On ne dit plus délocalisation mais colocalisation

C'est un vieil article du magazine Challenge passé totalement inaperçu
ou presque en date du 13 décembre 2012 qui a vanté les mérites de la
"colocalisation"

Étant à court d'idée, je ne savais pas trop de quoi vous parler aujourd'hui. Alors je parcourais comme un drogué en manque les sites d'informations. Alors je voyais plein de choses à vous raconter, mais rien qui me permette de tenir plus de 3 pages…

 

J'aurais pu vous faire une brève sur la décroissance positive au Portugal de – 3,5 % du PIB qui est une performance pire que prévue, mais hélas cette information tient à peu près en une seule ligne, et puis qu'est-ce que j'aurais pu rajouter ? Que le Portugal allait faire faillite ? Non, on a plus le droit d'écrire des choses pareilles depuis que notre président Normal 1er a décrété la fin de la crise.

J'aurais pu vous parler de la dette italienne, qui vient de dépasser malgré tous les effort du grand Mario Monti, professeur désigné d'office par les autres gouvernants européens au suffrage indirect et qui vient de donner sa démission à cause d'une sombre concurrence déloyale d'un chaud partisan des « bunga bunga ».

Mais qu'auriez-vous tiré de cette information, à part que la dette de l'Italie étant hors de contrôle, l'Italie fera faillite… Et puis à quelques jours de Noël, il est très important de vous remonter le moral car vous êtes avant toute chose des consommateurs, dont le grand méchant capitalisme doit tirer la substantifique moelle sous forme de chiffres d'affaires, bénéfices et dividendes qui représentent la nouvelle Sainte Trinité. Alors priez avec moi : « Au nom du Chiffre d'affaires, du bénéfice et du Saint Dividende. »

J'aurais pu aussi vous parler de l'Espagne où tout va mieux que bien puisque l'Espagne a été sauvée des eaux par la solidarité européenne (c'est-à-dire vos sous mes braves généreux donateurs d'office à l'EuropeThon). En Espagne donc, où plus d'un actif sur quatre est au chômage, on renonce de plus en plus à son téléphone portable ! Et pas qu'un peu d'ailleurs puisque pour le seul mois d'octobre, 486 000 lignes ont été interrompues.

D'après l'autorité de régulation espagnole (CMT), « le secteur de la téléphonie mobile en Espagne ne se redresse pas. C'est le neuvième mois consécutif de recul », note la commission du marché des télécommunications. Sur un an, le nombre de lignes de téléphonie mobile en service en Espagne a chuté de 3,8 %.

Mais je ne peux pas non plus vous parler de ce sujet alors qu'Apple, qui vient de lancer son iPhone55555, doit gagner des sous en augmentant ses ventes. Si je vous dis que d'ici quelques mois vous serez tous obligés de résilier votre abonnement téléphonique ou revendre votre tablette i-Machin truc chouette à prix cassé sur le Bon Coin, je risque définitivement de vous casser le moral… et ça, de toute façon, ce n'est pas bon pour les affaires.

Alors j'ai poursuivi mes digressions de site en site, jusqu'à ce que je tombe sur LE truc dont forcément je ne pouvais pas ne pas vous parler !! Comme vous le savez, je me délecte de la « Novlangue » utilisée par nos « zhommes » politiques. Aujourd'hui, j'ai fait une découverte absolument extraordinaire, totalement sensationnelle.

Alors soyez informé qu'à partir d'aujourd'hui vous n'avez plus le droit en « Hollandie » de prononcer le mot « délocalisation ». Il vient officiellement d'être banni au profit du terme (accrochez-vous bien car cela vaut son pesant de cacahouètes) « colocalisation ».

Voilà une excellente question que le politiquement correct réprouve et que vous ne devriez en aucun cas vous poser. Mais comme vous lisez ces lignes, c'est que vous êtes des incurables dont la place en d'autres temps se serait trouvée dans des camps de redressement politiques… Bref, je vais quand même vous l'expliquer puisque moi non plus je suis bien incapable de résister à la tentation de l'absurde…

C'est un vieil article du magazine Challenge passé totalement inaperçu ou presque en date du 13 décembre 2012. Notre Premier sinistre, pardon… ministre, Jean-Marc Ayrault(port) de Notre-Dame-des-Landes, était en déplacement au Maroc. C'est beau le Maroc, mais il semble qu'il n'y était pas en touriste. Donc notre Jean-Marc, là-bas, a « vanté les mérites de la colocalisation ».

 

Alors essayons d'y voir un peu plus clair. Selon le Premier sinistre de l'Emploi, je cite : « Notre objectif est bien sûr d'éviter ce que l'on craint souvent en France – et je le comprends fort bien – des délocalisations qui portent sur l'ensemble d'un processus industriel ». Donc la délocalisation, comme il le comprend fort bien, devient un gros mot. D'où la nécessité d'une approche nouvelle sous le doux vocable de « colocalisation » dont Jean-Marc nous donne la définition suivante : « En revanche une colocalisation industrielle, si elle résulte d'une analyse fine de la valeur ajoutée sur toute la chaîne de production et les avantages compétitifs de chaque site, elle peut être bénéfique et soutenir l'activité des deux côtés de la Méditerranée », a-t-il expliqué, parlant de « démarche gagnant-gagnant ».

