La Chine tousse, le marché de l'art tremble

30 %
Le produit des adjudications de ventes aux enchères en Chine a diminué
de 30 % au premier trimestre 2015.

Devenue l’un des principaux marchés pour l’art contemporain, la Chine pèse sur le niveau des ventes dans le monde, en bien comme en mal…

Le ralentissement de la croissance chinoise et son impact sur l’économie mondiale se constate aussi sur le marché de l’art."Les ventes aux enchères dans le monde ont fait du surplace en 2015 après une forte hausse en 2014" indique le Journal des Arts (du 22/1-4/2). En Chine, le produit des adjudications a diminué de 30% au premier semestre 2015 selon Artprice, résultat, le pays perd sa place de deuxième marché mondial au profit du Royaume-Uni. Et il faut aussi tenir compte des investisseurs chinois qui achètent moins à l’étranger, même s’il est plus difficile de le mesurer.

Cependant la crise économique n’explique pas tout, la lutte anti-corruption, érigée en priorité par le régime, y a également sa part. Les montres de luxe en ont payé le prix : autrefois signe de reconnaissance des nouveaux riches, moyen de blanchiment ou "cadeau" en échange de faveurs, la Chine en était devenue l’un des principaux pays de destination. Désormais en offrir et en porter de façon ostensible est mal vu, voici ce qui explique la déprime des horlogers suisses bien plus que la hausse du franc suisse. L’art contemporain, qui réunit les mêmes "qualités" que les montres suisses, semble prendre le même chemin.

Suite à ce repli du marché, il sera intéressant de suivre la cote des artistes chinois les plus connus dont la cote a littéralement explosé ces dernières années. La dimension bullaire y était inévitablement présente, les désillusions risquent d’être sévères.

Cependant ce nouvel art chinois n’est pas construit sur du vide, ni ne se résume à copier l’art occidental. Pas du tout. Les artistes de l’Empire du Milieu ont su puiser dans leur histoire, la plus ancienne (la calligraphie, les paysages) comme la plus récente (le réalisme socialiste), pour l’incorporer et la détourner. Cet art figuratif et coloré, le plus souvent, tranche avec ce que l’on peut voir en Europe et aux Etats-Unis, il possède une fraîcheur et une audace bienvenues. Chacun pourra se faire son idée en allant voir l’intéressante nouvelle exposition des artistes chinois à la Fondation Louis Vuitton (du 27 janvier au 29 août). Cet art trouvera incontestablement sa place dans le panorama international, mais les prix risquent d’être sérieusement chahutés dans les mois qui viennent.


A découvrir

Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.