Concurrence dans l'industrie agro-alimentaire : une instrumentalisation des acteurs locaux ?

180 MILLIARDS €
Le chiffre d'affaires du secteur agroalimentaire est estimé à près de
180 milliards d'euros en France.

« Médisez, médisez ! Il en restera toujours quelque chose », déplorait l’ancien président Jacques Chirac. Cette maxime semble avoir pris un nouveau sens ces dernières années avec l’émergence dans le monde des affaires du « name and shame ». Ou comment ruiner à moindre frais la réputation d’un concurrent. Des accusations de pratiques favorisant la déforestation en Colombie ont secoué ces dernières semaines le groupe de distribution grupo Éxito, filiale du groupe Casino… avant que les accusateurs ne se rétractent et que l’affaire fasse « pschit » !

Il a suffi du témoignage anonyme d’un fermier colombien dans un rapport de l’ONG environnementale américaine Environmental Investigation Agency (EIA), pour que grupo Éxito, acteur majeur de la distribution en Colombie et filiale du groupe français Casino, se retrouve accusé du pire par l’ONG. Les conclusions du rapport de l’EIA pointaient clairement la responsabilité du groupe de distribution dans des pratiques favorisant la déforestation de l’Amazonie colombienne.

Les médias colombiens se sont saisis de l’affaire et les journalistes du quotidien El Tiempo sont parvenus à retrouver le fermier mentionné dans le rapport de l’EIA, qui y affirmait être un fournisseur de bœuf de grupo Éxito alors que ses troupeaux se trouvaient sur des parcelles illégales dans un parc national de la forêt amazonienne. Or, selon El Tiempo, le fermier en question n’a jamais été fournisseur de grupo Éxito, et les lots de viande mentionnés dans le rapport de l’EIA comme provenant de pâturages illégaux ont pu être tracés vers d’autres régions et sur des parcelles légales.

On peut certes hausser des épaules face aux méthodes plus que contestables d’une ONG prête à lancer toutes les fake news pour faire le buzz, mais on est également en droit de se poser des questions sur la finalité des accusations proférées par le fermier et sur la volonté d’incriminer spécifiquement grupo Éxito par EIA. Est-il seulement question de considérations écologiques et environnementales ou peut-on craindre voir la main de certains acteurs désireux d’affaiblir un concurrent ? Cette question n’a hélas pas de réponse pour l’heure. Le sujet est d’autant plus embarrassant pour EIA, puisque son rapport a rapidement été relayé par plusieurs associations françaises, comme Envol Vert, Notre affaire à tous ou encore France Nature Environnement – jusqu’à l’eurodépuée EELV Marie Toussaint

Ce qui est certain en tout cas, c’est que le fait de lancer des anathèmes sans preuve solide fragilise finalement tous ceux et celles qui se battent jour et nuit pour défendre la forêt amazonienne, dont la destruction est un véritable scandale écologique. Tout le monde est perdant de ce type de manœuvres qui tirent le débat vers le bas et éloignent des vraies questions à régler.

Droit de Réponse de l’ONG environnementale américaine Environmental Investigation Agency (EIA) :

L'EIA confirme les conclusions du rapport et les preuves qu'il contient. Elle se félicite également des réactions du public, du secteur privé et des agences gouvernementales qui reconnaissent les problèmes systémiques de l'élevage illégal en Colombie et la nécessité de réformes dans le secteur et de l'application de la loi.

Colsubsidio a reconnu que nos recherches "montrent l'immense problème de l'élevage illégal en Colombie" et a déclaré qu'il était prêt à enquêter sur tout lien avec ses chaînes d'approvisionnement. De même, l'Institut Agricole Colombien a reconnu qu'"il ne dispose pas d'un système unifié pour contrôler le bétail dans les Parcs Nationaux" et a déclaré son intention de changer cela très prochainement.

D'autre part, il est regrettable que Grupo Éxito ne reconnaisse pas la réalité des illégalités systémiques dans le secteur de l'élevage. Grupo Éxito semble nier les graves problèmes liés à ses chaînes d'approvisionnement détaillés dans notre rapport.
La problématique dans le secteur de l'élevage, exposés dans le rapport, montre pourquoi les engagements volontaires en faveur d'une politique zéro déforestation ne suffisent pas à résoudre le problème. Une réforme structurelle est nécessaire pour rendre obligatoire la traçabilité des entreprises et la transparence des chaînes d'approvisionnement.

L'EIA est prête à poursuivre cet important dialogue et à contribuer à l'élaboration de solutions pour lutter contre la déforestation illégale en Colombie.


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