Les prêteurs du mastodonte de l'événementiel Comexposium poursuivent ses actionnaires devant la justice britannique

580 MILLIONS €
Comexposium aurait une dette de 580 millions d'euros.

Avec 600 sociétés en faillite — sur les 3 000 que compte le secteur —, l’évènementiel a été durement touché par la crise sanitaire. En souffrance malgré les mesures de soutien volontaristes des pouvoirs publics, la profession perçoit cependant les prémices d’une sortie de crise depuis la levée d’une partie des mesures de restrictions sociales. Les grands acteurs du secteur commencent à envisager l’avenir, partagés entre des stratégies parfois divergentes, comme chez Comexposium, où les actionnaires s’opposent à des fonds d’investissements désireux d’injecter des liquidités dans l’entreprise.

Une reprise du secteur sous haute tension

Une bouffée d’air frais. Après le Carrefour des fournisseurs de l’industrie agroalimentaire (CFIA) le 9 juin, le très attendu Vivatech, qui s’est tenu entre le 16 et 19 juin dernier, a acté la reprise des évènements au format physique. Un impératif vital pour une profession cantonnée depuis plusieurs mois au tout-digital, format dont le modèle économique n’a pas encore été trouvé. Si, de l’aveu des professionnels, les perspectives de reprise sont rassurantes, le secteur perçoit encore l’avenir avec quelques incertitudes. « La vraie reprise se fera à partir de septembre », promet au Figaro Pablo Naklhé Cerruti, directeur général de Viparis, qui précise cependant « qu’au niveau économique, 2021 risque malheureusement de ressembler à l’année 2020 ».

D’autant que le risque d’apparition d’un nouveau variant échappant partiellement à l’efficacité vaccinale — et les mesures de restrictions qui s’en suivraient — assombrit encore les espérances d’une reprise ferme et définitive du secteur. Autre point noir au tableau, la chute du tourisme d’affaires intercontinental, qui ne devrait pas retrouver son niveau d’avant-crise avant de longs mois. « Il y aura sans doute moins d’événements internationaux à court terme, les allers-retours en avion ne seront plus automatiques » affirme au Figaro Renaud Hamaide, président de Comexposium, leader français du secteur, notamment en charge de l’organisation du Salon de l’agriculture ou de la Foire de Paris.

Comexposium, leader français du secteur, dans la tourmente

Mais l’heure est déjà aux grandes restructurations pour faire face aux secousses de la crise. Plans sociaux, procédures de sauvegarde, voire faillites sont en passe de réorganiser le secteur et d’écarter de la concurrence une partie des acteurs les plus fragiles. Du côté du leader français de l’évènementiel, Comexposium, la crise sanitaire a été particulièrement difficile. Endetté à hauteur de 580 millions d’euros, notamment du fait de plusieurs acquisitions particulièrement onéreuses dans la période pré-Covid-19, le groupe a été placé en procédure de sauvegarde le 22 septembre 2020, procédure renouvelée pour 6 mois en mars dernier. Un mécanisme utilisé entre autres par le groupe Partouche qui permet aux entreprises de geler le remboursement de leurs dettes pour garder la tête hors de l’eau le temps de se réorganiser. « On a passé notre temps à décaler, reporter des événements, de l’Europe au Canada, de la Chine à l’Australie en passant par l’Inde et l’Asie du Sud-Est », justifie aux Échos Renaud Hamaide, président du groupe.

Un choix radical qui a eu du mal à passer du côté des prêteurs, dont la plupart (CIB, HSBC, BNP Paribas) ont cédé en catastrophe leurs créances à deux fonds d’investissement, Strategic Value Partners et Attestor. Bien dotés et ayant flairé le potentiel, ceux-ci proposent d’injecter 175 millions d’euros d’argent frais dans l’entreprise, en plus d’échanger la moitié de la dette du groupe contre des parts dans Comexposium. Un soutien salutaire pour les salariés du groupe français ? Non, selon les actionnaires historiques, Predica et la Chambre de commerce d’industrie de Paris Ile-de-France, qui craignent de perdre leur pouvoir de décision sur l’entreprise. « Le seul intérêt des actionnaires est de vouloir garder le contrôle au détriment de l’intérêt social de l’entreprise », affirme aux Échos un proche des fonds d’investissement, qui déplore une manœuvre fondée uniquement sur l’intérêt corporatiste des actionnaires, ignorant celui de l’entreprise.

Pour les prêteurs, les 175 millions d’euros ont en effet vocation à permettre la poursuite des acquisitions du groupe et à renforcer la place de Comexposium au niveau international. Mais aussi à assainir l’entreprise en réduisant sa dette. Une stratégie de conquête, qui crispe les actionnaires historiques, fermement accrochés à une posture de prudence. « Predica et la CCIP sont des actionnaires peu sophistiqués. Je pense qu’ils n’ont pas perçu l’effet domino qu’allait provoquer l’ouverture de la sauvegarde. Depuis plus de six mois, il n’y a plus aucun échange avec les prêteurs » dénonce un proche du dossier, cité par l’AGEFI.

Bataille judiciaire entre les prêteurs et les actionnaires

La bataille entre les actionnaires historiques de Comexposium et les prêteurs s’est aujourd’hui orientée sur le terrain judiciaire. En cause ? La stratégie de rétention d’informations des actionnaires historiques qui refusent de communiquer aux fonds la situation comptable exacte de Comexposium. Predica et la CCIP profitent ainsi de la spécificité très française de la procédure de mise sous sauvegarde qui n’oblige pas les prêteurs à la transparence sur l’état véritable de l’entreprise. Une stratégie potentiellement en infraction avec le contrat de prêt initial, qui est lui régi par le droit anglais, comme souvent dans ces transactions. Dont acte ? À la justice britannique d’en décider, Strategic Value Partners et Attestor Capital ayant signifié un avis de poursuite aux actionnaires et au management de Comexposium devant un tribunal anglais.


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