Loi santé : les médecins sonnent la mobilisation générale

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La part d'impayés de la Sécu, envers les médecins, est de l'ordre de
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Depuis longtemps les médecins se sont mobilisés contre la loi de modernisation de la santé, leurs actions étaient avant tout des avertissements pour mettre en garde contre cette loi. Aujourd’hui la mobilisation générale est annoncée pour le 13 Novembre sous le terme de Black Friday.

Ce 13 Novembre tous les syndicats de médecins  appellent à la fermeture des cabinets,  les autres professions de santé appellent aussi  à un blocage sanitaire de la France. La suite du 13 Novembre verra la continuité du mouvement jusqu’à ce que cette loi soit retirée, elle doit être votée à l’assemblée le 16 Novembre. Il paraît nécessaire de rappeler la chronologie des faits pour comprendre comment nous en sommes arrivés là.

Dès que ce projet de loi a été présenté, les médecins libéraux par le biais d’un mouvement l’UFML (union Française des médecins libéraux) et de quelques syndicats (FMF, SML, BLOC) ont dénoncé cette loi et ses effets catastrophiques pour la santé en France. Au début les médecins ne demandaient qu’une chose : Une  grande réunion de concertation pour construire un véritable projet de santé  « incluant les professions de santé ».

Malheureusement comme toujours les politiques sont dans l’idéologie, ils refusent de parler avec les acteurs principaux quel que soit le  domaine. Les champions du dialogue social ont montré depuis longtemps que ce dialogue n’existait jamais, pour tous les sujets les politiques passent en force et parlent après. Ils parlent non pas pour trouver un terrain d’entente mais pour « expliquer » a tous ceux qui, d’après eux  « n’ont rien compris ».

Les choses ont donc commencé à s’envenimer, les médias,  plus par méconnaissance que par volonté d’aider les socialistes, ont écrit tout et n’importe quoi. Faisant passer par exemple  les médecins pour des nantis, affirmant  qu’ils se battaient pour avoir des honoraires plus élevés, ou bien que seul  le tiers payant généralisé obligatoire était le fond du combat. Il est encore très difficile de faire comprendre à la population que les journalistes ne les informent pas mais leur donnent leur avis sur un sujet qu’ils ne connaissent souvent pas. Pourtant, dans toutes les manifestations de médecins par le passé, ces choses ont été longuement expliquées dans les interviews, sans effet auprès de la volonté de la presse de ne pas donner cette information.

Les choses en sont donc arrivées à un point de blocage total, Marisol Touraine la ministre de la santé restant campée sur des positions idéologiques, les médecins informant de plus en plus leurs confrères et la population. Il est d’ailleurs curieux de constater que la majorité de cette population ne sait  pas ce que cette loi va provoquer. Quand je questionne des patients (que nous sommes tous) très peu savent, beaucoup me disent que cette loi « c’est pour le tiers payant ce qui paraît être une bonne chose » Dans cette France de 2015 où la communication a remplacé l’information personne ou presque ne sait ce que les politiques (qui cachent bien leur jeu) sont en train de leur concocter.

Nous sommes donc au pied du mur avec des éléments nouveaux qui sont à prendre en compte de façon importante. Tout d’abord Marisol Touraine  qui avait  avancé les élections des représentants des médecins aux URPS, croyait pouvoir s’appuyer sur une représentativité toute acquise (il faut savoir que certains syndicats de médecins ont tout signé depuis des dizaines d’années contre « bon traitement »). Mal lui en a pris car ce sont les syndicats représentant les libéraux les plus combattants contre la loi qui ont emporté ces élections  dans beaucoup de régions. Second élément les syndicats de médecins  sont totalement dépassés par la base, des coordinations spontanées se sont formées dans toute la France (sauf dans les déserts médicaux) ces coordinations sont extrêmement mobilisées. Troisième chose majeure le conseil National de l’ordre s’est rangé du côté de ceux qui se battent contre la loi, avec des arguments de poids que personne dans les médias ne reprend. Par exemple la perte du secret médical et la perte du libre choix du médecin qui ne sont pas acceptables.

Le dernier congrès de l’ordre National des médecins qui s’est tenu cette semaine est d’ailleurs un modèle dans le genre.  Présence de Manuel Valls cherchant à endormir tout ce petit monde, affirmant quez la loi passera et que l’état fera ensuite une grande conférence de santé en Février (pour expliquer, pas pour dialoguer) Il a d’ailleurs été reçu par une bronca ce qui est peu habituel dans les congrès de l’ordre des médecins souvent plutôt  feutrés. Marisol Touraine n’ayant pas jugé bon de se présenter a ce congrès national de l’ordre, sans doute par manque de courage.

Nous y sommes donc, le black Friday  du 13 Novembre est lancé, puis les gardes de médecins cesseront les 14 et 15 Novembre,  enfin de nombreuses cliniques privées ont déprogrammé leurs interventions depuis longtemps pour fermer le 13 sans date de réouverture. Les autres professions de santé se sont jointes au mouvement, les infirmières libérale, les Kinésithérapeutes, les dentistes etc. Comme l’ensemble des syndicats médicaux ont relayé ce mot d’ordre, on peut prévoir une épreuve de force majeure. Du côté des patients beaucoup maintenant sont au courant que leur médecin ne se bat pas pour des bouts de chandelles, mais bien pour sauver notre système de soins. Ils ont compris que sous couvert de « social » cette loi donne la santé (et la sécurité sociale)  aux assurances privées dites complémentaires santé (elles n’ont plus rien de mutuelle). 

Beaucoup de patients ont compris que le tiers payant généralisé était un moyen de pression sur les médecins mais sur eux aussi, ils savent que le dossier médical partagé sera le moyen de donner toutes les informations médicales sur leur santé à tous (banques, assurances, société privés commerciales).

Enfin même sans informations sérieuses de la presse sur cette loi beaucoup savent que l’état dirigera la santé en France, que les assurances complémentaires créeront des réseaux de soins à bas coût où leurs clients seront obligés d’aller. Certains réseaux existent déjà et des patients/clients ont déjà reçu des rappels à l’ordre, obligation de consulter le médecin du réseau, obligation d’aller chez le dentiste retenu, coût des dépenses trop important etc. Si l’information passe mal les publicités de ces assurances passent elles  très bien. Nous sommes harcelés par ces publicités, le gâteau est énorme et il faut en manger le maximum.
Nous avons maintenant  des coordinations de patients qui se sont organisées aussi pour être aux côtés des médecins le 16 Novembre dans la grande manifestation appelée devant l’Assemblée.

Il ne reste plus que les syndicats de salariés comme la CFDT ou FO qui sont les gestionnaires de la sécurité sociale, a se mobiliser. Il est en effet difficile de comprendre pourquoi ils sont si muets, comment leur silence a-t-il été acheté ? Eux qui tiennent tant à la solidarité et au fonctionnement des ordonnance de 1945 pour la sécurité sociale. Ordonnances qui deviendront caduques dès la mise en place de la loi santé.

Comme on peut le voir, on peut prévoir une énorme mobilisation pour sauver quelque chose qui tient a cœur de tous les Français : Leur système de soins libéral. Si cette mobilisation débouche sur un échec je n’ose pas penser ce qui arrivera, vue le nombre de médecins qui ont déjà préparé leur déconventionnement. Le CPE de Dominique de Villepin est tombé du fait de l’absence de dialogue social et des certitudes politiques d’avoir raison, la loi santé risque bien de subir le même sort si les politiques s’obstinent. Hollande lui est en campagne, il se tournera vers les plus nombreux.


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.