La Biennale de Paris en danger ?

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La Biennale de Paris comptera cette année 62 exposants, un chiffre en
baisse.

La Biennale de Paris a lieu du 8 au 16 septembre au Grand Palais, mais cette édition s’annonce décevante, pourquoi ?

La Biennale est-elle menacée de disparition ? On peut se poser la question en voyant le nombre d’exposants : 62 seulement cette année contre 85 l’année dernière, et 125 en 2016. Une division par deux. Et les deux tiers d’entre elles sont françaises, quasi exclusivement parisiennes d’ailleurs. Quel intérêt de payer 35 euros, le tarif d’entrée du salon, si ce n’est gagner du temps par rapport à une promenade dans la capitale ? Et dans le tiers de galeries étrangères, aucune ne vient d’Asie, seulement une ou deux des États-Unis, un repliement inquiétant.

Une Biennale à l’économie d’ailleurs, puisque jusqu’ici un designer concevait pour chaque édition une décoration complète du Grand Palais, alors que cette fois on a gardé les stands de l’année dernière auxquels on a juste rajouté une tente suspendue de Jean-Charles de Castelbajac…

La Biennale a commis l’erreur de devenir annuelle, tout en gardant son nom parce qu’il est célèbre, et on voit qu’elle ne peut pas résoudre cette contradiction. Le rythme bisannuel plaçait la Biennale au-dessus des autres salons, désormais elle s’est banalisée. Et il n’y a pas suffisamment de découvertes en art ancien pour créer l’événement tous les ans, alors que c’était jouable, on s’en souvient, tous les deux ans. Résultat la visite n’a rien d’excitant comme les éditions passées, loin de là.

À cela il faut rajouter une stupide et destructrice guéguerre parisienne puisque l’ancien patron de la Biennale, Christian Deydier, viré sans ménagement notamment parce qu’il s’opposait à l’annualisation de la foire, veut créer son propre salon (Sublime), qui devait avoir lieu cet automne, pendant la FIAC, et qui a été repoussé à l’année prochaine. D’autres antiquaires ont même créé un salon dédié à la peinture (Fine Arts Paris au Carrousel du Louvre du 7 au 11 novembre) ! Conséquence, la Biennale se concentre trop exclusivement sur le mobilier et manque singulièrement de tableaux de maîtres, ce qui réduit d’autant son public.

Ces conflits entre antiquaires et l’erreur de l’annualisation de la Biennale font peser un vrai risque sur la place de Paris dans le marché de l’art. Car pendant ce temps-là, le grand concurrent, la TEFAF de Maastricht (mars 2019), continue de marquer des points (280 participants). Il est temps de réagir.


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Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.