L'échec de la politique US au Moyen-Orient est manifeste

10 %
L'Iran détient 10% des réserves de pétrole mondiales.

Alors que les tensions se sont momentanément apaisées en Iran, un retour sur la situation de fond s’impose.

Le gouvernement américain prétend que l’Irak abrite des forces iraniennes hostiles aux Etats-Unis et doit par conséquent subir des bombardements. Le 3 janvier, les Etats-Unis ont ainsi bombardé l’aéroport international de Bagdad, entrainant la mort de sept personnes, dont un général iranien et deux hommes politiques irakiens.

Au même moment, l’armée américaine a pénétré en territoire souverain irakien – au cours d’une opération désignée avec euphémisme comme un « raid en vue de procéder à des arrestations » – dans le but de capturer un membre du Parlement irakien ainsi qu’un chef de milice.

Comment se fait-il que l’Irak soit rempli de politiciens anti-américains et de chefs de milices travaillant pour les forces iraniennes ?

Après tout, l’invasion de l’Irak en 2003 n’était-elle pas supposée transformer l’Irak en démocratie à l’occidentale et en faire un avant-poste allié aux forces américaines dans le monde islamique ?

C’est en tout cas ce qui nous avait été promis à l’époque. Mais ces promesses, comme toutes les autres raisons avancées pour justifier cette guerre, n’étaient que des mensonges auxquels nous sommes habitués de la part de Washington DC.

Les prétextes de l’invasion de 2003

Quand l’administration américaine a cherché à justifier son invasion anticonstitutionnelle et illégitime de l’Irak en 2003, elle a fait de nombreuses promesses.

La première, bien sûr, était que l’invasion constituait une forme de représailles à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Cette théorie avait déjà été discréditée à l’époque, mais en suggérant qu’il existait un lien entre le régime irakien et le 11 septembre, les moins bien informés d’entre nous pourraient être convaincus que cette guerre « nous garderait en sécurité ».

Les personnes mieux informées savaient que le lien avec le 11 septembre n’avait aucun sens ; l’administration américaine avait donc besoin d’autres arguments. Voici quelques-unes des autres excuses qui avaient été utilisées :

– l’Irak possède des armes de destruction massive (ADM) ;

– Saddam Hussein est un sale type et doit être puni ;

– une invasion américaine permettra de convertir l’Irak en démocratie libérale ;

– l’Irak deviendra un allié des Etats-Unis et la liberté fleurira à travers le Moyen-Orient grâce à ce nouvel Irak.

La première justification a depuis également été discréditée. Colin Powell et l’administration Bush ont tout simplement menti au sujet des ADM.

Ensuite, il y avait l’affirmation selon laquelle Saddam Hussein était un sale type et qu’il devait donc être renversé au moyen d’une invasion américaine à grande échelle. Cette justification a toujours été profondément hypocrite, en particulier compte tenu du fait qu’à l’époque, et encore aujourd’hui, les Etats-Unis ont soutenu et approuvé un grand nombre de régimes illibéraux et d’une grande brutalité.

Après tout, la première guerre américaine en Irak avait été menée au nom de la « libération » du Koweït, un régime islamiste répressif qui n’avait aucun respect pour les droits de l’homme. L’autre bénéficiaire principal de cette guerre (en dehors de l’Etat d’Israël) était l’Arabie Saoudite, qui a complètement interdit la pratique du christianisme, décapite des femmes pour « sorcellerie » et mène des interventions militaires conduisant à affamer les enfants vivant au Yémen.

Par conséquent, l’idée selon laquelle l’administration américaine se préoccupe des droits de l’homme ne raisonne que parmi ceux qui ne connaissent absolument rien de la politique étrangère des Etats-Unis.

Une farce hypocrite

Avec la dernière intervention américaine en Irak, les deux derniers prétextes — à savoir l’affirmation selon laquelle la guerre permettrait de convertir l’Irak en démocratie respectueuse des droits de l’Homme et alliée des Etats-Unis — apparaissent maintenant comme de véritables farces.

Par exemple, le département d’Etat américain a conseillé à tous ses ressortissants de quitter l’Irak. […] En d’autres termes, l’Irak est un endroit où les Américains ne sont pas en sécurité et où l’ambassade américaine ne peut assurer ses fonctions.

L’alliance entre le parlement irakien et les forces iraniennes est tellement forte que les forces hostiles aux Etats-Unis peuvent opérer librement à travers le pays.

