particulier l’électronique.

La hausse des taux de la FED est sans doute une mauvaise idée !

Cet article de MarketWatch analyse de manière fort pertinente la réalité économique de l’inflation actuelle.

Les excès d’argent et de pouvoir d’achat viennent d’être « repris » puisque les aides viennent de cesser.

Alors si l’inflation perdure malgré la hausse du pouvoir d’achat des ménages c’est qu’il y a d’autres facteurs et ces autres facteurs nous les connaissons parfaitement et cela fait des mois que je vous en parle. Transition écologique et énergétique, mondialisation qui n’est plus déflationniste, puis pandémie, puis confinement et rupture dans les approvisionnements puis guerre en Ukraine. Rien que la transition écologique en elle-même est largement inflationniste, et enfin, la raréfaction des ressources naturelles.

Augmenter les taux ne fera strictement rien contre l’inflation actuelle, sauf à les monter tellement haut que nous casserons toute demande possible et toute consommation. Ce sera donc au prix d’une récession d’anthologie surtout que si les taux sont trop élevés, alors, il y aura des risques d’insolvabilité généralisée.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.