Coronavirus : vers une hécatombe de CDD et un cataclysme social ?

10 %
Onze départements en France ont un taux de chômage de plus de 10%.

Le coronavirus est là, plus personne ne peut le nier. Et si le gouvernement joue sur les mots pour maintenir le pays en « phase 2 » ou « phase 2 renforcée » (on mettrait les régions touchées en « phase 2 avec double secret probation » que ça n’étonnerait personne), la « phase 3 » est à nos portes. Et ça va être un véritable cataclysme social.

Les contrats courts : variable d’ajustement

Ce sont les deux principaux syndicats de France, la CGT et la CFDT (qui a définitivement rompu son amitié avec le gouvernement), qui tirent la sonnette d’alarme : la crise économique et la baisse de croissance qui attendent la France vont entraîner une forte baisse des contrats courts. « Les emplois précaires (CDD de courte durée, intérimaires…) sont la première variable d’ajustement », rappelle la CFDT. Logique : lorsqu’il y a une baisse de l’activité, ce sont ces salariés qui sont les premiers touchés.

Toutes ces personnes, malheureusement, vont devoir pointer à Pôle emploi, se retrouver au chômage et, si elles ont de la chance, toucher des allocations. Ce sera déjà dur : leur niveau de vie baissera avec leurs revenus. Et difficile de prévoir quand la situation s’améliorera : la Banque de France a déjà amputé de 0,2% la prévision de croissance de l’Hexagone pour le premier trimestre 2020, ne s’attendant plus qu’à 0,1%.

Or, le pic épidémique n’est pas encore atteint. Et si la France espère ne pas devoir faire comme l’Italie et décréter un « lockdown » total, la crise du coronavirus va bien impacter l’activité du pays sur toute l’année, si ce n’est plus.

Règles de l’Assurance-chômage et cataclysme social

C’est dans cette situation inédite dont l’ampleur reste encore à déterminer que changeront, le 1er avril 2020, les règles d’indemnisation de l’Assurance-chômage. Pour la CFDT, ce changement aura « de terribles conséquences pour des centaines de milliers de personnes qui travaillent en cumulant des contrats de courte durée ».

Car le timing est tristement parfait : déjà, depuis le 1er novembre 2020, pour obtenir une indemnisation il faut avoir travaillé au moins six mois sur les 24 derniers mois pour avoir droit à une indemnisation. Avant la réforme, seuls 4 mois sur 28 mois suffisaient. Et au 1er avril 2020, si le gouvernement n’intervient pas, c’est le montant des allocations qui sera recalculé… à la baisse. Pour le gouvernement, qui vise 7% de chômage à la fin du quinquennat, l’objectif était d’inciter les chômeurs à retrouver du travail en faisant pression sur leur portefeuille et leur compte bancaire.

Mais avec cette crise inattendue (on ne peut pas blâmer Emmanuel Macron de ne pas l’avoir prévue), difficile de croire qu’il suffira « de traverser la rue » pour trouver un emploi. Même traverser un océan risque de ne pas suffire. Si la réforme est maintenue, ce seront donc plus de chômeurs qu’initialement prévu qui verront le montant de leur allocation baisser.

Alors, c’est sûr, ça fera faire des économies à l’État… mais à quel prix ?


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