Les bons plans pour aller à l'opéra et au concert sans se ruiner (1/2)

5 EUROS
Il est possible de trouver des places pour l'Opéra à 5 euros.

L’opéra et la musique symphonique sont financés pour une part importante par l’argent public, mais seule une partie de la population en profite, notamment à cause de tarifs élevés, ou perçus comme tels. Voici quelques astuces pour s’y rendre sans trop dépenser.

Les grandes institutions musicales coûtent des sommes conséquentes, qui sont financées par l’impôt c'est-à-dire par l’ensemble des Français, mais finalement très peu d’entre eux en profitent. Pour quelles raisons ? Elles sont multiples, il existe d’abord une crainte diffuse de ce que l’on ne connaît pas ("ce n’est pas pour moi"), des prix élevés si on s’y prend au dernier moment (plus de 100 euros pour voir "La Flûte enchantée" à Bastille en ce moment), la complexité des modes de réservation (chaque salle a les siennes !).

Alors justement, nous allons donner ici des conseils pour aller à l’opéra et au concert à Paris sans pour autant se ruiner. Le premier d’entre eux consiste à s’y prendre à l’avance, et justement les programmes de la saison 2015-2016 de l’Opéra de Paris, du Théâtre des Champs-Elysées et de la Philharmonie viennent de sortir (nous parlerons du Théâtre du Châtelet et de Radio France dans un prochain article). La première chose à faire consiste donc à récupérer les programmes, la consultation étant souvent plus aisée que les sites Internet. Cette méthode vaut également pour nos lecteurs en province : Lyon, Toulouse, Nantes, Lille, etc. proposent de belles saisons à des prix abordables, il faut épluchez les programmes. De cette façon, en allant à l’opéra ou au concert à prix réduit, on aura l’impression de récupérer une partie de ses impôts…

Commençons par l’Opéra National de Paris qui présente la première saison conçue par son nouveau directeur, Stéphane Lissner, dont on a pu apprécier le talent et l’inventivité au Théâtre du Châtelet, à Aix-en-Provence et à la Scala. Côté opéra on pourra voir de magnifiques reprises comme "Madame Butterfly" de Puccini dans la splendide mise en scène par Robert Wilson, Platée de Rameau dans la désopilante production de Laurent Pelly ou "Le Chevalier à la rose" admirable et émouvant de Herbert Wernicke. On notera d’intéressantes nouvelles productions comme "La Damnation de Faust" de Berlioz, "Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg" de Wagner, Rigoletto de Verdi et le rare mais percutant "Moïse et Aaron" de Schönberg. Côté ballet, la première saison de Benjamin Millepieds permet de revoir des grands classiques de la maison (Roméo et Juliette, La Bayadère, Giselle), la reprise de l’une des plus grandes chorégraphies du XXe siècle ("Le Sacre du Printemps" de Pina Bausch) et des créations très alléchantes d’Anne Teresa de Keersmaeker ou de William Forsythe.

Comment en profiter ? La première solution consiste à s’abonner, dès maintenant, notamment avec la formule "Champ libre" qui permet de choisir 5 spectacles au choix, à des prix commençant à un peu plus de 30 euros la place. On peut ensuite acheter des places à l’unité, et pour cela l’Opéra a établi un calendrier d’ouverture des réservations : par exemple, pour voir "Moïse et Aaron" de Schönberg (si, si, on vous le conseille, vraiment) en octobre, il faudra se connecter au site le 26 mai à 9h, pour "Madame Butterfly" et Platée le 2 juin, etc. On peut ainsi acquérir des places relativement bon marché. Nouveauté cette année avec un contingent de places à 10 euros réservé aux jeunes pour les avant-premières et mis en vente sur le site environ un mois avant la représentation. Il existe aussi un excellent dispositif fonctionnant tout au long de l’année : la Bourse officielle des billets qui permet la revente de billets entre spectateurs en toute transparence et sans marge, avec des souvent prix attractifs. Reste enfin les solutions le jour même : 32 places debout à 5 euros à Bastille (en haut sur les côtés) mises en vente 1h30 avant le début de la représentation, une centaine à visibilité réduite à 10 euros à Garnier proposées à l’ouverture des guichets de Garnier à 11h30. Au final un bon rapport qualité/prix. Signalons enfin que la représentation du 14 juillet est gratuite, ce qui permettra de voir le ballet Peck/Balanchine à Bastille.

Passons maintenant au Théâtre des Champs-Elysées. La salle de l’avenue Montaigne propose une programmation très diversifiée avec de l’opéra (citons "Tristan et Isolde" de Wagner, Norma de Bellini, "L’Italienne à Alger" de Rossini, Theodora de Haendel), des opéras et des oratorios en version de concert ("Le Freischütz" de Weber, "L’Enlèvement au sérail" de Mozart, "Ariane à Naxos" de Richard Strauss, Rinaldo de Haendel, la "Passion selon Saint-Jean" de Bach, Persée de Lully), de grands orchestres symphoniques internationaux (Vienne, Saint-Pétersbourg, Philharmonia, Radio bavaroise) ou nationaux (l’Orchestre de chambre de Paris, l’Orchestre National de France, Lamoureux et Colonne), des récitals vocaux et instrumentaux, et du ballet.

Il existe bien sûr des formules d’abonnement, d’ors et déjà ouvertes, à partir de cinq spectacles, et permettant d’accrocher des tarifs intéressants. Pour les concerts à l’unité, notez la date du lundi 8 juin dans votre agenda puisque l’ensemble des spectacles seront proposés à la vente, premiers arrivés, premiers servis ! Reste ensuite l’avant-dernière catégorie (visibilité limitée), à 10 ou 15 euros, en vente uniquement au guichet à partir du 1er septembre, et la dernière catégorie (visibilité faible ou nulle) à 5 euros, en vente le jour même une heure avant la représentation. Une occasion de découvrir cette salle magnifique.

La nouvelle Philharmonie de Paris propose, elle, les tarifs les plus attractifs. La programmation, essentiellement symphonique mais avec aussi de la musique de chambre, des musiques du monde et de la chanson, se révèle très fournie et se déploie dans deux salles, la Philharmonie proprement dite et la Cité de la musique. Etablir des préconisations serait trop long, il faut se plonger dans la brochure (328 pages !), mais signalons tout de même les concerts de l’Orchestre de Paris qui donnera sa dernière saison avec l’excellent Paavo Järvi, les trois soirées Richard Strauss/Mozart par Riccardo Chailly (10-13/10), l’intégrale des symphonies de Beethoven par l’Orchestre philharmonique de Berlin et Simon Rattle (3-7/11), "Une Journée avec le Roi-soleil" par William Christie et Les Arts florissants (4/12), le récital de Maurizio Pollini (8/2), Gustavo Dudamel et le Los Angeles Philharmonic (19-20/3), Simon Rattle et le London Symphnony Orchestra dans la titanesque 8e de Bruckner (12/4).

Il existe des formules d’abonnement, d’ors et déjà ouvertes, mais il faut surtout noter dans vos agendas le lundi 1er juin à 12h pour l’ouverture sur le site de l’achat des places à l’unité pour l’ensemble des concerts de la saison. Surtout que les places de dernière catégorie à 10 euros, mais offrant une excellente visibilité, ne sont disponibles qu’à ce moment. Un rapport qualité/prix exceptionnel. Ceci dit, les catégories supérieures demeurent tout à fait abordables la plupart du temps.

Un peu de débrouille pour une découverte et un plaisir qui restent dans les mémoires…


A découvrir

Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.