Débat des 35 heures : les précieuses ridicules

2000
Les 35 heures ont été instituées en l'an 2000 en France.

Avec l’actualité des universités d’été, le débat des 35 heures a resurgi dans l’opinion sous la forme réduite ou binaire d’un "pour ou contre" sommaire.

La forme de ce débat commence par démontrer que la plupart des élites françaises connaissent très mal le monde du travail. Combien d’entre eux ont effectivement fourni un travail opérationnel dans le secteur réellement productif contemporain ? Très peu… On se rend compte que la plupart gardent une image de l’entreprise des années 80.

La première erreur est de résumer la quantité de travail fourni à un nombre d’heures hebdomadaires. Le temps de présence est un ratio aujourd’hui désuet pour de multiples raisons. Bien pire, c’est quasiment une insulte à la dignité de la personne que de résumer son activité professionnelle à un nombre d’heures. C’est l’incapacité à comprendre l’organisation contemporaine du travail. On peut même dire que la loi des 35 heures apporte un surcroit de travail et surtout de tracasseries inutiles.

Bien pire, en termes d’organisation du travail, la loi des 35 heures est la négation pure et simple de découvertes logiques et mathématiques essentielles appliquées à l’organisation, comme le process de Markov. La désorganisation d’un service entier est souvent provoquée par l’absence d’une seule personne en RTT, celle qui a la formation, qui détient l’information, qui connait le client, qui sait où se trouve ce qu’on cherche, etc…dans ce cas, c’est l’intégralité du service qu’il faut compter en termes de perte de productivité.

La nomadisation croissante des tâches, la présence chez le client, les méthodes contemporaines de communication, les facilités de délocalisation ou de télétravail sont autant de facteurs qui font voler en éclat la mesure temporelle du travail .Peut être faut il garder ce paramètre nécessaire, mais il n’est plus suffisant. Au moins faudrait il le garder dans un couple « espace-temps ».

Le deuxième facteur de ridicule du débat des 35 heures est l’ignorance du principal problème posé : l’introduction de la complexité administrative et technocratique dans l’entreprise, et la notion statistique du maillon manquant. Lors de la promulgation de la loi, une culture technocratique a introduit un processus multiple de finasseries administratives comme les RTT, les comptes d’heures, les récupérations diverses, qui multiplient les pollutions de visibilité réelle du temps de travail. On a considéré que les travailleurs étaient des êtres incapables de définir eux-mêmes leur planification.

Un exemple : la seule définition des RTT est bien plus grave que le faux débat des 35 heures. Lorsque des absences individuelles permettent de récupérer la différence entre le temps théorique et le temps réel, par exemple entre 35 et 39 heures, on oublie qu’elles se situent dans le cadre précis d’un service, d’une unité de travail. Ces unités ont des possibilités précises et contraintes par leurs moyens matériels, leurs effectifs, la formation des personnels. L’esprit de la loi contredit fondamentalement la notion de solidarité interne des travailleurs de l’entreprise, quel que soit leur niveau hiérarchique, alors qu’elle semblait provenir d’une culture de gauche… Laquelle ?


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Ludovic Grangeon

Ludovic Grangeon est expert conseil en assistance aux entreprises et services publics, partenaire de plusieurs réseaux d’expertise en management et innovation sociale de l'entreprise. Fondateur de l'axe «Entrepreneuriat de l'économie sociale» à l'ESDES Lyon, également membre du comité stratégique national Afnor management et services, il participe régulièrement aux Journées de l’Economie.

Il a successivement exercé dans l'aménagement du territoire, les collectivités locales, en France et auprès de gouvernements de pays émergents, Maghreb, Amérique Latine, Asie, puis à la Caisse des Dépôts et Consignations, direction générale Paris (affaires internationales et recherche) et en région, gérant de portefeuille industriel dans un groupe international de capital risque, ensuite Président et Directeur Général de sociétés Veolia/Dalkia énergie région Sud Est, expert inspecteur auditeur Afnor/Communauté Europénne, puis secrétaire Général du GIE Agirc Arrco.