La boxe et l'entreprise, même modèle ?

50 %
Les cols blancs représentent 50% des abonnés aux sports de combat
selon l?Union sport & cycles

Pour certains, la boxe relève d’une nature sauvage dont l’ultime but est d’avilir son adversaire. Pour d’autres, elle est un culte inavouable dans lequel des inconnus recherchent une confirmation de soi. Passé d’une image austère à celle de la vaillance, le noble art culmine dans le monde du sport et inspire de nouveaux adeptes au col blanc.

La boxe dite « rumble in the jungle »

La boxe s’adresse aux nerveux, aux colériques. Un rendez-vous de fanatiques sur une zone de barbarie, dont l’exaltation est de procurer ou d’encaisser des coups sous l’égide d’un public ayant soif de violence. Cette vision hérite du berceau des sports de combat : le Colisée, où le culte de la force a longtemps asservi les gladiateurs à se battre sans foi ni loi.

Si ce sport est fascinant pour les uns, il dérange les autres, le voyant d’un mauvais œil à cause de l’insoutenable mirage qu’il laisse transparaître : un rapport de force entre deux hommes dévoyés, dont la destinée est de se vouer à des combats sans merci. Mais la boxe est précisément à l’opposé de cette caricature. « L’opéra du pauvre » gagne de la vitesse, voyage et conquiert de nouvelles classes sociales. Les fédérations comptaient +15 % d’adhérents aux lendemains des JO de 2016 et le pourcentage ne cesse de croître depuis.

Le virus de la sagesse

Au-delà des bénéfices santé (développement du système cardio-vasculaire, travail de l’ensemble des muscles grâce à la variété des exercices), sportifs (tonification du corps, perte de poids), psychiques (amélioration de la concentration, réflexes, précision, maîtrise émotionnelle), la boxe est un formidable catalyseur de discipline de soi et d’abnégation. Hemingway le soulignait : « Quant au boxeur, tout est contre lui […]. Il n’est pas comme le joueur qui joue son argent. Il se joue lui-même ».

Ce sport est un vivier de boxeurs hétéroclites, ambassadeurs de sa communauté. Les amateurs de boxe y voient un moyen d’entamer une carrière plus ou moins longue. Les femmes se retrouvent égales à leurs adversaires (hommes ?) lors d’un combat symbolique. « C’est un sport féminin qui requiert souplesse, légèreté et rapidité. L’analyse de l’adversaire permet de tirer son épingle du jeu et de se sentir égal à l’autre », confie Justine B., adhérente d’un club de boxe parisien. Enfin, les cols blancs rivalisent sur un échiquier grandeur nature comme s’ils s’accordaient une revanche professionnelle régie par des règles et un arbitrage stricts.

L’entreprise et le ring, même combat

Les cols blancs représentent 50% des abonnés aux sports de combat selon l’Union sport & cycles. Sam B., entraineur de boxe anglaise depuis 15 ans dans un club Yvelinois, constate la recrudescence des CSP+ dans ses cours : « Il y a plus de cadres-dirigeants qui viennent s’entraîner. Ils aiment cette école de la réactivité qui révèle, au rythme de chacun, leur degré de combativité et de maîtrise de soi. Ils repartent avec une énergie guerrière qu’ils me disent utiliser au travail ».

Sur le ring comme dans la vie, la boxe mesure la capacité d’un individu lambda à recevoir, redonner des coups et à surmonter sa peur. Une appréhension qui disparaît progressivement au profit de la pugnacité. « C’est un endroit où il faut statuer en quelques micro secondes d’investir ou de reculer, de miser ou de se défendre, comme le font les traders en bourse ou les avocats en plaidoirie », témoigne Côme L., DRH dans l’industrie agro-alimentaire à Courbevoie.

La vision rustaude de la boxe est abandonnée aux vestiaires et réinventée par ce panaché d’aficionados, qui s’imprègne des tactiques « rope a dope » (technique de Mohammed Ali qui utilisait l’élasticité des cordes du ring pour absorber les coups) afin de mieux appréhender les jeux de stratégie en entreprise.


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