BREXIT OU PAS ? Rien n'est gagné d'avance

45 %
Le Royaume-Uni est le premier partenaire économique de l'UE avec 45 %
des exportations et 53 % des importations.

Cette question du Brexit m’interpelle à trois points de vue : tout d’abord (1) savoir si économiquement il est plus efficace d’imaginer la GB en dehors de l’Union européenne, (2) ensuite celle de savoir si nous n’avons pas déjà dépassé les limites avec le GREXIT (pour la zone euro) pour finalement se dire que l’Europe est en phase basse du cycle, et qu’il est temps de la refonder. (3) Enfin, le BREXIT est-il social-démocrate, à savoir va-t-il contribuer à ce que d’autres zones géographiques du globe sombrent ?

Si à mon sens la seconde question appelle une réponse positive, et la troisième négative, commençons d’abord par la première. Il faut poser les gains et les coûts relatifs des différents scénarios car les analyses sont souvent trop cloisonnées. Nous nous proposons de faire une synthèse des arguments que l’on trouve ici et là sur la base d’une méthode d’une grande simplicité pour essayer d’entrevoir un peu qui a raison. L’exercice est nécessairement superficiel car nous ne justifions pas les différents arguments des différents coûts et gains, et les chiffres souvent absents encore, doivent être pris avec prudence, nous les énumérons uniquement pour pouvoir essayer d’y voir plus clair sur le fameux « qui a raison ». Au moins dans l’ordonnancement des arguments. Libre à chacun de compléter la liste.      

Soit A, les gains pour le UK du maintien dans l’Union européenne

Soit B, les gains pour l’UE de voir le UK rester dans l’UE

Soit C, les coûts pour le UK de rester dans l’UE

Soit D, les coûts pour l’UE de voir le UK rester dans l’UE

Soit E, les gains pour le UK de la sortie (BREXIT)

Soit F, les gains pour l’UE de la sortie (BREXIT)

Soit G, les coûts pour le UK de la sortie (BREXIT)

Soit H, les coûts pour l’UE de voir le UK sortir… (BREXIT)

Froidement, les partisans du BREXIT ont raison si (E+F) – (G+H) > (A+B) – (C+D).

Les partisans du maintien ont raison si (E+F) – (G+H) < (A+B) – (C+D).

On comprend mal les analyses centrées uniquement sur l’une des 8 lettres ou deux. En partie le G et le H.

LE CAS DU MAINTIEN

Point A : les gains pour le UK du maintien dans l’Union européenne

Macroéconomie

Le RU est le premier partenaire économique de l’UE avec 45% des exportations et 53% des importations. L’adhésion à l’UE aurait augmenté les exportations de 55% selon open source. Ici, on peut aussi citer le respect des réglementations sans avoir à les décider.

Politique

Les arguments que l’on retient ici concernent les migrants tout d’abord (350 000 dont la moitié en provenance de l’UE). Les migrants contribuent beaucoup en matière d’impôt, ceux en provenance de l’UE auraient une contribution économique > 34% par rapport à ce qu’ils reçoivent d’après Open source.

Point B : les gains pour l’UE de voir le UK rester dans l’UE

Macroéconomie

L’UE pourrait bénéficier d’une Grande place financière et donc de services financiers peu chers, de plus de liquidité, et d’un partenaire commercial important…l’UE bénéficie d’un pays à fort pouvoir d’influence dans les négociations générales de l’UE…

Point C : les coûts pour le UK de rester dans l’UE

Macroéconomie

Open source estime le coût pour le RU des 100 régulations les plus contraignantes à 33 milliards d’euros. La perte d’indépendance est à évaluer au cas par cas, argument peut-être farfelu vu qu’elle l’est déjà d’une certaine façon, mais à énumérer.

Point D : les coûts pour l’UE de voir le UK rester dans l’UE

Macroéconomie

Peut-être un monde trop orienté services et drivé par la finance et pas assez industriel.

LE CAS DE LA SORTIE (BREXIT)

Point E : les gains pour le UK de la sortie peuvent être nombreux

Macroéconomie

Le RU pourrait négocier un accord de libre-échange plus avantageux avec l’UE. Le RU pourrait récupérer sa contribution nette au budget européen qui est de 8,5 milliards d’euros. Des estimations du cercle de réflexion Open source montrent un PIB qui augmenterait de 0,6% à 1,6% jusqu’en 2030.

Politique

D’abord on peut citer ici le contrôle des frontières et évidemment…la réduction des paiements liés à des aides sociales. Nous ne faisons pas de jugements moraux ici. Non seulement le RU renforcera sa souveraineté si tant est qu’elle était déjà très dépendante de l’UE, mais en plus elle pourrait augmenter son influence, car elle est une puissance nucléaire, membre de l’OTAN et du Conseil de sécurité de l’ONU.

Point F, les gains pour l’UE de la sortie (BREXIT)

Politique

Contrairement à ce qui est souvent dit, un BREXIT pourrait redonner foi en l’UE et l’Europe. L’idée ici est celle d’accentuer les tendances alternatives, vers plus d’Europe mais une autre. L’UE pourrait donc faire face à cette situation et au contraire se donner un autre élan.

