Calme à la BCE

0,5 %
La BCE applique des taux directeurs négatifs de -0,5%

La réunion de la BCE n’a pas eu d’impact important sur les marchés. La revue de politique monétaire ne sera finalisée qu’en fin d’année, il n’y a donc rien de majeur à attendre dans un avenir proche. On rappelle que le SRAS en 2003 n’a pas été très meurtrier, et que, peut-être, la psychose actuelle est un peu disproportionnée…

BCE : rien, pour l’instant

La réunion de la BCE n’a pas eu d’impact majeur sur les marchés, qui restent toujours très prudents à cause de la progression de l’épidémie en Chine. La baisse des taux s’est un peu accentuée lors de la conférence de presse de la BCE mais reste dans la lignée des journées précédentes. La BCE a bien reconnu une amélioration économique mais maintient la nécessité d’une politique très accommodante. Lors des questions, Christine Lagarde a clairement expliqué qu’il ne fallait pas comparer la situation à celle de la banque de Suède qui est sortie de la politique de taux négatifs. Le statut quo monétaire est donc entièrement confirmé.

La réunion a servi à officialiser la revue stratégique de la BCE. Mais aussi à repousser les attentes du marché : « les conclusions sont attendues à la fin de l’année ».

Que peut faire la BCE ?

Il convient peut-être de revenir aux origines et de rappeler l’article 105, alinéa 1, du traité de l’Union Européenne qui définit le rôle de la BCE : « L'objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la Communauté, tels que définis à l'article 2. »

Ceci est un traité international. Un changement impliquerait donc une négociation avec les 27 pays membres de l’Union Européenne (même ceux qui ne sont pas dans l’Euro) puis ratification par chaque membre. Bref c’est très compliqué et donc très peu probable.

Premier point important : l’objectif de « stabilité des prix » n’est pas chiffré dans le traité. Il a été précisé par la BCE en 1998 comme « une augmentation des prix de moins de 2% ». Cet objectif chiffré est donc modifiable (après ratification du parlement européen) mais aussi les « forward guidances » offrent une grande flexibilité à la BCE. La BCE peut par exemple, tout en gardant l’objectif de 2%, décider d’accepter une inflation temporairement au-dessus de 2% pour compenser le fait que l’objectif n’a pas été atteint pendant plusieurs années.

Bref, le niveau de flexibilité est important.

Second point, le traité mentionne explicitement le « soutien aux politiques économiques ». Le débat sur le fait que la BCE outrepasse son mandat par exemple en soutenant une politique verte n’a donc pas lieu d’être et elle est tout à fait en droit de se fixer des objectifs qui vont au-delà de l’inflation.

Petite digression inutile sur les risques du SRAS

L’économie se rapproche souvent de la psychologie pour comprendre les décisions des consommateurs. Une florissante partie de la littérature économique démontre par exemple que nous sommes catastrophiquement mauvais à appréhender les risques.

Petit cas d’étude, l’inquiétude actuelle sur le SRAS : il faut rappeler que l’épisode 2003 a fait 348 morts en Chine sur une population à l’époque de 1,288 milliards d’individus. Soit une chance sur 3,7 millions de mourir de SRAS.

A comparer, par exemple, avec les risques de décès suivants aux Etats-Unis en 2017 dans le tableau suivant. Il faut aussi rappeler qu’un français avait durant l’hiver 2018/2019 400 fois plus de chances de mourir de la grippe qu’un chinois du SRAS en 2003.

Bien sûr l’épidémie de SRAS peut empirer, bien sûr c’est inquiétant, bien sûr il y a déjà des impacts tangibles sur l’économie et en particulier sur certains secteurs bien identifiés, mais pour l’instant le niveau d’anxiété semble un peu excessif…


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Stéphane Déo

Stéphane Déo est stratégiste chez La Banque Postale Asset Management. Il est diplômé d'HEC, a un DEA en économie à l'Ehess (Ecole des hautes études en sciences sociales) et un doctorat en finances à HEC. Il a effectué des études post-doctorales à l'université de Berkeley (Californie).

Après l’OCDE et Goldman Sachs, il travaille chez UBS en 2001 comme économiste puis stratégiste jusqu’en 2015. Il poursuit son expérience chez Empirical Research Partners comme stratégiste actions globales.