La Covid balaye l'économie portugaise et met fin au modèle des exilés fiscaux à la « Ibiza ».

8 %
Durant la période 2015-2018, le taux de chômage ramené à 8% contre 17%
lors de la période précédente.

Le Portugal vient d'élire son nouveau Président de la République. Rappel des enjeux économiques et politiques.  

La Période 2011-2015

Voit Anibal Cavaco Silva (PSD de centre droit) à la Présidence de la République pour la seconde fois (2011-2016) avec un gouvernement de Centre droit porté par le premier Ministre Pedro Passo Coelho (2011-2015). C’est l’époque de la Grande austérité terrible sur le plan économique pour le Portugal et qui avait vocation à obtenir les financements de la Troïka et la crédibilité des marchés financiers : privatisations, gel des salaires de la fonction publique, tous les portugais se souviennent encore de cette période qui a vu le taux de pauvreté de la population exploser.

La Période 2015-2018

Voit Anibal Cavaco Silva se faire remplacer en 2016 par le très populaire Marcelo Rebelo de Sousa, PSD. Mais surtout, l’Europe va connaître une Révolution en matière de politique économique : c’est une coalition de gauche menée par Antonio Costa (PS) qui remporte les élections législatives en 2015 et qui va bouleverser la politique économique en Europe. Dans le jargon de la politique internationale on appelle cette coalition (jusqu’aux communistes et bloc de gauche libertaire) la Geringonça que l’on peut traduire par « alliance inattendue ». Cette période a été euphorique pour le Portugal : Taux de croissance supérieurs à ceux de l’Allemagne, réglage du déficit avec une politique ultra axée sur la demande, taux de chômage ramené à 8% contre 17% lors de la période précédente, excédents de la balance des biens et services, investissements productifs, amélioration des conditions des étudiants, fin de la désinflation compétitive (avec comme concurrents les pays de l’est) et montée en gamme de l’économie. Bref, le Portugal est un exemple de réussite d’une politique de demande parfaite et porte un coup fatal à Merkel et l’Europe endoctrinée par l’orthodoxie et l’austérité.   

La période 2018-2021

Est celle du Président Marcelo Rebelo de Sousa et d’Antonio Costa réélu en 2019. Mais le Portugal connaît un virage économique surprenant. Le Portugal décide de faire de son pays un Ibiza pour attirer les capitaux étrangers via de multiples exemptions fiscales en tout genre (visas dorés…) et des facilités en matière d’investissement immobilier. Mais en plus de cela s'ajoute une politique économique extrêmement favorable au tourisme qui pèse maintenant 15% du PIB, du jamais vu en Europe en passant par le développement du commerce, de l’hôtellerie, de la restauration…C’est l’erreur fatale de vouloir attirer les capitaux de cette manière sans construire une économie solide dans ses fondements, surtout en prenant un virage inapproprié cassant la dynamique lancée par la « Geringonça ». Certes on a réagi mais bien trop tard et en pleine crise sanitaire.

En effet, la crise de la Covid a accéléré la prise de conscience qu’un virage à la « Ibiza », pour faire du Portugal un paradis fiscal structuré autour du Tourisme-Restauration-Commerce-Hôtellerie est extrêmement fragile. Aujourd’hui, plus que tout autre pays en Europe, le Portugal connaît une récession profonde dont on se demande encore comment il s'en sortira. Certes, un ultime espoir avec le dernier plan de relance qui ressemble sensiblement au Plan français : investissement dans les infrastructures publiques, l’éducation, la transition énergétique et pas uniquement les bars et les restaurants que l’on apprécie au demeurant.

Reste que la crise sanitaire a été grave au Portugal du fait des vacances d’été et du variant britannique et une crise politique n’est pas à négliger malgré la grande popularité du Président. En plus d’une crise sanitaire et économique, le Portugal pourrait aussi connaître une période d’instabilité politique.


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Pascal de Lima

Pascal de Lima est un économiste de l'innovation, knowledge manager et Professeur à Aivancity proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'Altran 16 000 salariés - dont un an auprès d'Arthur D. Little...), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management et en 2020, Professeur en économie de l'innovation à Aivancity.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel et de l'innovation) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il anime des conférences sur les métiers de demain dans les Universités et Grandes ecoles.

De sensibilité social-démocrate (liberté, égalité des chances first et non absolue, rééquilibrage par l'Etat in fine) c'est un adepte de la philosophie "penser par soi-même" qu'il tente d'appliquer à l'économie.