Drivy et OuiCar ou les ratés de l'économie du partage

8 millions €
Drivy a récemment levé 8 millions d'euros pour améliorer sa plateforme
de location de voiture.

Les sites de partage ont le vent en poupe et tant mieux, mais cette nouvelle économie n'est pas une martingale, encore faut-il que la qualité des sites suive, ce qui n'est pas toujours le cas...

Une expérience personnelle : je passe le week-end prochain à Blois pour visiter plusieurs châteaux dont Chambord et Chenonceau. Adepte et défenseur de ce que l'on appelle "l'économie du partage" ou l'ubérisation, je souhaite essayer pour la première fois la location de voitures entre particuliers. Je m'inscris sur les deux principaux sites, Drivy et OuiCar, en remplissant consciencieusement ma fiche, pour louer à Blois. Une vingtaine de voitures sont proposées sur chaque site, j'en réserve une sur l'un d'entre eux, en prévenant le propriétaire qu'il s'agit d'un faible kilométrage, et j'attends. 24h après, rien. Pas un message, seulement la réservation qui tombe du fait que le délai d'une journée est passé.

Je recommence en sélectionnant plusieurs voitures sur les deux sites. Rien non plus, aucune réponse. J'envoie des messages via l'interface, j'obtiens une seule réponse d'un propriétaire qui me dit que sa voiture n'est pas disponible dimanche, il n'a donc pas rempli correctement l'agenda mais s'énerve quand je lui fais remarquer.

Après d’autres tentatives un seul me répond, rapidement, pour un coupé sport... avec conduite à droite. J'accepte faute de mieux. Mais deux jours plus tard un responsable de Drivy m'appelle pour annuler la location : leur assurance ne prend pas en compte la conduite à l'anglaise. Il leur aura fallu deux jours pour s'en apercevoir. Finalement, je décide de passer par un acteur "classique" (Rentacar), à l'accueil parfait et même pas plus cher.

Pour les deux leaders de la location de voitures entre particuliers, l'expérience utilisateur s'avère donc déplorable. Et mon cas n'a rien d'exceptionnel : le pire est que ces sites en sont parfaitement conscients puisqu'après mon premier échec ils m’ont recommandé de louer plusieurs voitures en même temps de façon à maximiser mes chances. Sérieusement, imagine-t-on Uber, Airbnb ou Blablacar conseiller à leurs clients de faire une demi-douzaine de réservations pour être certain d'en obtenir une ?

La location de voitures entre particuliers constitue à l’évidence un créneau porteur mais, manifestement, les managements des deux leaders du marché français ne sont pas du tout à la hauteur de l’enjeu, incapables qu'ils sont de mettre en place les dispositifs incitatifs pour que tout fonctionne au mieux. Encore un effort, ou de nouveaux acteurs, pour concrétiser cette belle idée !


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Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker.

Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets.

Son site : philippeherlin.com.