"Le coefficient de Gini" et autres fantaisies de la statistique économique

Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie
l'égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1 signifie
l'inégalité totale.

Nous sommes dans un monde où il est de bon ton d'obtenir des résultats concrets dans tous les domaines, à commencer par celui-là même où ce n'est pas souhaitable, j'ai bien sûr nommé la politique.

 

Alors que gouverner devrait se limiter à veiller à ce que les institutions assurant l'égalité de tous devant le droit fonctionnent convenablement, nos politiciens ont depuis longtemps franchi le Rubicon et interviennent désormais comme soi-disant gestionnaires de pratiquement tous les domaines de la vie en société. Ignorant bien sûr le théorème de Kenneth Arrow sur leur vacuité.


Ce faisant, comme tout bon manager, il leur faut des indicateurs, des métriques, des chiffres qui permettent de justifier qu'en effet les mesures qu'ils prennent sont bénéfiques à tous ou presque. Parmi la boîte à outils du politicien géo-stratège, on trouve ainsi le fameux coefficient de Gini (*) qui est un peu le Canada Dry du jean tonique, l'indicateur de la bonne égalité au sein des peuples.


Réalisez donc comme c'est pratique, l'égalité, ou plutôt le niveau d'inégalité de revenu au sein d'un peuple pourrait ainsi se mesurer via un simple nombre entre 0 et 1, où 0 exprime l'égalité parfaite.


Ce coefficient est pourtant plus que discutable, pour ne pas dire ridicule. Ainsi, une des premières questions qui viennent à l'esprit a trait à la qualité des données de base nécessaires au calcul. Qui les fournit ? Comment peut-on être sûr de leur impartialité ? Comment les enjeux géo-stratégiques, c'est-à-dire la publicité plus ou moins positive qu'un pays peut en tirer, pourraient-ils ne pas venir entacher et corrompre les données de base ? Si je suis la Chine, il y a des chance pour que je veille à ce que seules des données pas trop négatives à mon égard soient accessible au Grand Chef Gini.


Même avec des données fiables, que mesure-t-on vraiment par ce coefficient ? La distribution des revenus, répondra-t-on. Cela pose au moins deux questions. Pourquoi le seul revenu ? Si ce qu'on cherche vraiment à mesurer tient à l'inégalité – discours habituel allant avec cet indicateur – alors pourquoi par exemple le capital de chacun n'est-il pas pris en compte ? Thomas Fabius est chômeur, mais son appartement fait qu'il ne semble pas être « aussi chômeur » que bien d'autres.


Ensuite, la notion de revenu est bien vague, très multiforme et surtout varie beaucoup d'un pays à un autre. S'agit-il par exemple d'un salaire net ou brut ? Dans les deux cas, comment la politique fiscale de la France est-elle compensée – si elle l'est – pour permettre la comparaison, la cohérence avec les revenus de pays plus dignes du terme de paradis fiscaux ? Torchons et serviettes.


Rappelons à ce propos un des résultats les plus lumineux mis en avant par le grand économiste Ludwig von Mises dans L'Action Humaine : « Ceux d'entre les économistes qui veulent remplacer par l'économie « quantitative » ce qu'ils appellent l'économie « qualitative » sont entièrement dans l'erreur. Il n'y a, dans le champ de l'économie, aucune relation constante et par conséquent aucun procédé de mesure n'est possible. »

 

Autrement dit, les statistiques en science économique ne peuvent être autres que vide de sens car rien n'est jamais stable au sein de la société humaine.


Ensuite, comment lire ce coefficient ? Implicitement, on sent bien qu'on cherche à nous dire deux choses. Que tous les pays devraient tendre vers la même valeur du Gini – pas de pays moins égalitaire. Et que leur Gini devrait s'approcher autant que possible du zéro – égalité des revenus.


Or il y a de nombreux exemples de pays qui sont prospères malgré un Gini élevé – c'est le cas du Chili par exemple qui est un des Gini les plus hauts mais fait partie du top 10 des économies les plus prospères. A l'inverse, la Mongolie n'est pas un pays dont la situation fait rêver bien que son Gini soit parmi les plus bas au monde, tout comme le Burundi – voir la carte sur Wikipedia. Erreur ?


En matière de revenus, Thomas Sowell, grand économiste noir américain, nous rappelle que : « Malgré une littérature volumineuse et souvent fervente sur la « distribution des revenus », la froide réalité c'est que la plupart des revenus ne sont pas distribués : ils sont gagnés. » La statistique biaise.


Le coefficient de Gini fait ainsi partie de cet attirail supposé théoriquement solide qui nous est régulièrement assené pour nous inculquer le culte égalitaire, comme si celui-ci était la clé de notre bonheur et de notre avenir. Le communisme, tombé avec le mur, nous revient par les fenêtres.


L'idée même que l'égalité des revenus pourrait poser question au point de mettre en place toute une théorie et une machinerie pour collecter des données forcément sans valeur montre à quel point notre société a assimilé et assimile encore des concepts contestables et plus que douteux.


Concluons simplement avec deux grands auteurs trop souvent oubliés pour montrer le ridicule de l'égalitarisme ambiant dont le coefficient de Gini n'est qu'une des nombreuses manifestations :


« Une revendication pour l'égalité des situations matérielles ne peut être satisfaite que par un gouvernement aux pouvoirs totalitaires. » -- Friedrich Hayek, Prix Nobel d'Economie en 1974
« Que l'Etat se borne à être juste, nous nous chargerons d'être heureux. » -- Benjamin Constant, homme politique français de la fin du XVIIIe et début du XIXe siècles.


(*) http://en.wikipedia.org/wiki/Gini_coefficient


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Stéphane Geyres

Simple citoyen viscéralement optimiste, consultant informatique, 25 ans d'expérience, bilingue, ayant vécu dans 5 pays sur 3 continents et connu l'aventure de la création d'entreprise - dans un pays ou c'est mal vu et très aléatoire. Libéral convaincu et même libertarien, venu au libéralisme après des années d'errance politique et une grande déception de la droite traditionnelle, de ses présidents de la 5eme république et de la "rupture" de 2007. Autodidacte et curieux, découvre l'école autrichienne d'économie et engloutit les opus magni de Mises, Rothbard et Hoppe en quelques mois, puis découvre le libéralisme en tant que doctrine et modèle social. La lecture de Salin, Ron Paul, Hazlitt, Ayn Rand et même Mandelbrot finit de me convaincre du bien fondé de l'analyse libérale. Commence alors le projet de contribuer à mieux faire connaître et comprendre le libéralisme, pour que nos enfants vivent dans un monde digne d'eux...