Le mythe du pouvoir de la communication dans la modernité

  • D'après le sociologue et financier Jawad Mejjad, notre société à connu
    un tournant en matière de communication dans les années 50.
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D'après le sociologue et financier Jawad Mejjad, notre société à connu
un tournant en matière de communication dans les années 50.

Rappelons nous que dans le second Testament, Dieu fabrique Eve à partir d'une côte d'Adam, parce que ce dernier n'arrivait pas à communiquer avec les animaux et qu'il fallait quelqu'un avec qui parler. Rappelons nous aussi la Tour de Babel où pour punir l'homme de son arrogance, Dieu le mit dans une situation de non communication par la multiplication des langues. Communiquer est ainsi cette donnée structurelle de notre psyché, pour signifier le besoin de vivre socialement, dans un monde ordonné.

Or qui dit ordre, dit implicitement relations de pouvoir. Pendant longtemps l'humanité a trouvé normal de régler les conflits par des relations de force, autrement dit de guerre. Le pouvoir s'acquérrait par la guerre, et l'on trouvait cela non seulement normal, mais noble. Or la caractéristique principale de la modernité est d'éviter le conflit, la guerre étant le mal à éviter. Et la médiation de la communication a ce rôle essentiel dans la modernité : éviter le conflit. Ainsi, le mythe de la communication va se retrouver au service des relations de pouvoir dans les sociétés de la modernité, et où donc le pouvoir sera plus l'apanage du communicant que du guerrier, et que même le guerrier pour asseoir son pouvoir, usera en dernier recours de communication.

Pour comprendre cet état de faits, nous allons nous poser la question de la genèse de cette situation, et surtout de sa signification, autrement dit identifier le processus historique et social, qui dans les soubassements des valeurs de la modernité, ne pouvait mener qu'à une société où communiquer est une obligation. Auparavant, nous allons constater l'omniprésence de la communication dans notre société aujourd'hui et même son diktat, en pointant ses paradoxes, ce qui est toujours une manière féconde de réfléchir.

Une société se définit par ses valeurs, et plus encore par ses pratiques. Et c'est quand ses pratiques deviennent d'une évidence telle qu'elles constituent, sans que forcément cela soit clairement formulé, des impératifs catégoriques, que nous pouvons parler de doxa. Un élément fondamental de la doxa qui régit notre société aujourd'hui est la communication. Quelque soit la difficulté rencontrée, la réponse est dans la communication : vous avez un problème dans votre couple, avec votre patron, vos collègues, le gouvernement peine à faire passer une réforme, l'équipe de France ne gagne pas, ne cherchez plus, c'est un problème de communication. Or tout ceci est très récent et démarre de fait à partir des années 1950. Notre société est devenue une société de communication, subrepticement mais sûrement.

Nous allons donc constater quelque chose d'évident. Et le plus souvent, c'est ce qui est évident que nous ne voyons pas. A l'instar de la lettre volée d'Allan Edgar Poe : rappelons-nous cette nouvelle où un éminent professeur est soupçonné de complot, et la preuve implacable de sa culpabilité serait une lettre qui serait cachée chez lui. Le commissaire et ses sbires cherchent partout, retournent toute la maison, et en fait, la lettre était posée juste là, sur le bureau. Nous sommes plus (dé)formés à traquer la vérité derrière les choses, alors qu'elle est souvent juste devant nous. Ainsi de la communication et de son omniprésence.

Vivre c'est communiquer


Bien sûr communiquer est de prime abord une activité naturelle, d'ailleurs les animaux aussi communiquent, et même les végétaux. Bien sûr aussi nous sommes envahis par la publicité, et par les images véhiculées par toutes formes d'écrans. Bien sûr encore, au travail notamment, nous passons une bonne partie de notre temps soit en réunion, soit à rédiger ou répondre à des mails. Il est inutile de nous abreuver de statistiques sur le nombre d'heures passées devant la télévision, ou Internet, ni le nombre de mails moyen reçu, ni le temps passé dans les réunions, pour nous convaincre du temps passé chaque jour dans des activités dites de communication. Ce n'est pas cette évidence qu'il s'agit de pointer.

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