Point G, les coûts pour le UK de la sortie (BREXIT), nous y voilà. Le plus discuté avec le point H.

Macroéconomie

Les arguments que l’on trouve ici portent sur le risque d’une chute violente de l’économie britannique. On pourrait assister à une fuite d’établissements bancaires et financiers et il faut aussi savoir qu’un certain nombre d’établissements bancaires exerce des activités dans l’UE en étant basé au RU…ceci peut accroître les coûts de la complexité juridique. Cependant, les services financiers britanniques, en particulier ceux de banque d’investissement devraient rapatrier une partie de leurs activités dans la zone euro, mais une autre partie (hedge fund) s’installerait au RU pour profiter d’une réglementation moins sévère donc finalement est-ce un réel coût pour le RU (argument de Natixis, novembre 2015).

On peut donc logiquement ajouter la perte d’attractivité pour les investisseurs et au sens global le départ des sièges sociaux. En outre, on pourrait assister à un ralentissement des exportations vers l’UE, bref, la porte ouverte à une grande incertitude sur le plan économique. En outre, les divergences réglementaires vont croître en augmentant les coûts de transactions commerciales. De plus cela diminuerait l’influence du RU dans les négociations commerciales et sur les investisseurs internationaux. Si le RU refuse d’intégrer la zone européenne de libre-échange, il apparaîtra des droits de douane entre le RU et l’UE. Cependant, compte tenu de la taille des flux de commerce (Natixis, novembre 2015) l’impact sur les économies serait faible, le RU a une industrie de petite taille, et ses exportations de services étant spécialisées, elles seraient probablement peu touchées (Natixis, novembre 2015), donc quid du coût à ce niveau ? Dernier argument : le RU pourrait aussi perdre en matière d’économie d’échelle sur la politique industrielle européenne, et via le subventionnement européen, certaines régions britanniques pourraient y perdre. 

Open source estime que cette situation pourrait entraîner une perte de PIB d’ici 2030 de 0,8 à 2,2%, une perte d’influence du RU et une hausse des risques régionalistes avec la demande potentielle d’un référendum en Ecosse (pro UE).

Politique

Si tout à l’heure nous avions évoqué la question d’une immigration contrôlée, il faut ici, voir les pertes de recettes fiscales en conséquence.

Point H, les coûts pour l’UE de voir le UK sortir… (BREXIT)

Macroéconomie

On peut évoquer le risque de discipline budgétaire et la perte d’une part importante du budget européen. On ajoute la perte d’une grande place boursière (mais le RU avait déjà des dérogations quant aux garanties pour protéger la city, et cette dernière avait d’ailleurs déjà un statut particulier). A noter l’inertie de la Bourse de Londres depuis déjà un certain temps, donc finalement est-ce un réellement un coût…

Ici on aurait des pertes pour les principaux partenaires commerciaux de la GB.

De plus, sans les UK, l’UE est un pays peu attractif et perdrait un allié de poids dans les négociations internationales.

Le RU peut également chercher à faire cavalier seul pour attirer les investisseurs. C’est donc la fin des collaborations dans la R&D et la politique concurrentielle.

Maintenant d’après Natixis (novembre 2015), le RU a déjà sa monnaie, sa politique monétaire et de changes indépendants. Il n’appliquerait pas les mêmes règles de l’UE, il aurait un système fiscal et social très différent de celui de la zone euro : il n’y a aucune coordination de politique économique entre le RU et la zone euro. La situation serait très différente si un pays de la zone euro sortait et passait à des politiques non coopératives. Nous ne sommes donc pas tout à fait dans le même cas que le GREXIT.

Politique

De plus, ici, on peut imaginer que certains pays deviennent encore plus anti-commission européenne. Le coût des services financiers pourrait augmenter et la perte de liquidité ajoutée à l’incertitude entraînerait un risque de contagion politique anti-europe ! Nous avons énoncé l’argument contraire qui reste valable. Ce peut être aussi une formidable opportunité pour refonder l’Europe.

Reste maintenant à chacun de déterminer les montants puis de calculer. Notre intuition est que la question du Brexit est assez largement exagérée, et qu’une sortie du RU de l’UE aurait des impacts assez mineurs sur le terrain économique. En revanche, c’est probablement la question exclusivement politique qui pose la majeure partie du problème. Après le psychodrame du GREXIT (qui n’a pas eu lieu) un BREXIT pourrait porter un coup fatal sur l’Europe.


A découvrir

Pascal de Lima

Pascal de Lima est un économiste de l'innovation, knowledge manager et Professeur à Aivancity proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'Altran 16 000 salariés - dont un an auprès d'Arthur D. Little...), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management et en 2020, Professeur en économie de l'innovation à Aivancity.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel et de l'innovation) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il anime des conférences sur les métiers de demain dans les Universités et Grandes ecoles.

De sensibilité social-démocrate (liberté, égalité des chances first et non absolue, rééquilibrage par l'Etat in fine) c'est un adepte de la philosophie "penser par soi-même" qu'il tente d'appliquer à l'économie.