[Début janvier], le membre de la Chambre des Représentants US Thomas Massie a affirmé, citant un article de la Conservative Review, que la conclusion évidente à tirer de cette situation était la suivante :

« Reconnaître que le gouvernement de Bagdad est l’ennemi des Etats-Unis revient à accepter que non seulement la guerre d’Irak était une erreur, mais également qu’elle a eu des conséquences bénéfiques à l’Iran. Les mêmes généraux et dirigeants civils qui ont échoué et nous ont entraîné dans cette situation ne sont pas près de le reconnaître. »

Avant son invasion par les Etats-Unis, l’Irak était bien sûr plutôt inhospitalier aux forces iraniennes. Saddam Hussein était un ennemi infatigable de l’Iran et avait entraîné l’Irak dans une guerre contre l’Iran qui a duré près de huit ans.

Quoi qu’il en soit, l’administration Bush — peut-être en raison des liens particulièrement proches et affectueux qu’entretenait la famille Bush avec les dictateurs islamistes sanguinaires saoudiens — a décidé que le régime irakien laïc et opposé à l’Iran devait être renversé.

Un bourbier qui s’approfondit

Ce qui s’est produit par la suite ne se rapproche en rien des promesses fumeuses qui avaient été faites par l’administration américaine pour justifier la guerre. Depuis l’invasion américaine, l’Irak est embourbé dans les insurrections et la guerre civile.

En l’absence de Saddam Hussein, les organisations terroristes telles qu’Al-Qaïda ainsi que l’Etat islamique ont été capables de renforcer significativement leur ancrage dans la région – tout comme en Libye et en Syrie, partout où les Etats-Unis ont essayé de « diffuser la démocratie », les terroristes ont suivi.

A présent, l’Irak organise peut-être des élections à l’occasion, mais cela ne reflète pas véritablement un intérêt du régime actuel pour les droits de l’homme. Il serait très inexact de décrire la situation là-bas comme étant en amélioration du point de vue du respect des droits de l’homme par rapport à la situation sous le précédent régime. A cause de l’invasion décidée par l’administration Bush, par exemple, les communautés chrétiennes en Irak — qui étaient protégées par le régime Hussein — ont été décimées au cours de différents soulèvements islamistes.

De plus, la destruction de l’Irak par les Etats-Unis a permis à l’Arabie Saoudite de renforcer son pouvoir dans la région, permettant à ce régime de mener des campagnes de terreur contre ses ennemis, à la fois au sein de ses propres frontières et à travers les Etats voisins tels que le Yémen.

Une nouvelle guerre qui ressemble étrangement à la précédente

Avec la déclaration de facto d’une nouvelle guerre par les Etats-Unis contre l’Irak, l’échec total de la guerre apparaît maintenant clairement.

Cette invasion n’a jamais permis d’établir un régime pro-américain, et elle a en réalité ouvert la voie à l’obtention par les chiites d’une majorité en Irak qui leur a permis de protéger leurs droits au travers d’une alliance plus forte avec leurs coreligionnaires en Iran.

Le Pentagone prétend qu’il faut arrêter des membres du parlement irakien et prévoit d’envoyer — une fois de plus — davantage de troupes en Irak afin de protéger les intérêts américains. Les va-t-en-guerre prétendront que c’est la conséquence des intrusions iraniennes.

En effet, le Pentagone cherche à présenter ce conflit comme un conflit dans lequel les Etats-Unis ont été amenés par hasard à combattre l’Iran sur le sol irakien. C’est le même Pentagone qui a menti pendant des années au sujet de l’échec de la guerre en Afghanistan, et qui a tenté de cacher des informations aux contribuables américains.

Mais ne vous y trompez pas : le régime irakien lui-même n’est pas un allié des Etats-Unis, et cette réalité ne fait qu’illustrer, une fois de plus, que la guerre en Irak a échoué au regard de l’ensemble des objectifs qui avaient été fixés par les partisans de cette guerre. Le 3 janvier, les dirigeants de deux groupes chiites majeurs aux Etats-Unis ont appelé à l’expulsion des troupes américaines positionnées en Irak.

Préparez-vous à ce que le département de la Défense américain pousse vers une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Mais ne vous attendez pas à ce qu’aucun des architectes de la dernière guerre ratée admette leur échec.

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Ryan McMaken

Ryan McMaken est rédacteur en chef au célèbre Mises Institute. Diplômé de l’Université du Colorado en sciences politiques et économiques, il occupa le poste d’analyste économique pour l’agence du logement du Colorado entre 2009 et 2014. Il est l’auteur de Commie Cowboys : The Bourgeoisie and the Nation-State in the Western Genre.