Le climat des affaires rebondit, sans enthousiasme

Le principal indicateur du climat des affaires s'est redressé au début du mois de juin, passant de 60 à 78. L'enquête, réalisée dans les trois semaines précédant le 19 juin, donne une image des premières semaines du déconfinement, et ce n'est pas une image de retour à la normale.

Services : perspectives de rebond limitées pour l'emploi

Dans le secteur des services, la confiance se situe juste au-dessus de son plus bas niveau de la crise de 2009. Ce seul constat montre à quel point le rebond du déconfinement est relatif. L'opinion des entreprises sur leur propre situation ne s'est d'ailleurs pratiquement pas améliorée entre mai et juin (l'indicateur est resté à -57 en juin, très en-dessous du pire niveau atteint en 2009 à -30), montrant que la position financière a pour beaucoup été mise en péril par les semaines d'inactivité, et ce malgré le déconfinement.

Les attentes quant à l'activité des prochaines semaines sont positives sans être enthousiastes : l'indice repasse de -52 à -13. Il faut néanmoins remonter à 2013 pour trouver des niveaux comparables. Au niveau de l'emploi, la prudence reste de mise. S'il y a une amélioration considérable pour les contrats d'interim ou temporaires (dont le niveau ne pouvait tomber plus bas puisque l'enquête de juin montre une valeur exceptionnelle de -100 pour la tendance récente dans ces contrats), les intentions d'embauche hors travail temporaire ne sont guère plus élevées qu'au creux de la crise de 2009. Dans le commerce de détail, hors automobiles, le constat est très semblable. Autrement dit, dans ces deux secteurs, si le déconfinement apporte un soulagement, les doutes restent nombreux quant au niveau d'activité qui caractérisera cette « nouvelle normalité » post-covid.

Industrie : l'euphorie risque d'être brève

Dans la construction où le travail a pu reprendre plus rapidement, l'activité prévue s'est nettement améliorée, sans toutefois rattraper son niveau de février 2020. Dans le logement neuf, les perspectives accusent toujours le coup :  elles restent à un plus bas de 4 ans, tout comme les carnets de commandes du secteur qui n'ont pas montré de signe d'amélioration en juin. De ce point de vue, la situation était comparable dans l'industrie qui n'a vu qu'une amélioration marginale des carnets de commandes en juin. La faiblesse du commerce extérieur (les commandes à l'export étaient encore en baisse en juin) et le report des investissements des entreprises privées laissaient peu d'espoir de ce point de vue. L'écart entre les commandes et l'état actuel des stocks ne permet pas vraiment de tabler sur une reprise très dynamique au-delà du rattrapage dû à la réouverture des chaînes de production.

Nous restons donc prudents quant à l'interprétation des intentions des entreprises quant à leur propre production : l'enquête de juin montre un niveau à un plus haut de 2 ans, une euphorie qui ne semble pas en ligne avec le niveau élevé des stocks. Dans l'ensemble, l'indicateur montre que comme dans les services, la confiance n'est pas beaucoup plus élevée qu'au pire de la crise de 2008 et que la prudence reste de mise pour aborder cette période de déconfinement industriel.

Le rebond ne doit pas cacher le malaise qui entoure la reprise

L'enquête d'aujourd'hui permet de relativiser la bonne tenue des PMI, qui signalaient hier la fin de la contraction de l'activité dans les services et l'industrie. Ces enquêtes étant des soldes d'opinion, il est naturel qu'il y ait plus de répondants positifs que négatifs après trois semaines de déconfinement. Les enquêtes de l'INSEE nous montrent un malaise plus profond, au-delà de la « remise en route » de l'activité, sur les perspectives de reprise. Cela conforte le scénario d'une reprise en deux phases : un V, suivi à partir du 4ème trimestre par une reprise plus lente qui ne permettra de rattraper le niveau d'activité d'avant-crise qu'à la fin de 2022. Pour en savoir plus sur ce sujet et sur le plan de relance de la France, consultez ici notre trimestriel économique (également disponible en français).


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Julien Manceaux

Julien Manceaux est Senior Advisory Economist chez ING. Il travaille depuis plus de dix ans dans l’équipe Eurozone de la recherche économique d’ING à Bruxelles et suit plus particulièrement les développements macroéconomiques en France. Pour ING, il est également spécialiste des questions de commerce international et de stratégies d’exportations, d’immobilier et d’épargne. Après deux mastères en économie appliquée, Julien vient de terminer le global EMBA de la prestigieuse IESE business school de Barcelone afin d’être au plus près des préoccupations stratégiques des clients d’ING, notamment en matière d’innovation.