Dites-nous vos principales propositions de science économique



X enseigne l’histoire de la pensée de l’économie, Y écrit des chroniques économiques et politiques, Z pilote ou s’apprête à piloter une politique économique. Leurs inclinations pour telles réformes plutôt que pour telles autres renseignent si mal sur les principes économiques qui sont les leurs que les expédients passent de moins en moins pour ce qu’ils sont.

Demander à un X, un Y ou un Z quelles sont les propositions de science économique qu’il juge principales n’est pas interdit, mais ne se fait pas. À destination du grand public, les propos économiques trop expurgés de références explicites à des principes fondamentaux amoindrissent les capacités de jugement des quidams à qui ces propos sont tenus. Qu’y a-t-il donc à cacher ?

Le vol brisé et le fascinant abîme

Les professeurs d’économie Michel Beaud et Gilles Dostaler concluent la partie analytique de La pensée économique depuis Keynes (1993, Seuil) par un constat qui reste tout à fait actuel. L’objet qu’ils considèrent est la synthèse néoclassique, produit universitaire de la révolution marginaliste (Walras) et de la révélation macroéconomique (Keynes). « Certains ont-ils voulu s’approcher trop près du soleil de la connaissance globale ? Aujourd’hui, le vol brisé de la pensée économique laisse, face aux grands problèmes de notre temps, l’économiste désarmé, avec ses savoirs fragmentés, ses regards parcellaires et ce fascinant abîme entre un édifice théorique en quête de cohérence et un monde en quête de solutions et de réponses. »

Bientôt un quart de siècle après le prononcé de ce verdict, le vol brisé et le fascinant abîme sont toujours dans le même état. C’est en bonne part pour des « raisons endogènes » décrites en toute connaissance de cause par Beaud et Dostaler (voir leur exposé de ces raisons par le lien posé sur les derniers mots du présent article). Les économistes aujourd’hui les plus en vue n’en continuent pas moins à œuvrer comme si ces raisons n’avaient pas à être prises en considération puisque… leurs pairs n’en tiennent pas compte !

Les attendus d’une politique digne de ce nom sont des énoncés de principes

Les attendus d’une politique économique digne de ce nom sont des énoncés de principes économiques. Une nouvelle mesure fiscale ou autrement budgétaire, comme toute autre nouvelle mesure économique quel qu’en soit l’initiateur, pollue lorsque ses attendus ne sont pas que d’exacts principes strictement économiques (l’économique strictement défini est en totalité un sous-ensemble du social). L’effet est bien sûr encore plus polluant dans le cas d’un train de mesures fiscales ou d’autres réformes économiques dont aucun des attendus n’est un principe de la sorte qui vient d’être dite.

Quels sont les éléments de théorie économique qui sont à vos yeux essentiels ? Pourquoi ? Les médias qui tiennent pour superflu de poser souvent ces questions à des gens en vue ou aspirant à le devenir repoussent un service dont l’opinion publique a besoin pour devenir mieux informée. Les plans économiques à grande échelle qui ne reposent pas sur des réponses claires à ces mêmes questions se révèlent toujours avoir été chevillés par des mains maladroites. Les propos économiques mitonnés par les communicants ne sont qu’exceptionnellement à base d’idées exactes.

Revenons à X, Y et Z

Tenons compte du vol brisé et du fascinant abîme, ainsi que des raisons endogènes de les passer sous silence. X, Y et Z ne se sont pas préparés à être aussi compétents que leurs responsabilités ou leurs ambitions le rendent souhaitable tant qu’en économie les fondamentaux qu’ils accréditent ne proviendront pas d’un nouveau jeu de propositions premières de science économique.


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Dominique Michaut

Dominique Michaut a été directeur des études du Centre consulaire de formation de Metz puis conseiller de gestion, principalement auprès d’entreprises. Depuis 2014, il administre le site L’économie demain, dédié à la publication d’un précis d’économie objective (préface de Jacques Bichot).