L'eau potable et l'assainissement pour tous dans le monde en 2030 

2,6 millions
Chaque année, 2,6 millions de personnes perdent la vie, victimes des
maladies hydriques.

Madame la ministre, Annick Girardin, Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-moon.

Cette pétition, que nous vous remettons aujourd’hui, a été signée à ce jour par près de 188 589 personnes en France à l’initiative de l’ONG humanitaire « Solidarités International » qui a fait le constat que si l’eau est source de vie, elle est aussi une cause majeure de maladie et de mortalité dans les pays en crise et les plus pauvres.

Chaque année, 2,6 millions d’êtres humains perdent la vie, victimes des maladies hydriques (choléra, diarrhée, typhoïde, hépatite, ….), dont 1,5 million d’enfants de moins de 5 ans. Seul l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour tous dans le monde mettra un terme à cette hécatombe silencieuse et renforcera les capacités de résilience des populations ainsi que leur développement.

C’est pourquoi nous demandons depuis 10 ans que l’eau et l’assainissement constituent un Objectif majeur des prochains Objectifs de Développement Durables (ODD 2015-2030) qui vont être adoptés le 27 septembre 2015 lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies.

Voilà pourquoi un diagnostic juste doit absolument être établi concernant le nombre d’êtres humains qui ont accès ou pas à l’eau potable et à l’assainissement. Trop souvent nous entendons encore dire qu’il n’y aurait plus que 783 millions de personnes qui ne disposeraient pas d’eau potable dans le monde.

Or, nous savons que la population ayant seulement accès à de l’eau dangereuse ou de qualité douteuse se chiffre plutôt entre 3 et quatre milliards d’êtres humains, c’est-à-dire la moitié de l’humanité ! De même, plus de 2,5 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à des toilettes, loin des objectifs prévus pour 2015 ! Il faut rétablir la vérité des chiffres qui seule permettra de fonder une politique d’accès effective et efficace.

Dans ce but, l’indicateur mondial de référence doit absolument être revu puisque celui de « source d’eau améliorée » ne signifie pas automatiquement un accès à l’eau potable. Nous avons besoin d’indicateurs pertinents et cohérents basés sur des statistiques justes.

Mais il convient aussi ici de saluer les Objectifs du Millénaire pour le Développement des Nations Unies (OMD 2000-2015) qui ont constitué un outil essentiel de lutte contre la pauvreté dans le monde. Ainsi, plus d’un milliard de personnes ont eu accès à des sources d’eau améliorée depuis 2000. Et, près d’un milliard de personnes, ont gagné un accès à des toilettes entre 2000 et 2012. Il faut ici saluer tous les acteurs de cette progression et l’amplifier ensemble à l’avenir.

Le 28 Juillet 2010, une résolution des Nations Unies a reconnu le droit à l’eau potable comme un droit fondamental. Qu’allons-nous faire de cette résolution ? La réponse la plus évidente est de se fixer comme objectif un accès universel à l’eau potable en 2030.

Nous sommes conscients que cet Objectif est ambitieux. Mais seule son adoption par les Nations Unies permettra d’engager les politiques et les ressources indispensables pour réduire la mortalité hydrique, renforcer la résilience des populations vulnérables et fonder un développement durable pour tous. Les acteurs de l’eau et de l’assainissement, les organisations humanitaires et de développement sont prêtes à relever ce défi.

Pour se réaliser, cet Objectif Eau-Hygiène-Assainissement des ODD nécessite notamment de réunir plusieurs conditions complémentaires.

-Des indicateurs précis et mesurables liés à la potabilité réelle de l’eau.
-Coordonner les politiques d’eau, d’hygiène et d’assainissement qui sont étroitement liées.
-Des ressources financières en augmentation significative et prévisibles au niveau des objectifs fixés, qu’il s’agisse de l’Aide Publique au Développement (APD), des financements innovants ou privés. Alors que depuis 1997, la proportion d’aide au développement allouée à l’assainissement et à l’eau potable est passée de 8% à 5% alors qu’il faudrait en doubler le montant !
-Augmenter le montant affecté aux dons pour les situations d’urgence humanitaire et de sortie de crise.
-Y adjoindre les coûts d’adaptation au changement climatique.
-Améliorer la coordination et la synergie entre les différents acteurs et les diverses phases de l’action. Organiser effectivement la continuité et la complémentarité entre les phases d’urgence, de reconstruction puis de relance du développement constituent une priorité dans les pays en conflit ou affectés par des catastrophes, ou services publics et gouvernance manquent le plus souvent.

Dans le but d’atteindre ces objectifs et de coordonner l’ensemble des efforts, nous préconisons la mise en place d’un mécanisme international d’information répertoriant, pays par pays, les besoins, les objectifs, les engagements, les acteurs et les progrès réalisés chaque année entre 2015 et 2030.

Lutter contre la pénurie d’eau qui affectera 1,8 milliard de personnes en 2025 et qui provoquera une insécurité alimentaire, endiguer les risques de conflit liés à l’eau, répondre aux besoins d’une population mondiale qui va passer de 7 milliards d’habitants à 8,3 milliards en 2030, notamment en Afrique, lutter contre le dérèglement climatique et prendre les mesures urgentes d’adaptation qui s’imposent, tel est l’enjeu historique des 17 objectifs de Développe Durable 2015-2030, dont l’Objectif 6 pour l’eau et l’assainissement, que vont prendre 195 pays aux Nations-Unies le 27 septembre 2015. Nous voulons ici saluer l’adoption de cet objectif 6 pour l’eau et l’assainissement qui doit beaucoup au Secrétaire Général des Nations Unies.

Comme vous le dites très bien, Mr Ban Ki-moon, en 2015 cette « occasion unique » se doit d’être à la hauteur de l’avenir de la planète, de ses habitants et des générations futures. La COP21 sur le changement climatique qui aura lieu à Paris en fin d’année est l’autre défi immense à gagner ensemble.

Alain Boinet. ?Fondateur. Solidarités International


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Solidarités International

Depuis près de 35 ans, l'association d'aide humanitaire SOLIDARITÉS INTERNATIONAL est engagée sur le terrain des conflits et des catastrophes naturelles. Notre mission est de secourir le plus rapidement et le plus efficacement les personnes dont la vie est menacée, en couvrant leurs besoins vitaux : boire, manger, s'abriter. Particulièrement engagés dans le combat contre les maladies liées à l'eau insalubre, première cause de mortalité au monde, nous intervenons en développant notre expertise dans le domaine de l'accès à l'eau potable et l'assainissement, mais également dans ceux, essentiels, de la sécurité alimentaire et de la reconstruction. Dans le respect de l'identité des victimes, les programmes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL sont mis en œuvre par 180 volontaires expatriés et près de 2180 employés et cadres locaux travaillant en équipe.