Avec le smartphone, mettez votre banquier dans votre poche !

250 euros
Les cartes de paiement rechargeables sont plafonnées à 250 euros par
mois.

On a longtemps souhaité avoir son banquier dans sa poche, c’est maintenant chose faite ! Un smartphone suffit pour ouvrir un compte, commander une carte, ou même demander un crédit. Autant de prestations qui demandaient, il y a encore quelques années, des heures d’attente au guichet d’une agence locale.

Répondre à une injustice

Plus rapides, c’est certain ! Les banques en lignes n’apportent pour autant aucune souplesse supplémentaire, bien au contraire ! Passées les étapes de vérification d’identité, ce sont vos revenus qui détermineront le moyen de paiement mis à votre disposition. Vous gagnez le SMIC ou plus, une carte VISA ou Mastercard sera mise à votre disposition. En revanche, si vous êtes étudiant ou en situation de précarité, c’est souvent qu’une carte de retrait qui vous sera proposée… A l’heure où les plus geeks payent avec leurs smartphones ou leurs smartwatches, la carte de retrait apparait clairement comme une injustice. 

Les startups de la finance (fintechs) l’ont bien compris et se saisissent de cette injustice pour la transformer en offre. Soutenues par les fabricants de cartes, elles ont rapidement développé de nouvelles offres prépayées. Le concept est simple : une carte de paiement que l’on recharge au bureau de tabac, en ligne, ou par virement. Et c’est tout ! Sous réserve de plafonner les dépenses à 250 euros par mois, la législation française offrait jusqu’en 2016 même le droit de ne pas identifier le porteur. Une aubaine pour les trafiquants et autres criminels, une source d’inquiétude pour Tracfin…

Une loi pour en finir avec les dérives

« Une pièce d’identité dès le premier euro (hors monnaie électronique). » Le couperet est tombé !  Depuis le 1er Janvier 2017, par décision de Bercy, l’anonymat bancaire n’existe plus. Sans le savoir, cette sentence allait donner naissance à un nouveau type de banque. L’offre a rapidement évolué pour y ajouter un IBAN ainsi qu’une application mobile. La seule différence avec une banque conventionnelle : l’absence de crédit et de découverts autorisés.

Une fois leur émission strictement régulée et encadrée par la Banque De France, les cartes de paiement prépayées ne représentaient pas une menace supplémentaire. Le plafond de 250 euros sur 30 jours glissants est conservé, mais peut grimper à 10 000 euros en fournissant l’ensemble des pièces de vigilance complémentaires. Une carte de paiement qui fonctionne partout et la certitude de ne jamais être à découvert. Une promesse qui a dans un premier temps séduit les étudiants, et surtout leurs parents ! 

L’intérêt premier de la carte prépayée : il est impossible de dépenser plus que l’on ne possède pas. Les porteurs ne doivent plus d’argent à leur banque, inutile donc de s’attarder sur leur niveau de revenu. Un nouveau souffle pour les « abonnés à la carte de retrait », accédant enfin au privilège de commander un livre sur Amazon, monter à bord d’un Uber ou encore faire le plein à la pompe automatique. Des prestations se voulant économiques, mais curieusement inaccessibles aux moins fortunés, un comble ! Autre avantage introduit par les néobanques, la possibilité d’être notifié et de suivre en temps réel les dépenses sur son application mobile, une sécurité de plus et un rempart efficace contre la fraude.

La carte bancaire, un marqueur social ?

Les banques françaises ont largement contribué à mystifier la carte de paiement, la portant au rang de marqueur social. Les classes moyennes se voient offrir un design fade arborant les couleurs de leur banque. Les plus aisés se verront en revanche affublés d’une couleur or du plus bel effet. D’autres encore, dégaineront fièrement leur carré de plastique noire, insolent symbole de leur réussite.  Les cartes prépayées elles, s’affranchissent de ces castes chromatiques et c’est peut-être une bonne chose. Alors que la fin de l’argent liquide est au cœur des débats anti-fraude, que le « tout digital » est dans toutes les bouches, une solution devait être proposée aux « non-bancarisés ».

Si la monnaie fiduciaire doit disparaitre en 2022, ce sont les mentalités qui devront être les premières à changer. La carte bancaire ne devra plus être considérée comme un privilège mais comme un outil. Au même titre qu’une carte Vitale pour nos données de santé, ou une carte SIM pour nos communications, la carte prépayée propose une gestion dématérialisée de notre argent. 

Malgré des débuts chaotiques qui ont amené certains utilisateurs mal attentionnés à détourner l’utilisation des cartes à des fins frauduleuses et même pire, je ne serais pas surpris de voir très bientôt, des collégiens payer leur sandwich avec une carte bancaire prépayée, créditée le matin même par leurs parents.


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