La parabole du Brexit

0,3 %
Le PIB du Royaume-Uni a progressé de seulement 0,3% au dernier
trimestre, contre 0,6% un an plus tôt.

En cette journée de mise en place effective par les Etats-Unis de droits de douane à hauteur de 25% sur 818 produits importés de Chine, pour une valeur de 34 milliards de dollars, commençons par rappeler ce qu’est l’impact à aujourd’hui de la perspective de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne à compter de fin mars 2019. Dans un environnement économique mondial et européen porteur, la croissance britannique s’est réduite de moitié (de +0,6% d’un trimestre à l’autre à +0,3%). Elle est dorénavant inférieure à celle de la Zone Euro.

Ce parallèle entre Brexit et « guerre commerciale » a été repris hier par Mark Carney, le gouverneur de la Banque d’Angleterre : « plus la confiance des milieux d’affaire sera affectée négativement, plus les conditions financières se resserreront, plus la perte d’ouverture (de l’économie mondiale) sera pérenne et plus marqué sera l’impact négatif sur la croissance ».

Disons que le message n’a pas été reçu par le Président Trump. Non content de surtaxer des importations chinoises pour une valeur de 34 milliards de dollars (sachant qu’une « resucée » pour un montant de 16 milliards est déjà enclenchée), il a réitéré sa menace d’élargir le périmètre des produits chinois concernés de 200 milliards en cas de mesures de rétorsion prises par Pékin et a précisé qu’une nouvelle « salve » pour un montant de 300 milliards est en suspens. Cette « salve » avait  déjà été évoquée par le Président américain, mais à l’époque avec un calibrage à 200 milliards. Vis-à-vis de la Chine, il y a de l’inflation en matière de mesures commerciales coercitives ! Si Donald Trump devait faire tout ce qu’il dit, alors peu ou prou la totalité des importations chinoises aux Etats-Unis serait surtaxée. S’il devait mettre aussi à exécution la menace de surtaxer toutes les importations de voitures, y compris les pièces détachées, soit un total de 360 milliards, alors pas loin de 40% des achats annuels de produits faits à l’étranger et vendus aux Etats-Unis seraient concernés par le procédé de renchérissement des taxes. Cela ne donne-t-il pas un peu le tournis ?

On retrouve cette interrogation dans la publication des minutes de la réunion de juin dernier du comité américain de politique monétaire. Si les membres reconnaissent que l’économie est « très forte » et s’attendent à ce que l’inflation progresse durablement à un rythme de 2%, ils mettent en avant un certain nombre de préoccupations, dont la politique commerciale de l’Administration. La plupart des participants sont inquiets des éventuelles conséquences négatives de la question commerciale sur la confiance des entreprises et sur les dépenses d’investissement. Le mot important est ici « la plupart » ; il ne s’agit pas uniquement de quelques membres. N’oublions pas non plus que la réunion dont les minutes viennent d’être publiées s’est tenue le 13 juin. Depuis, la rhétorique « volontariste » du Président américain, pour dire le moins, s’est renforcée. Il y a ici un élément de prudence en termes de conduite de la politique monétaire des Etats-Unis.

Deux autres points au sein de ces minutes doivent être mis en exergue. D’abord un certain nombre de participants disent qu’il serait bientôt approprié d’arrêter de qualifier le réglage monétaire comme accommodant. La vue n’est donc pas (encore) majoritaire. Elle pourrait sans doute le devenir après la nouvelle hausse de 25 centimes du taux directeur, attendue pour le 26 septembre prochain. Constater que la politique monétaire n’est plus accommodante revient-il à envoyer un message sur une remontée du taux directeur qui se ferait alors à un rythme plus lent ? La question va assurément tarauder le marché.

Ensuite, un certain nombre de membres du comité s’inquiètent de la poursuite de l’aplatissement de la courbe des taux et plusieurs n’achètent pas l’idée que le phénomène serait sans aucune importance. N’y a-t-il pas aussi ici un message sur le rythme de remontée du taux directeur à l’horizon des prochains trimestres ?

La conclusion de tout ceci pour les intervenants de marché est vraisemblablement double : un biais baissier sur la croissance et un bémol mis au processus de normalisation des politiques monétaires.


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Hervé Goulletquer

Hervé Goulletquer est stratégiste de la Direction de la gestion de La Banque Postale Asset Management depuis 2014. Ses champs d’expertises couvrent l’économie mondiale, les marchés de capitaux et l’arbitrage entre classe d’actifs. Il produit une recherche quotidienne et hebdomadaire, et communique sur ces thèmes auprès des investisseurs français et internationaux.

Après des débuts chez Framatome, il a effectué toute sa carrière dans le secteur financier. Il était en dernier poste responsable mondial de la recherche marchés du Crédit Agricole CIB, où il gérait et animait un réseau d’une trentaine d’économistes et de stratégistes situés à Londres, Paris, New York, Hong Kong et Tokyo.

Il est titulaire d’une maîtrise d’économétrie, d’un DEA de conjoncture et politique économique et diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris.