Le Canal de Suez II : du rêve à la réalité

8 milliards ?
L'emprunt populaire lancé par l'Egypte pour financer le nouveau canal
de Suez est de huit milliards d'euros.

En août 2014, le président Abdel Fattah Al-Sissi s’était lancé un défi d’exception. Il souhaitait la réalisation en un an du doublement du Canal de Suez pour relancer l’économie dans le pays. La réalisation de ce projet doit servir de vecteur de développement et d’ouverture pour les investissements internationaux.

Un état des lieux pour comprendre les conditions initiales

Les Egyptiens ont souffert durant les quatre dernières années d'événements troublants et d’émeutes (printemps arabe, révolte, chute du président Hosni Moubarak) qui ont failli les faire basculer dans l'obscurantisme et l'islamisme. Le pays s’est trouvé lui-même dans une situation sociale, économique et sécuritaire inquiétante, avec le retour d’expatriés égyptiens et de réfugiés des pays limitrophes en guerre. A la mi-2013, le peuple égyptien décide de changer de régime. Abdel Fattah Al-Sissi est élu comme président pour 5 ans.

Au cours de la première année de son mandat, il a pris conscience de l’ensemble des problèmes économiques, non résolus auparavant et qui continuaient à surgir. Dans le désordre, on peut citer des séries de problèmes sociétaux, des soucis avec l’absence de devises, une énergie en danger avec la vétusté de centrales électriques, la pénurie occasionnelle de produits pétroliers, la vétusté grandissante du réseau routier, les problèmes de traitement d’eau potable, etc.

Le projet d’ouverture et d’élargissement du Canal de Suez

En somme, l'Egypte avait besoin de remèdes miracles pour se relever, des projets phares pour un réel développement économique à commencer par la refonte son infrastructure. A la conférence de Sharm El Sheikh, le président a sollicité des investisseurs européens et asiatiques pour les inviter à prendre part aux projets qu’il envisage pour le développement économique de l'Egypte. En particulier, cela concerne le développement du Canal de Suez, la construction de nouvelles centrales électriques, l’élargissement du secteur agricole, une autre politique de l’habitat au Caire, la réfection et l’extension du réseau routier et la recherche de solutions à propos de production d’eau entre autres…

Le 26 Août 2014, la décision est prise. Un emprunt populaire est lancé. Il est d’un montant de 70 Mds de livres égyptiennes (8 Mds d'euros) en bons du trésor, garantis par l'Etat, à 12% d'intérêts par an, remboursable après 5 ans. Ainsi, en 5 jours les fonds collectés ont servi à faire démarrer le chantier sur les bords du canal. Les travaux achevés avec beaucoup d'intensité (1/3 des pelleteuses du monde étaient en action) et avec beaucoup de succès puisque le chantier n'a duré qu'un an au lieu de trois. Ceci vient de démentir une fois de plus les bruits qui couraient sur l'insécurité ou l'instabilité de l'Egypte et montrer le sérieux et la persévérance du travailleur Egyptien.

Une réalisation prometteuse inaugurée en « grandes pompes »

Les travaux ont été menés sur deux axes : d’une part pour élargir et approfondir une partie du Canal existant sur une longueur de 37 km, d’autre part en construisant un nouveau canal long de 35 km parallèle à l'ancien. Prévus sur 3 ans, les travaux ont duré moins d’un an !

Le Projet du Développement de la Région du Canal de Suez s'articule autour de la création d'un complexe de logistique et industriel à l'Est de Port-Saïd ; de 6 ports maritimes et logistiques à l'ouest de Port-Saïd (Al Kantara) ; d’une zone industrielle à El Sokhna (près de Suez) ; de la construction de tunnels reliant les deux cotés du Canal et de voies ferrées associées ; et de projets des piscicultures dans les lacs que traverse le Canal.

L'Inauguration du nouveau Canal de Suez  à la circulation des navires marchands dans les deux sens a été fêtée en grandes pompes le 6 août dernier en présence d'un nombre restreint de chefs d'Etats amis dont le président français, François Hollande. Le lendemain de l'inauguration 47 navires ont traversé le canal dans les deux sens et la cadence ira en s'accroissant pour atteindre 80 navires par jour sans aucune attente.

Un développement où tous les pays sont associés

Tous les Pays Européens sont invités à participer à ces projets et surtout aux projets de développement de l'Energie. C’est l'Allemand Siemens a remporté un important contrat pour la construction de 3 Centrales électriques. Parallèlement, un événement complète l’ensemble avec la découverte par l’ENI, dans les eaux territoriales égyptiennes, du plus grand gisement offshore de gaz naturel en méditerranée.

La France ne manquera pas non plus au rendez-vous, après la livraison d’une première série d’avions Rafales dans le contexte actuel. Elle peut aussi apporter sa contribution dans le développement économique de son ami traditionnel l'Egypte dans les domaines de la construction d’autres centrales d'électriques (de type nucléaire, gaz naturel, éoliennes et solaire).         

Beaucoup de projets sont aussi ouverts aux investisseurs Français et Européens dans le domaine de l'Eau dont l'exécution serait aussi rapide en particulier pour des stations de désalinisation de l'eau de mer, le traitement d’eaux usées et la mise en place de stations d’épuration, comme les forages de milliers de puits pour l'agriculture dans les régions arides.       

C’est un fort espoir au service des 90 millions d'âmes que compte l'Egypte, selon les derniers recensements et dont la moitié sont des jeunes capables d'être le moteur de sa construction et de son développement pour le 21ème siècle.


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Claude H. Amani

Claude H. Amani est un ancien diplomate et conseiller aux relations internationales, il a travaillé principalement dans des multinationales pour la promotion des rapports internationaux commerciaux entre la France, les pays du Moyen-Orient et l’Afrique, membre de Club Espace 21.