Dans le cinéma français, gros salaires et argent public vont très bien ensemble, même si le film fait un bide !

10,72 %
La taxe à 10,72 % sur les billets de cinéma finance le Centre national
du cinéma.

Le palmarès des revenus des réalisateurs de films en France vient de sortir. Où l’on découvre qu’argent public et gros salaires vont très bien ensemble, même quand le film ne marche pas du tout !

Dany Boon, réalisateur le mieux payé en 2014

Le magazine L’Ecran total publie le palmarès des réalisateurs français les mieux payés sur l’année 2014, et sa lecture procure quelques surprises. Rien à dire sur celui qui arrive en tête, Dany Boon, avec "Supercondriaque", qui touche 3.395.000 €. Une somme certes élevée, mais le comique cumule les fonctions de réalisateur, producteur, acteur principal, scénariste et dialoguiste. En fait Dany Boon tient le film entier sur ses épaules, mais le public a été au rendez-vous avec 5,2 millions d’entrées. Le travail et la prise de risque sont récompensés.

Le deuxième de la liste, par contre, étonne franchement puisque Michel Hazanavicius, oscarisé on s’en rappelle pour "The Artist", touche 2.500.000 € pour "The Search", qui a fait un bide avec 80.000 spectateurs ! Disons qu’il a bien négocié son contrat avec le producteur, qui doit s’en mordre les doigts. Etonnement aussi pour Rachid Bouchareb, 6e du classement, qui empoche 802.000 € pour "La Voie de l'ennemi" et ses 40.000 spectateurs ou l’inénarrable Jean-Luc Godard, 11e du classement avec 600.000 € pour "Adieu au langage" et ses 34.000 spectateurs…

En France, le cinéma est arrosé d'argent public

Si tous ces films étaient financés en totalité par de l’argent privé, cela ressortirait du risque des producteurs et on pourrait s’arrêter là. Mais en France, on le sait, le cinéma est copieusement alimenté par de l’argent public. Le budget du CNC (Centre national du cinéma) se monte à 700 millions d’euros, financé notamment par une taxe de 10,72% sur le prix des places de cinéma, ainsi que des taxes sur les chaînes de télévision, la VOD, etc.  Pour Jean-Luc Godard on a un peu l’impression que l’argent public sert à lui verser un gros salaire, et qu’accessoirement il fait un film qui n’intéresse personne…

Suite à une tribune publiée en 2012 dans Le Monde par Vincent Maraval, fondateur de la société de distribution Wild Bunch, et dénonçant les cachets excessifs, le CNC a fixé un plafond de rémunération en fonction du budget global du film. Manifestement cela n’empêche pas des revenus peu en rapport avec l’accueil du public. On peut protester contre les salaires et les parachutes dorés des patrons du CAC40, mais certaines aberrations se retrouvent aussi ailleurs, qui plus est avec de l’argent public.

Le 12e de la liste, juste derrière Godard, est Luc Besson avec "Lucy" et ses 5,2 millions entrées en France et, surtout, ses 50 millions de spectateurs dans le monde, le plus grand succès français à l’international de tous les temps. Besson touchera en plus un intéressement aux résultats (qui ne sont pas pris en compte dans ce classement), mais cette situation s’avère quand même plus saine. Moins d’argent public, plus de rémunération en fonction des résultats, est-ce trop demander au cinéma français ?


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Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.