Deux erreurs sur les prix des marchandises composées

2 000 milliards €
Le Produit Intérieur Brut (PIB) de la France est supérieur à 2 000
milliards d'euros.

La loi économique appelée à régir les prix des marchandises composées – celles que les entreprises vendent – serait bien connue et plus souvent respectée que contournée.

C’est actuellement faux. Les répartitions de coûts communs et de contributions au résultat final d’une entreprise ne pourraient être qu’arbitraires, et donc aussi les calculs de prix de revient complets. C’est définitivement faux.

Ces contrevérités ne se discernent de façon sûre que par une reconstruction de la théorie complète des valeurs d’échange marchand, ou prix C’est alors en rompant d’entrée de jeu avec le monisme néoclassique de la rareté universelle élevée à la hauteur d’un axiome – voir premières pages des manuels en vigueur –  ; axiome d’où découlerait logiquement la suprématie de la loi de l’offre et de la demande – voir pages suivantes des manuels : les développements sur les prix s’y ramènent à de l’explication par l’offre et la demande. Cette rupture reste aux yeux de la très grande majorité des économistes anglophones une limite à ne jamais franchir, comme le fait par exemple l’universitaire lanceur d’alerte Steve Keen dans son très fouillé livre L’imposture économique (2014, Éditions de l’Atelier).

Les profits et les salaires

Les profits, quand ce mot désigne la rémunération effective (le rendement, par distinction d’avec la plus-value) du placement en financement permanent d’entreprise (capital) et d’autant mieux qu’une valeur relative normalisée les exprime (Economie Matin du 11 mai), sont les prix d’un service constitutif d’une marchandise élémentaire. Les salaires, quand ce mot désigne toutes les rémunérations du travail, sont eux aussi le prix d’un service constitutif d’une marchandise élémentaire.

Les déterminants naturels du profit sont relativement complexes. C’est parce que le système des pleins échanges économiques en sa configuration la plus saine asservit et priorise les rendements de placement. Il asservit à l’état de l’emploi les rémunérations du placement en capital, au sens univoque de ce mot en économie définie (sur cet asservissement, Economie Matin du 25 mai). Il priorise les revenus de placement en faisant du revenu total du travail un reste (Economie Matin du 15 juin). Quant aux déterminants de dernier ressort des salaires individuels, ils sont hélas actuellement repoussés dans ce que le néolibéralisme prohibe de dire. Ils procèdent du partage, nation par nation, du revenu total du travail : quoi qu’on fasse, les plus hauts salaires réduisent ceux qui leur sont inférieurs (Economie Matin du 14 septembre).

Les marchandises composées

Dans ce qu’achète une entreprise juridiquement constituée, il y a les deux marchandises élémentaires dont il vient d’être question et il y a des marchandises vendues par d’autres entreprises. De ces dernières, la théorie de la marchandise sur laquelle la reconstruction de la théorie complète des prix prend appui dit qu’elles sont des marchandises composées, par distinction avec les marchandises élémentaires. Je répète que dans cette approche, les expressions « prix auxquels les entreprises vendent » et « prix des marchandises composées » désignent la même catégorie de valeurs d’échange économique.

La problématique de la formation de ces valeurs d’échange est didactiquement redoutable. Il n’est pourtant pas bien difficile de s’initier, si ce n’est déjà fait, à l’existence de répartitions propres aux prix de cette catégorie. Les entreprises vendent presque toujours non seulement plusieurs produits, mais aussi plusieurs catégories de produits. Dans ce cas, qui est la règle générale et quelle que soit la façon dont les prix des produits vendus sont fixés, combien de résultat final, bénéficiaire ou déficitaire, procure chacun de ces prix une fois la vente faite ? Bien évidemment, pour évaluer un ordre de grandeur fiable du prix de revient complet d’un produit vendu concomitamment à d’autres, l’utilisation de règles de trois est indispensable pour répartir des charges et des marges.

Une conclusion de grande portée

L’étude par l’économie politique objective de ces répartitions conduit à une conclusion dont l’énoncé est d’abord incompréhensible. Ce n’est qu’une fois son décryptage opéré qu’apparaît sa grande portée. Son énoncé n’est, en effet, rien de moins que celui de la loi systémique la plus générale normalement appelée à régir l’économie de marché.

Cette loi ne pourrait avoir une telle portée si elle ne satisfaisait pas trois conditions. 1) Elle doit laisser aux ajustements qualitatifs et quantitatifs entre offres et demandes d’échanges marchands tous les espaces qui leur sont nécessaires. 2) Elle doit avoir pour ressort la concurrence par la comparabilité aisée des prix d’offres de même nature. 3) En son état actuel de négligence, le chemin qui conduit à sa mise au jour ne peut être pavé que de concepts jusqu’à présent trop mal dégrossis pour la rendre évidente.

Des pleins échanges primaires aux pleins échanges finaux

Le plein échange actionnarial, que j’ai présenté à propos du profit dans répartition des bénéfices (Economie Matin du 4 mai), et le plein échange salarial, dans lequel la suppression de la fiction des cotisations patronales fait basculer (Economie Matin du 7 septembre), mettent sur la voie du plein échange final, celui qui tend à se réaliser entre une entreprise et ses clients lorsque la loi dont je viens de parler est respectée. Si cela se passe dans une nation qui assume la maximisation du revenu total du travail (Economie Matin du 29 juin), et la régie par la subjectivité collective de la répartition de ce dernier, les conditions principales sont réunies pour que l’économie de marché satisfasse des normes concrètes et conscientes de justice commutative et distributive.

On est alors à un point haut de la contribution de l’économie politique à l’art de vivre en société, après s’être extirpé d’un autre monde où la sacro-sainte doxa en vigueur a soutenu équations à l’appui que de l’eau en plein milieu du désert tire sa valeur marchande de son utilité marginale. Qu’il faille, pour atteindre ce point, en passer par des considérations qui relèvent de la comptabilité micronomique, traditionnellement dite analytique, n’est pas trop cher payer. Dans mes trois prochains articles sur les prix des marchandises composées, je proposerai de telles considérations aux lecteurs qui voudront bien s’y frotter, avant d’en tirer dans le quatrième article la conclusion que des prix des marchandises composées et des profits, les uns et les autres suffisants, sont en règle générale systémiquement possibles. Si, comme j’espère que ma recherche est parvenue à le montrer, cette rupture dans le trajet historique de la théorie des prix capte plus de vérités élémentaires que d’erreurs initiales, alors c’est une bonne nouvelle à propager.


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