 

Là, je ne sais pas si vous avez bien saisi, mais en passant du concept de délocalisation où nous sommes, vous en conviendrez, clairement perdant à l'idée de colocalisation, on rentre dans une stratégie « gagnant-gagnant » dans laquelle, d'après ce que j'imagine, nos entreprises gagnent la Sainte Trinité du business (chiffres d'affaires, bénéfices et dividendes) et nos amis marocains nos emplois… que nous perdons quand même comme dans la délocalisation…

Je crois que l'on peut décerner sans trop de doute la palme du faux-cul-isme à Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, qui a cru sans doute pertinent, intelligent, pour ne pas dire brillant de déclarer : « La colocalisation, c'est ne pas se faire la guerre, ne pas parler de délocalisation parce qu'on produit ici. »

 

Donc selon la nouvelle doctrine en vigueur en Hollandie, lorsqu'une usine française ferme, que l'on vire les gars qui y bossent, et que l'on transfère en Chine, cela est une délocalisation et c'est pô bien. Lorsqu'une usine française ferme, que l'on vire les gars qui y bossent, et que l'on transfère au Maroc, cela est une colocalisation, et ça c'est bien, c'est super, c'est génial, et c'est extra…

Alors naïvement je me pose une question. Comment un gouvernement socialiste peut-il théoriser l'acceptation de délocalisations, voire les amplifier ou les encourager… (pardon, je me suis trompé, il faut dire colocalisation) et dans le même temps dire publiquement que la lutte contre le chômage est une priorité gouvernementale ?

Car il ne faut pas se leurrer, les emplois qui partiront au Maroc ou ailleurs, que ce soit des délocalisations, des colocalisations ou autres imbécilités linguistiques et conceptuelles de cabinets ministériels, auront les mêmes conséquences. Une perte d'emploi ici, contre une création d'emploi là-bas, et peu importe le lieu du « là-bas ».

Ce type de politique nous contraint donc à perdre de plus en plus d'emplois productifs, à voir le nombre de chômeurs augmenter de façon inéluctable. Il faudra donc plus de dépenses sociales, de RSA, CAF, RMI et autres soutiens à nos pauvres de plus en plus nombreux. Pour financer tout ça, il faudra logiquement taxer de plus en plus les « riches » qui le seront de moins en moins et surtout de moins en moins nombreux.

La lutte contre le chômage, comme c'est le cas depuis 30 ans et quelle que soit la couleur politique des partis, ne se réduit qu'à plus de dépenses publiques et à des effets d'annonces… Jusqu'au jour (prochain) où nous n'aurons même plus les moyens financiers du traitement « social ». Absurde… mais ils continuent.

Avez-vous entendu le silence étourdissant de notre commissaire au redressement productif ? Y a-t-il eu des protestations contre l'idée de « colocalisation » ? Rien ! Mais sachez-le braves gens, nous allons délocaliser avec le gouvernement comme des petits « gorets » au détriment des salariés français et de nos finances publiques donc de vos impôts… mais nous faisons du redressement productif une priorit酠Je crois être en plein rêve…. Ou cauchemar. Comment peut-on parler de redressement productif d'un côté et de colocalisation de l'autre ? N'y a-t-il qu'à moi que la contradiction dans l'énoncé apparaît ? Absurde… mais ils continuent.

Alors j'ai une suggestion à faire à notre Gérard Depardieu national. Il devrait se fendre d'une petite lettre ouverte au gouvernement Ayrault dans la prochaine édition du Journal du Dimanche. Elle pourrait commencer par ces quelques lignes : « Monsieur le Premier sinistre, Je vous adresse tous mes plus sincères remerciements. Grâce à vous, je sais désormais que je ne suis plus un fuyard, un exilé fiscal ou encore un traître à la nation. Non, en vérité, moi, Gérard Depardieu, je viens de procéder à la colocalisation de ma fortune et de mes revenus en Belgique dans le cadre, comme l'a justement déclaré votre ministre Nicole (qui casse pas des) Bricq, d'une stratégie de développement gagnant-gagnant. C'est sur ces bases, Monsieur le Premier sinistre, qu'il faut comprendre mon acte totalement désintéressé et rempli d'une bienveillance totale et d'une solidarité éternelle envers le peuple de France. Monsieur le Premier sinistre, vous êtes vous-même ainsi que les membres de votre gouvernement les inspirateurs de mes actes que je vous remercie chaque jour d'influencer. »

 

Voilà, franchement Gégé, de toi à moi, la prochaine fois que tu veux écrire une lettre ouverte, demande-moi, on pourra franchement rigoler…


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.