Le PIB, un coup de pub ?

Le PIB de la France valait 2 770 milliards de dollars américains à
prix courants en 2011.

On a tous entendu un jour cet acronyme sans trop savoir ce qu'il signifie : le PIB. Wikipedia nous dit que « Le produit intérieur brut (PIB) est un indicateur économique utilisé pour mesurer la production dans un pays donné. Il est défini comme la valeur totale de la production de richesses (valeur des biens et services créés - valeur des biens et services détruits ou transformés durant le processus de production) dans un pays donné au cours d'une année donnée par les agents économiques résidant à l'intérieur du territoire national. » Mais peut-on croire ce que Wikipedia nous avance-là ?

 

Car il y a plusieurs choses bizarres dans cette définition. On remarque par exemple des « services détruits », dont on se demande comment ils se manifestent : un service étant par nature intangible, comment le détruire ? Mais il y a plus gênant que ce qu'on peut espérer n'être qu'une coquille.

Les lecteurs de cette chronique savent que la richesse est une notion très personnelle et que sa valeur est subjective, c'est-à-dire que l'appréciation de la valeur varie d'un individu à l'autre. Dès lors, envisager de mesurer la valeur est tout simplement impossible – mesure-t-on les sentiments ?

Bien sûr, il y a une manière d'approcher la valeur des choses qui est leur prix au moment de l'achat. Mais ce n'est qu'une approximation dévaluée, le prix étant toujours inférieur à la valeur perçue des choses, sinon on ne les achèterait pas. De plus, tout prix s'exprime en monnaie, chez nous l'euro, ailleurs le yen ou le sucre. Or la monnaie n'est pas un étalon de valeur fiable. Pourquoi ? Il y a des raisons profondes, mais on se limitera ici simplement à rappeler l'inflation. Lorsque on commande un expresso, il y a peu de chance que sa valeur aujourd'hui soit totalement différente qu'elle était il y a dix ans. Un café, ça reste un café. Pourtant, son prix en euro, lui, a énormément changé. Grosso-modo, on le paye aujourd'hui en euro ce qu'on le payait en francs.

On comprend donc que lorsqu'on nous affiche des taux de croissance de 1 % ou 2 %, comme en ce moment, mesurés par l'intermédiaire du PIB, une bonne partie de cette croissance embarque en fait avec elle l'inflation des prix sur le terrain – très différente de l'inflation officielle. On comprend déjà que la mesure du PIB est pour le moins contestable.

Il y a cependant d'autres raisons de se méfier du PIB. Il est annoncé mesurer la production de richesse et semble cohérent en se focalisant sur la production tout court. Néanmoins, un article précédent a montré que les échanges aussi, voire surtout, sont source de richesse. Voilà donc que le PIB laisse de côté tous les marchés parallèles, marché noir ou marché de la main à la main. Mais la raison la plus significative de doute tient au choix du terme « agents économiques (ménages, entreprises, administrations publiques) » qui signifie que l'état et ses administrations entrent allègrement dans le calcul de la production nationale – une chose souvent peu connue.

Or les administrations ne produisent aucune richesse. Cela va sûrement en choquer plus d'un, mais c'est pourtant très facile à démontrer. Deux arguments. Le premier, c'est que si l'état produisait de la richesse, pourquoi aurait-il besoin de nous imposer des taxes pour se financer ? De plus, imaginez que les prestations administratives soient payantes. Lesquelles achèteriez-vous volontairement ? On comprend donc que le PIB souffre de bien des imperfections. Il ne mesure pas la richesse réelle, inclut de l'inflation, oublie les circuits parallèles et contient les quelques 56 % du périmètre étatique pourtant sans valeur économique. Le PIB serait-il en fait un coup de PUB pour les politiciens ?

En fait, le PIB n'est que l'illustration célèbre d'une impossibilité fondamentale établie par Ludwig von Mises avant la Seconde guerre mondiale en réponse à J.M.Keynes : celle de mesurer l'économie. Dans l'extrait suivant (chapitre 2, section 8 de l'Action Humaine) Mises compare la science physique à l'économie : « Dans le domaine des événements physiques et chimiques il existe (ou du moins il est généralement admis qu'il existe) des relations constantes entre des grandeurs, et l'homme est capable de découvrir ces constantes avec un degré de précision raisonnable, par le moyen d'expériences de laboratoire. De telles relations constantes n'existent pas dans le champ de l'agir humain, hors de la technologie physique et chimique et de la thérapeutique. »

 

L'économie est une réalité changeante à chaque instant, mue et tiraillée par les choix de milliards d'êtres humains faits sous l'impulsion d'émotions et de finalités infiniment variées et mouvantes. Rien ne peut se mesurer en économie, car tout dépend de tous et de chacun a chaque instant. Alors pourquoi le PIB ? Pourquoi tant de bruit, de travaux et de discours autour de cette vaine mesure ? Peut-être parce que le besoin de mesurer, de prédire ce qui ne peut l'être est le symptôme et l'outil de l'interventionnisme de nos gouvernements qui sans cela nous apparaîtraient pour ce qu'ils sont ? Des illusionnistes.


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Stéphane Geyres

Simple citoyen viscéralement optimiste, consultant informatique, 25 ans d'expérience, bilingue, ayant vécu dans 5 pays sur 3 continents et connu l'aventure de la création d'entreprise - dans un pays ou c'est mal vu et très aléatoire. Libéral convaincu et même libertarien, venu au libéralisme après des années d'errance politique et une grande déception de la droite traditionnelle, de ses présidents de la 5eme république et de la "rupture" de 2007. Autodidacte et curieux, découvre l'école autrichienne d'économie et engloutit les opus magni de Mises, Rothbard et Hoppe en quelques mois, puis découvre le libéralisme en tant que doctrine et modèle social. La lecture de Salin, Ron Paul, Hazlitt, Ayn Rand et même Mandelbrot finit de me convaincre du bien fondé de l'analyse libérale. Commence alors le projet de contribuer à mieux faire connaître et comprendre le libéralisme, pour que nos enfants vivent dans un monde digne d'eux...