Déconfinement : quelles perspectives pour la reprise économique ?

25 %
La Coface s?attend à une hausse de 25% du nombre de défaillance
d'entreprise au niveau mondial.

127 morts et 5423 cas avérés de contamination au Covid-19. Il s’agissait là du bilan sanitaire de l’épidémie au 16 mars, alors que le président de la République annonçait aux Français l’instauration immédiate d’une période de confinement strict.

2 mois après, alors que la phase du déconfinement progressif débute, nous comptons près de 140 000 cas d’infections, environ 96 000 personnes hospitalisées et un nombre de mort avoisinant 27 000.

Si la mise en place du confinement, à l’instar de nombreux pays Européens, avait pour but la maîtrise du nombre de nouvelles contaminations, ses effets ont été dévastateurs sur l’économie en France et à l’échelle de l’union Européenne.

En effet, les places financières Européenne ont perdu en moyenne 30% de leur capitalisation depuis le mois de mars. En France, pas moins de 300 000 commerces de détails ont été contraints à la fermeture (représentant 40% du nombre total de commerces en France et un tiers des emplois de ce secteur).

Depuis le début de la pandémie, le secteur du transport enregistre une baisse de volume de plus de 80%, le secteur de l’hôtellerie et de la restauration (qui constitue habituellement plus de 8% du PIB) est parmi les plus touchés par cet effondrement de la demande avec une baisse d’activité de près 90% contre 75% pour le secteur de la construction.

Au-delà de ce marasme économique et sanitaire, à quoi doit-on dès lors s’attendre à l’heure où les consignes de confinement commencent à s’assouplir ?

Une crise sanitaire plus qu’une récession

Le terme de récession est de plus en plus fréquemment employé pour qualifier les effets économiques causés par la pandémie. Il convient donc en premier lieu d’y apporter une correction.

Une récession est un phénomène de ralentissement économique cyclique qui se traduit essentiellement par l’incapacité de croissance d’un système en rapport sa croissance potentielle. Un tel scénario est habituellement le signe d’un politique monétaire et fiscal inadaptée.

Or, dans le cas de cette crise, la baisse d’activité enregistrée aujourd’hui a été provoquée « volontairement », via des mesures de confinement restreintes, et ce afin d’éviter une surcharge des capacités déjà amoindries du système hospitalier.

Bien que nous constations depuis la dernière dizaine d’année un essoufflement de la croissance en l’Europe, les décisions de prévention prises par les gouvernements Européens ont peu ou prou exacerbé un problème systémique déjà connu.

Un confinement coûteux

120 milliards d’euros ou encore près de 6 points de PIB. Il s’agit des pertes pour l’activité économique Française attribuées à ces deux mois de confinement à en croire l’OFCE (Office Français des Conjonctures Économiques).

Selon l’INSEE, la perte d’activité économique liée à la pandémie n’a cessé de se dégrader pour s’établir aujourd’hui à -33%. La consommation des ménages, suivant la même tendance, se trouvait à -32% au 7 Mai dernier.

 

Profitant d’une des mesures mises en place par le gouvernement, quelques 12 millions de salariés sont inscrits en chômage partiel depuis la mi-Mars.

L’exécutif n’a en effet pas lésiné sur les moyens pour venir en soutien aux professions les plus impactées. Ainsi, dès le 1er Avril, un fond de solidarité d’un montant de 7 milliards (avec une participation des régions à hauteur de 500 millions) a été mis à disposition pour près d’un million d’entreprises.

A l’échelle mondiale, plus de 8000 milliards de dollars ont été investis par les gouvernements afin d’atténuer les effets négatifs de cette crise. De plus et toujours selon le FMI, une contraction d’au moins 3% du PIB global est attendue en conséquence.

En dépit de cet arsenal de mesures, tant en France que dans le reste du monde, celles-ci demeurent temporaires et n’ont vocation qu’à limiter l’ampleur des secousses qui commencent et continueront à se faire ressentir tout au long de la reprise d’activité.

La consommation : clé de la reprise économique

Parvenir à relancer l’économie n’équivaut pas à relancer la demande. Or, l’Europe, tout comme les États-Unis sont dotées d’une économie très dépendante de la consommation. Cette dernière, comme nous l’avons vu, est en berne depuis ces dernières semaines. Le consommateur a donc un rôle clé à jouer pour une relance effective et la plus rapide possible. Cela d’autant plus que 8 semaines de confinement et la baisse enregistrée de la consommation des ménages se sont traduits, en France, par l’accumulation d’une épargne de quelques 60 milliards d’euros. Une vraie manne qui pourrait ainsi grandement bénéficier à l’effort de relance de la consommation.

L’enjeu économique et prioritaire de cette sortie de crise réside donc dans la capacité des gouvernements à mettre en place des mesures réunissant les conditions nécessaires afin de générer de la confiance et ainsi inciter à la libération de cette épargne vers des dépenses compressibles (hors dépenses de première nécessité).

Les marchés, quelque peu hésitants, l’ont bien compris et c’est pour cela que les chiffres de la consommation en Asie (pour les pays ayant déjà opérés leurs déconfinements) sont scrutés avec grand intérêt.

Les multiples stimulus lancés par les pays Européens, de concert avec la poursuite d’une politique monétaire génératrice de liquidité de la part de la Banque Centrale Européenne, expliquent l’optimisme vu lors des rallyes de Mars et Avril sur le marché des actions.

Attention cependant car le déconfinement se fera, en tout état de cause, graduellement, étalé dans le temps, par géographie et secteur d’activité. Nous semblons donc nous acheminer vers un « rebond en U », lent et graduel à l’inverse d’un « rebond en V », vif et immédiat.

Le retour à une vie « normale » n’aura pas lieu car les réalités sociales et économiques ont radicalement changé.

D’une part, nous nous dirigeons vers un premier trimestre désastreux pour une majorité de secteurs. Pour tenter de survivre, un grand nombre d’entreprises a dû fortement s’endetter, la Coface s’attend à une hausse de 25% du nombre de défaillance d’entreprise au niveau mondial, dont 15% en France.

D’autre part, la pandémie, loin d’être enraillée, subsiste encore et la plupart des entreprises peinent encore à définir un plan de reprise économique tout en assurant un niveau de sécurité sanitaire satisfaisant pour l’ensemble de leurs salariés.


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