Le Bâtiment, entre pénurie de matériaux et d'employés

29 %
29% des acteurs du BTP disent ne pas pouvoir encore produire comme ils
le souhaitent

En ce début d’année, le climat des affaires dans le bâtiment fléchit tout en restant à un haut niveau. C’est ce que révèle l’enquête INSEE du 20 janvier dernier. Cette légère baisse de moral est avant tout provoquée par les chefs d’entreprises du secteur qui sont moins confiants quant aux perspectives de leurs activités. Ils sont nombreux à estimer qu’il est difficile de prévoir une évolution sur le marché du BTP.

Si les artisans comme les groupes du secteur sont mobilisés sur les chantiers (92,7% d’entre eux sont actifs), ce sont les tensions sur l’appareil productif qui restent très intenses et limitent quotidiennement l'achèvement des chantiers dans de bonnes conditions.

En effet, 43% des entreprises sondées font part de leurs difficultés s’agissant de l'insuffisance de personnel. C’est en effet un problème majeur à travers le pays si l’on en juge les jobs dating organisés par les PME du secteur pour recruter ou encore les annonces faites à grand renfort de panneaux publicitaires 4X3…La majorité des métiers du bâtiment est en tension ! Cela s’explique en grande partie par un manque de personnes formées à proximité. Selon la DARES et l’Observatoire des Métiers du BTP, un nombre important de parcours de formation serait inachevé, de même qu’interviendraient des ruptures de contrat d’apprentissage dans des proportions significatives. Par ailleurs, le manque d’expérience des candidats, leurs exigences jugées trop élevées au regard de leurs compétences ainsi que le déficit d'attractivité des métiers et du secteur du BTP accentueraient les difficultés : un sujet qui donnera sûrement du grain à moudre aux candidats à la présidentielle. Enfin, la COVID n’épargne évidemment pas les salariés et augmente l'absentéisme.

Une gestion devenue plus complexe

Autre problème devenu récurrent : les difficultés d’approvisionnement. Si la situation s’améliore sur ce front par rapport à la fin de l’année 2021, 29% des acteurs du BTP disent ne pas pouvoir encore produire comme ils le souhaitent. Les entrepôts manquent singulièrement de matériaux. Et cette conjoncture complexe n’atteint pas seulement le BTP et l’avancée des chantiers. Même le conseil national de l’Ordre des architectes affirmait ces derniers jours que la pénurie impactait fortement leur activité. C’est d’ailleurs là qu’un logiciel de gestion pour calculer les marges par chantier est utile, car la logique de l’offre et de la demande fait grimper les prix d’achat des matières premières. De fait, obligés de tenir compte de cette répercussion, les artisans et groupes du BTP sont désormais plus nombreux à annoncer qu’ils vont à leur tour augmenter leurs tarifs au cours des trois mois à venir ! Ils sont si nombreux d’ailleurs à l’évoquer que le solde d’opinion favorable à cette revalorisation atteint un niveau inédit depuis 1982, indique l’INSEE.

Enfin, les entrepreneurs du bâtiment sont moins nombreux en ce mois de janvier à estimer que leurs carnets de commandes sont supérieurs à la normale. Toutefois, compte-tenu de leurs effectifs, ils estiment qu’ils assurent au moins 8,7 mois de travail. Quand le bâtiment va, tout va ! Mais quand il trébuche ?


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Grégoire Leclercq

Grégoire Leclercq, 38 ans, (Saint Cyr, master en Droit Pénal, MBA d’HEC Paris) a rempli diverses fonctions de commandement au sein d’une unité de Gendarmerie de Montagne avant de rejoindre le monde civil comme directeur de la relation client chez EBP Informatique en 2010, puis Directeur général délégué en 2018. Engagé dans la défense du travail indépendant, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, il est également membre du board de plusieurs startups dans le monde IT.