Economie digitale et capital-risque : des relations croisées

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Entre 2007 et 2015, les investissements américains en capital risque
sont huit fois supérieurs à ceux de l'UE.

Le capital-risque peut être d’abord analysé comme une activité qui s’industrialise (dépenses de R&D, marchés financiers spécialisés, concentration) et qui s’internationalise.

Ces trajectoires sont portées par des fonds d’investissement professionnellement gérés qui développent des compétences distinctives pour étendre leurs parts de marché. Une seconde approche considère cette activité comme ayant un caractère cyclique qui s’appuie sur les vagues technologiques pour accroître sa rentabilité en raccourcissant le délai entre l’investissement et la récupération des coûts engagés. Dans le contexte actuel, deux aspects méritent d’être soulignés (Langley et Leyshon, 2016).

Le capital-risque a favorisé l’essor des plates-formes numériques

Sur la période 2007-2015, les investissements américains en capital-risque (en pourcentage du PIB) représentent près de 8 fois ceux de l’UE (0,211% contre 0,028%). Sur cette période, les startups américaines reçoivent en moyenne, à chaque round de financement, 5 fois plus de capital que leurs homologues européennes (Invest Europe, 2016). La place de l’économie digitale (Internet, logiciel, cloud computing, Big Data) est prépondérante: du 2ème trimestre 2015 au 1er trimestre 2017, elle représente entre 50 et 55% des investissements en capital-risque outre-atlantique, chiffre probablement sous-évalué en raison de l’extension des investissements numériques dans la santé.

Les plates-formes numériques sont des structures de gouvernance privées activées par des algorithmes et des protocoles, elles configurent des interfaces en programmant et en canalisant des flux de données (informations, connaissances, images, musiques). Par leur fonction d’intermédiation (connecter différents agents et créer de la connectivité), elles créent des effets de réseau permettant d’atteindre rapidement, via les économies d’échelle, le seuil de rentabilité. Microsoft coordonne un ‘marché multiple’ formé de trois acteurs : les utilisateurs, les développeurs d’applications et les fabricants de matériels, pendant qu’Apple se contente de connecter les développeurs d’applications et les utilisateurs, tout en gardant le monopole sur la fabrication de son matériel.

Les plates-formes numériques sont les premiers bénéficiaires des investissements en capital-risque. En effet, le coût marginal de la mise à l’échelle d’une plate-forme est faible (relativement à un investissement industriel classique) et, grâce aux effets de réseau, les flux peuvent être aisément agrégés et exploités. Les plates-formes deviennent une base importante de valorisation des revenus investis et de capitalisation de marché. En 2015, 176 plates-formes avaient une capitalisation égale ou supérieure à un milliard de $ et, plus globalement, les fonds de capital-risque ont investi la même année 58,8 milliards de $ dans les plates-formes et les autres firmes du logiciel (NVCA).

Le modèle d’affaires des plates-formes améliore l’activité du capital-risque

L’extension rapide du réseau et la facilité de se connecter pour échanger favorisent la création de valeur et raccourcit les délais entre les coûts engagés et les retours sur investissement. A partir des effets de réseau se créent des effets de réputation qui valorisent rapidement les trajectoires de croissance des startups, permettant aux capital-risqueurs d’organiser des sorties favorables pour retrouver des positions liquides.

De plus, la composition du portefeuille d’entreprises des fonds de capital-risque se transforme. L’explication réside à la fois dans la mise en œuvre de processus d’expérimentation (financement par étapes, syndication) et de sélection des capital-risqueurs avant d’atteindre le marché et dans les efforts engagés par les plates-formes en vue d’assurer leur domination sur leur propre marché (rachat d’entreprises). Si ces pratiques favorisent les investissements en capital-risque, elles ont des effets économiques défavorables. L’extraction des rentes par les plates-formes conduit à des positions de marché quasi-monopolistiques portées par la logique « the winner-take-all », qui ne peuvent être ignorées par les pouvoirs publics.


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