Premier bilan économique chiffré en Chine et ça fait peur. Très peur !

6,8 %
Le PIB chinois pour le premier trimestre 2020 a chuté de 6,8%.

Vous savez que le degré de confiance que l’on peut avoir envers les statistiques chinoises est très relatif. Souvenez-vous lors de la crise précédente, nous en étions réduit à analyser des indicateurs indirects pour tenter de chiffrer et de cerner le ralentissement de l’économie chinoise. C’est sur la production que les économistes alternatifs avaient jeté leur dévolu. En gros quand la consommation d’électricité augmentait péniblement de 2 % et que la Chine affichait une croissance officielle de 98 % (je force le trait) nous pouvions nourrir quelques doutes.

La Chine affiche toujours une meilleure croissance qu’en réalité et des bilans de morts toujours inférieurs à ce qu’ils sont.

Il faut dire que les partis communistes chinois comme soviétiques n’ont jamais brillé par leur amour de la vérité. Mais ne soyons pas trop dur avec eux car nous sommes, nous aussi, pas mal dans le genre, du nuage de Tchernobyl s’arrêtant à la frontière, à l’affirmation que le masque ne sert à rien contre le coronavirus, nous n’avons pas franchement de leçon à donner à nos amis chinois.

C’est du côté d’Oxford Economics que l’on trouve la première meilleure synthèse sur la catastrophe économique provoquée par ce premier pic épidémique, car, en Chine, les nouvelles ne sont pas très bonnes ni encourageantes. A Wuhan des quartiers entiers retournent en quarantaine. Dans le reste de la Chine de nombreuses villes (petites pour le moment) sont à nouveau coupées du monde et l’on estime en ce moment à 70 millions les Chinois à nouveau confinés. C’est l’équivalent de la population française, et c’est ainsi que cela avait commencé au mois de janvier.

1/ Effondrement du PIB de 12.8 %

Le PIB a chuté de 6,8 % en glissement annuel, après avoir augmenté de 6,0 % au quatrième trimestre… On parle donc d’un écart entre l’attendu et le réalisé de 12.8 %. Je maintiens au passage ma prévision initiale de récession qui sera, a minima s’il n’y a pas de second pic en France, de 11 % pour l’année 2020. -11 % pour le PIB français.

2/ Des secteurs qui sont soit touchés, soit… coulés !

Comme vous pouvez le voir sur les deux graphiques ci-dessous, il y a de nombreux secteurs qui s’effondrent et pas qu’un peu.

Le transport, stockage et la poste en baisse de 14 %, le commerce de gros et de détail -17,8 % et, surtout, l’hébergement et la restauration -35,3 %.

On apprend également que pour l’ensemble des ménages, les dépenses par habitant ont diminué de 8,2 % par an en prix courants. Les baisses les plus importantes ont eu lieu dans les catégories de consommation discrétionnaire telles que l’habillement -17,8 %, les équipements ménagers, articles et services -11,3 %, les transports et les télécommunications -11,3 %, tandis que les dépenses dans l »éducation, la culture et les divertissements ont chuté de 36,1 % par rapport à l’année précédente. En revanche, les dépenses dans les produits alimentaires, le tabac et les boissons alcoolisées ont augmenté de 2,1 % par an.

Quels enseignement tirer de ces chiffres ?

Si la production industrielle peut diminuer considérablement en cas de fermeture liée au confinement généralisé, elle peut aussi être réactivée relativement rapidement. Attention pourtant à ce chiffre et à cette première conclusion, car d’après des rumeurs insistantes (et de nombreux incendies en Chine dans les usines), il semblerait que pour faire plaisir au politburo on fait tourner les machines, on rallume l’électricité y compris les bouilloires (qui prennent feu justement) pour faire croire que les usines fonctionnent, mais il ne se passerait pas grand chose. Difficile pour le moment de cerner les choses avec certitude mais gardez cet élément en tête. Vous en entendrez prochainement parler dans les grands médias ;).

Les secteurs reposant sur la présence physique de personnes (construction) ou sur le face-à-face comme c’est le cas dans le commerce au sens large avec un contact avec les clients (vente au détail, hébergement, hôtellerie et restauration) sont totalement coulés avec des baisses particulièrement importantes.
Logiquement la consommation des ménages tend à être plus touchée que les autres types de dépenses, à la fois en raison des restrictions générales à la circulation des personnes et parce que de nombreux
magasins et les lieux liés à ces activités ont été fermés.

Les chiffres chinois sont inquiétants car ils montrent sans ambiguïté que les impacts économiques de l’arrêt de production, de la distanciation sociale et des confinement sont terribles. Ravageurs.

Nous allons, mes amis, vers une crise économique telle que nous ne l’avons jamais vue.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous et désormais protégez-vous !


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.