La banque, ou le plus grand paradoxe économique de notre société

A fin 2011, le secteur bancaire représentait 3 % du PIB national.

La banque est probablement un des grands paradoxes économiques de notre société deux fois millénaire. Parce qu'elle est un des principaux rouages de la vie socio-économique mondiale et que peu dans ce domaine lui échappe. Et parce que pourtant elle est quasiment inconnue ou incomprise de l'immense majorité des gens qui ont recours à ses mécanismes. Elle est aussi un des principaux scandales de la société actuelle, mais ce sujet-là dépasse le champ de cet article.

La banque moderne est un monde où rien ne fonctionne comme dans le nôtre. Il faut être banquier pour comprendre. Même un banquier Lombard y serait perdu. La logique et le bon sens n'ont pas court de la même façon que dans le monde réel. Cela est dû à des générations de réglementations stratifiées qui ne font qu'aggraver la chose. A défaut de toutes les analyser, on prendra pour illustrer le cas très simple de la compréhension des notions de crédit et de débit d'un compte bancaire.

Dans le langage courant, le crédit est une notion positive. On accorde du crédit à quelqu'un lorsqu'on lui reconnaît des qualités et une bonne réputation. On porte ses succès au crédit de chacun. Le créditeur est typiquement celui qui donne ou prête, a une marque de confiance. A contrario, le débit quand il n'est pas de boisson constitue la réciproque, l'inverse. « Je suis votre débiteur » est une expression classique pour exprimer sa reconnaissance suite à un acte généreux.

Le crédit est ainsi en langue économique une somme prêtée, prêtée parce qu'on accorde du crédit, de la confiance envers celui qui reçoit. Et la dette c'est bien sûr l'inverse, la marque d'une obligation.

Ces deux notions de crédit et de débit se retrouvent ainsi sur vos relevés de compte bancaire. La colonne crédit porte les montants supposés à votre actif alors que la colonne débit trace votre passif. Mais au fait, pourquoi ne sont-ce pas ces termes comptables classiques qui sont utilisés ? D'ailleurs, voyons, si les 100 euros à mon « crédit » sont à mon actif, c'est qu'ils sont bien à moi, et de même 50 euros à mon « débit » me seront retirés. J'aurais donc un actif à crédit ? Mon argent me serait prêté ? Et si je transfère de l'argent à la banque, ce serait un débit, une dette ? Bizarre, non ?

C'est qu'en fait les choses ne sont pas exactement comme on nous les présente : lorsqu'on dépose à la banque, cet argent ne nous appartient plus… La banque en acquiert la propriété. Ce qui explique le déséquilibre. Cet état de fait absolument contre-nature provient d'un jugement jurisprudentiel de la fin du XIXe siècle qui a fait basculer le système bancaire dans la finance moderne.

Car une fois que la banque est reconnue propriétaire de vos fonds, bien-sûr en ayant une dette envers vous (ce qui devient bien un crédit pour vous à son encontre), elle a tous loisirs d'en faire ce que bon lui semble. C'est cette immense imposture juridique propre aux banques et à elles seules qui donne lieu à tous les travers financiers que nous connaissons de nos jours.

Le droit par exemple pour une banque de vous accorder un crédit avec des sommes qui ne lui appartiennent pas constitue le cœur du mécanisme de création monétaire, puisque selon une comptabilité classique, les sommes allouées ne pourraient pas à la fois être sur vos comptes et sur celui des bénéficiaires du prêt. Et c'est la création de monnaie qui est à l'origine de l'inflation, elle-même mécanisme insidieux et abject qui érode lentement le pouvoir d'achat au profit des banques.

Le capitalisme et le libéralisme sont souvent critiqués pour avoir engendré la finance moderne dont tout le monde sent bien le caractère malsain. Or il n'y a rien de libéral à avoir tordu le droit fondamental de la propriété et ainsi tromper les masses pour un profit forcément aberrant. Le strict respect de la liberté et donc de la responsabilité est au contraire totalement incompatible avec la finance moderne. A l'inverse, celle-ci ne pourra être remise sur les rails sans revenir sur cette erreur.


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Stéphane Geyres

Simple citoyen viscéralement optimiste, consultant informatique, 25 ans d'expérience, bilingue, ayant vécu dans 5 pays sur 3 continents et connu l'aventure de la création d'entreprise - dans un pays ou c'est mal vu et très aléatoire. Libéral convaincu et même libertarien, venu au libéralisme après des années d'errance politique et une grande déception de la droite traditionnelle, de ses présidents de la 5eme république et de la "rupture" de 2007. Autodidacte et curieux, découvre l'école autrichienne d'économie et engloutit les opus magni de Mises, Rothbard et Hoppe en quelques mois, puis découvre le libéralisme en tant que doctrine et modèle social. La lecture de Salin, Ron Paul, Hazlitt, Ayn Rand et même Mandelbrot finit de me convaincre du bien fondé de l'analyse libérale. Commence alors le projet de contribuer à mieux faire connaître et comprendre le libéralisme, pour que nos enfants vivent dans un monde digne d'eux...