Produits phytosanitaires : le Brésil met les gaz

Champion du monde des pays consommateurs de produits phytosanitaires (avec 500 000 tonnes répandues chaque année), le Brésil n’est pas près de descendre du podium. La ministre de l’agriculture brésilienne, Tereza Cristina da Costa, l’a annoncé en août dernier : « Pour entrer dans la modernité, le Brésil approuvera plus de pesticides ».

La course au rendement est lancée 

« Vous verrez de plus en plus d’enregistrements de pesticides » a déclaré cet été la ministre de l’agriculture brésilienne, ancienne cheffe du lobby de l'agrobusiness à la Chambre des députés, dans un échange avec des journalistes.

Premier pays exportateur de soja au monde (en 2017, 61% des importations de soja en France venait du Brésil), le plus grand état d’Amérique du Sud souhaite à tout prix développer son agriculture, secteur majeur de son économie représentant 23,5 % du PIB et 44 % des exportations. La déclaration de la ministre s’inscrit dans la continuité de ce que Carlos Venâncio, le coordinateur général des pesticides et produits associés du ministère brésilien de l'Agriculture, déclarait à l’AFP en avril : "Notre principal objectif est de mettre à disposition des agriculteurs la plus grande quantité possible d'outils, aussi bien biologiques que chimiques, et cela passe par des décisions plus rapides". Dont acte. Entre janvier et juillet 2019, 262 produits chimiques ont été autorisés sur le territoire brésilien qui comptait déjà plus de 2000 pesticides mis sur le marché. Ces autorisations gouvernementales ont permis l’arrivée sur le marché de nouveaux fabricants et « l’utilisation de leurs produits sur de nouvelles cultures, rendant possible leur association avec d’autres composants chimiques » s’indignait au printemps le média brésilien O Globo.

Frénésie de pesticides

Pour la ministre de l’agriculture brésilienne, il n’est pas question de s’arrêter là, balayant d’un revers de la main les inquiétudes : « Les risques sont calculés et similaires à d’autres pays » a-t-elle assuré, précisant que seuls sept nouveaux produits ont été autorisés, les autres étant équivalents ou génériques aux produits mis sur le marché précédemment. Parmi les sept figure un insecticide à base de sulfoxaflor, substance controversée pour son impact sur les abeilles. Mais cela n’agite pas la ministre : « Il y a une méthodologie scientifique (…) l’évaluation des demandes d’homologation de pesticides est effectuée par le département technique du ministère de l’Agriculture et suit des protocoles stricts », a tenté de rassurer Mme Da Costa en insistant qu’il fallait veiller à ne pas « terroriser » les consommateurs brésiliens et « encore moins » les consommateurs des 162 pays qui important nos produits : « Le Brésil n’utilise pas de pesticides utilisés là-bas (en Europe, ndlr). Il y a des pesticides utilisés ici et pas en Europe parce qu’ils n’ont pas la même culture (…) Nos aliments sont absolument sains », a martelé la ministre nommée en novembre dernier par Jair Bolsonaro. « On croit que l’homologation de ces produits est une mauvaise chose, mais c’est le contraire : ce sont des produits plus efficaces et moins toxiques » affirme celle que ses adversaires surnomment « La muse du poison ».

Interdictions européennes

Pourtant, « Près d'un tiers des ingrédients autorisés au Brésil sont interdits au sein de l'Union européenne », relevait en avril dernier lors d’une interview à l’AFP Larissa Mies Bombardi, chercheuse au département de géographie de l'Université de São Paulo. Notamment trois principes actifs, bannis de l'Union européenne depuis respectivement 2007, 2003 et 1991, les herbicides Paraquat et Atrazine et l'insecticide Acéphate, comptaient ainsi parmi les dix agents les plus vendus au Brésil en 2017.

Cette frénésie de pesticides a été facilitée par les nouvelles normes de l’Agence de veille sanitaire brésilienne Anvisa redéfinissant le classement des pesticides : seuls ceux qui risquent d’entraîner la mort sont à présent définis comme « extrêmement toxiques ». Depuis l’instauration de ces nouvelles normes, près de 600 produits ne portent plus la mention : « attention poison » sur leur emballage.

Des déclarations qui vont à l’encontre des politiques européennes en matière de produits phytosanitaires et du changement de mentalité notamment en France où, le mois dernier, une soixantaine de maires ont décidé de limiter l’usage de ces produits sur leur territoire.

À l’heure où le gouvernement français a lancé une consultation publique sur un projet de décret et d’arrêtés relatifs aux mesures de protection des personnes lors de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques à proximité des zones d’habitation, le Brésil, lui ne semble prêt à aucune négociation.


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