Plombé par la concurrence, Free broie du noir

Bientôt vingt ans après son arrivée sur le marché des télécommunications fixes et six ans après s’être lancé dans la téléphonie mobile, Free voit son modèle s’essouffler. Après des années de croissance rapide soutenue par des tarifs jadis ultra compétitifs, le « bébé » de Xavier Niel perd aujourd’hui des abonnés.

La guerre des prix bat son plein dans le mobile, Free se fait rattraper par la concurrence

Le « trouble-fêtes » du marché des télécoms a peut-être perdu de son éclat d’antan. À fin juin 2018, Free Mobile comptait 13,6 millions d’abonnés. Le chiffre est impressionnant certes, mais il reflète plus l’héritage des années de forte croissance, car ces derniers temps, Free ne recrute plus de nouveaux abonnés. Pire, le stock s’amincit : sur un an, 485 000 clients ont quitté l’opérateur du groupe Iliad pour s’abonner chez les concurrents.

Et pour cause : le « Forfait 2 euros », qui a fait figure de produit d’appel pour Free Mobile depuis son lancement en 2012, doit composer avec la concurrence du MVNO (Mobile Virtual Network Operator) Prixtel, qui propose depuis la même année un forfait équivalent. Même tendance concernant le « Forfait mobile 19,99 euros » (facturée 15,99 euros aux abonnés Freebox). Pour 19,90 euros par mois, Syma Mobile propose lui aussi 100 Go de 4G et des appels illimités, soit exactement la même offre que chez Free.

L’opérateur de Xavier Niel possède néanmoins un argument de vente de taille, qu’aucun de ses concurrents n’est en mesure de proposer : les abonnés Freebox utilisant le forfait « 15,99 euros » bénéficient d’une 4G illimitée. C’est d’ailleurs le cas de plus de la moitié des abonnés mobiles de Free (7,5 millions sur un ensemble de 13,6 millions). Free, y trouvera-t-il à terme son compte économiquement ? On peut en tout cas le penser, car que le forfait soit illimité ou non, la consommation effective de 4G se situe à 9,6 Go par mois, ce qui est très loin des paliers maximum.

Dans le fixe, le déploiement massif du FTTH se fait attendre, pas la nouvelle Freebox

Les choses sont globalement plus positives concernant les services fixes. Si le nombre d’abonnés ne progresse pas (+0,1% sur un an), au moins il ne baisse pas. Mieux encore : les abonnés bénéficiant de technologies de génération précédente migrent progressivement vers la « fibre de bout en bout » (FTTH) : 734 000 abonnés bénéficiaient de cette technologie à fin juin 2018, contre 419 000 un an plus tôt, soit une croissance de 75% sur un an.

Une incertitude demeure néanmoins quant à la poursuite de cette croissance. Même si le nombre de lignes éligibles au FTTH ne fait pas l’objet d’une publication par l’Arcep, le régulateur français révèle que Free arrive loin derrière ses concurrents par le nombre d’interconnexions FTTH sur le marché de gros : à fin mars 2018, il n’en proposait que 324 000, contre 1,2 million pour Altice et 7,6 millions pour Orange. Free fait aussi figure de lanterne rouge s’agissant du rythme de ces déploiements : +4,1% sur un an, contre +32,4% pour Orange et +34,1% pour Altice.

Un déploiement plus poussé du FTTH aurait donc pu constituer un avantage concurrentiel pour Free, mais surtout être synonyme de facturations plus conséquentes aux clients. Et sur ce plan, Free a effectivement un problème : au premier semestre 2018, son revenu moyen par abonné (fixe + mobile) s’élevait à 32,8 euros, contre 34 euros un an plus tôt. Pour l’instant, Free investit massivement dans la R&D : à en croire Xavier Niel, la très attendue Freebox nouvelle formule, prévue pour l’automne 2018, devrait être révolutionnaire. C’est sur ce cheval de bataille que l’opérateur porte ses espoirs pour regagner le cœur des consommateurs.

Vers une recomposition du paysage des télécoms ?

Malgré la multiplication des MVNO cherchant à se faire une place dans la « cour des grands » en proposant des tarifs compétitifs, pour les quatre opérateurs « traditionnels » la dernière décennie a été synonyme de stabilité du paysage concurrentiel. En effet, depuis la décision de l’Arcep en 2009 d’autoriser la création de Free Mobile, le marché est resté dominé par les mêmes, une situation qui a induit des surcoûts et pourrait désormais obliger certains acteurs à tenter des rapprochements. C’est dans cette optique que le 30 août 2018, lors de la présentation des résultats semestriels de son opérateur, Martin Bouygues s’est dit ouvert aux « opportunités de consolidation » dès début 2019. Même son de cloche chez Xavier Niel, qui avait estimé en mars 2018 que la consolidation des télécoms serait un sujet en France avant fin 2018.

En théorie, et dans la poursuite des privatisations engagées en 2018, l’État pourrait être intéressé par la cession de sa part dans le capital d’Orange, dont il détient 13,4% en direct et 9,5% via Bpifrance, mais Stéphane Richard, le PDG d’Orange, a d’ores et déjà écarté une fusion avec Free. Quant à Bouygues Télécom et Altice (la maison mère de SFR), si en 2019 leurs négociations échouent, le premier pourrait potentiellement intéresser Free. L’année 2019 pourrait donc débuter par une recomposition majeure du marché des télécoms en France.


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