Le Brexit : un saut dans l'inconnu pour tous ?

12 %
La Grande-Bretagne participe au budget de l'Union européenne à hauteur
de 12 %.

Beaucoup ne se souviennent plus de l’origine du Brexit. Face aux électeurs eurosceptiques, en pleine campagne électorale en 2013, à la surprise générale, le Premier ministre David Cameron promet de faire un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. Aujourd’hui au pouvoir, il s’engage à tenir a promesse électorale.

Un pied dedans et un pied dehors depuis le début…

Le Royaume-Uni a toujours été un partenaire singulier. Entrés dans l’UE en 1973, nos amis Britanniques se sont tout de suite distingués en particulier en ne souhaitant pas s’impliquer au delà du nécessaire. Ils préfèrent garder leur monnaie et refusent la monnaie unique. Ils parviennent avec Margaret Thatcher à obtenir une réduction sensible à la contribution au budget de la Communauté, toujours d’actualité en 2016.

D’aucuns diront que malgré cela, le Royaume-Uni est un contributeur important. Dans les faits, sur un budget total de 135 milliards d'euros, la Grande-Bretagne y participe à hauteur de 12% se classant au 4ème rang derrière l’Allemagne, la France et l’Italie. Mais nos amis Britanniques déjà en dehors de la zone euro, avec leur propre monnaie sont aussi hors de l’Espace Schengen pour ne parler que de ces singularités les plus visibles. Il ne faut pas oublier qu’au plan européen, les dirigeants britanniques ont quasiment en permanence contribué à tort ou à raison à freiner leur intégration dans l’UE.

Un départ comme un maintien bien négocié !

Si le Royaume-Uni devait quitter l’UE, il est évident que le premier de ses objectifs serait de négocier aussitôt de nouveaux accords commerciaux et de libre-échange à Bruxelles. Même si cela prenait du temps (au moins 2 ans, d’après le traité de Lisbonne), la communauté européenne serait contrainte à nouveau de céder et la négociation de perdurer !

Quelles seront les conséquences de ce « pseudo » départ de l’UE pour un pays, comme le Royaume-Uni alors qu’il n’y est jamais réellement rentré ? Evitons de parler des éventuelles économies d’échelle pour la Commission, le Parlement, etc., liées à ce retrait. Ce ne sera qu’un coût supplémentaire et rien d’autre pour la France et l’Allemagne plus particulièrement.

Concrètement, Il faudra d’abord se préoccuper de la circulation des biens et des personnes en provenance du Royaume-Uni vers le continent ou l’inverse. La levée hétéroclite de barrières douanières n’est pas impossible. Barack Obama vient au secours de David Cameron pour le maintien dans l’UE en précisant que le Royaume-Uni se trouverait en queue de peloton pour les relations commerciales avec les Etats-Unis. Un avis de poids qui provoque une cassure supplémentaire à Londres pour cause d’ingérence. Il en profite pour faire un détour par Hanovre pour soutenir Angela Merkel à propos du traité transatlantique (TTIP ou TAFTA) dont les négociations (13ème round) ont repris le 25 avril dernier à New-York. C’est un G5 informel qui s’est tenu dans la foulée, avec une confirmation pour Barack Obama de l’intérêt de ce traité ! A noter que d’après les sondages seulement 17% des allemands y seraient favorables.

Autres points sensibles, la politique des migrants et réfugiés qui fait déjà du « surplace » n’est pas prête de s’éclaircir. L’implication dans les conflits armés en particulier au Moyen-Orient se fera toujours aux ordres de Washington. Les eurosceptiques ne pourront que se satisfaire de cette « victoire » contre ce qu’ils qualifient en parlant de l’Europe d’un « super-Etat » dérangeant !

Un Brexit aux conséquences difficiles à apprécier

On ne peut pas parler de Brexit sans évoquer le problème que cela pose à Londres. Déjà la Livre sterling pourrait être dévaluée de plus de 15%. Le Royaume-Uni saurait réagir d’après les experts ? La place financière mondiale ne peut pas elle restée indifférente sans conduire les banquiers et les politiques à la réflexion.

Les grandes « places » boursières face à la City, se rappellent à l’ordre en particulier Wall Street et Hong-Kong. Comment réagiront-elles ? Plusieurs banques se posent des questions pour réviser leurs positions et leurs localisations (Paris ou Berlin) en fonction de la préservation de certains de leurs privilèges. Qu’elles en seront les conséquences pour les nombreux « milliardaires » (77) qui ont préféré résider à Londres devant New York et San Francisco ? La City pourrait perdre quelques profits, mais ce serait à notre avis que temporaire…

Si le Royaume-Uni a été jusqu’à présent un « vrai » partenaire aux côtés de la France pendant la crise financière de 2008, comme pendant les négociations avec la Grèce, il a toujours été assez pragmatique pour ne pas suivre nos voisins d’Outre-Rhin, sans conditions. La sortie du Royaume-Uni de l'Union renforcera l'autorité et l’influence de l'Allemagne sur le continent. La France, toujours à la remorque, ne trouvera pas de complices alliés de taille pour servir de contrepoids.

Après le Brexit, nul n’est en mesure aujourd’hui de prédire et de prévoir l’avenir. La sortie du Royaume-Uni de l’Union serait formellement un événement unique jusqu’à présent pour Bruxelles et le Conseil européen. L’Ecosse pour le Royaume-Uni pose déjà problème. La Grèce s’interrogerait, sous forme de regrets, compte tenu de sa situation actuelle, dans un régime persistant de rigueur et d’austérité. La Pologne pourrait, elle aussi, envisager un « Poloxit » ? Sait-on jamais… et d’autres ?

Mais après tout nul ne peut prévoir aujourd’hui les conséquences du choix des Britanniques. Avec un scrutin serré « pour » ou « contre » le maintien dans l’Union, les résultats confirmeront une division importante d’autant plus difficile à maîtriser si les opposants à la politique de Bruxelles sont déboutés. Dans tous les cas, ce référendum du Brexit correspondra pour tous, partenaires européens y compris, à un vrai saut dans le vide !


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Jacques Martineau

Après un long parcours scientifique, en France et outre-Atlantique, Jacques Martineau occupe de multiples responsabilités opérationnelles au CEA/DAM. Il devient DRH dans un grand groupe informatique pendant 3 ans, avant de prendre ensuite la tête d'un organisme important de rapprochement recherche-entreprise en liaison avec le CNRS, le CEA et des grands groupes du secteur privé. Fondateur du Club Espace 21, il s'est intéressé aux problèmes de l'emploi avec différents entrepreneurs, industriels, syndicalistes et hommes politiques au plus haut niveau sur la libération de l'accès à l'activité pour tous. Il reçoit les insignes de chevalier de l'Ordre National du Mérite et pour l'ensemble de sa carrière, le ministère de la recherche le fera chevalier de la Légion d'Honneur.