Budget : économiser plus pour dépenser mieux

Le gouvernement prévoit de réaliser en 2014 un effort d'économies de
15 milliards d'euros puis 35 illiards d'euros entre 2015 et 2017.

La France pratique assez peu, contrairement aux pays anglosaxons, l'évaluation des politiques publiques. C'est malheureusement le cruel constat qui ressort des propositions économiques actuelles. Dans ce contexte, les observateurs peinent à évaluer rigoureusement toutes les propositions de politique économique faute de données, ou au contraire, dans l'excès de données supposées corrélées.

En effet, trop de corrélations créé des inférences et détériore la qualité de l'information. Personne n'est capable de dire si une quelconque causalité existe dans tout ce qui est proposé aujourd'hui en matière de politique économique. Des dépenses et des recettes oui, mais des causalités, ce serait bien mieux.

La communauté scientifique en économie propose une réponse à la question de l'évaluation de l'efficacité des politiques publiques. Par exemple imaginons une politique d'aide à l'acquisition d'une première résidence principale à destination des ménages modestes. Ici, les bénéficiaires pendant la durée du programme paient moins d'intérêts car l'Etat subventionne les banques pour les couvrir. Peut-on déduire que le nombre de ménages ayant souscrit cette formule ainsi que les dépenses de l'Etat attestent de l'efficacité de la politique publique ? Non.

Ces deux indicateurs, nombre de bénéficiaires et dépenses publiques engagées, ne garantissent pas l'efficacité de la mesure. L'enjeu est colossal dans le contexte actuel d'austérité: il s'agit de l'efficacité de la mesure et de la maîtrise des déficits publics. Pour revenir à notre exemple, rien ne nous dit que la subvention ait causé l'accès à la propriété de ces ménages. Pourquoi ?

Certains ménages auraient quand même acheté ! Il aurait fallu, pour être rigoureux, connaître le choix de ces ménages sans la mesure! Techniquement, on dit qu'il faut maîtriser le contrefactuel. La banque peut tout à fait augmenter le taux d'intérêt négocié en connaissance de la mesure, ce qui constituerait une sorte d'absorption de la subvention par les banques, un effet d'aubaine quoi. Le volume de crédit à la hausse ferait augmenter les prix de l'immobilier. Ceci est d'autant plus juste que l'on ne peut pas démultiplier indéfiniment l'offre de logements. Si cette mesure est dirigée vers les primo-accédants à l'intérieur de la catégorie des ménages pauvres cela signifie aussi que les ménages non primo-accédants et qui souhaiteraient aussi acquérir un bien, subissent une hausse des prix de l'immobilier, comme une sorte de dégât collatéral, effet pervers de la subvention, à vrai dire plutôt contraire même à l'objectif initial de la politique publique qui consistait, pour rappel, à faciliter l'accessibilité financière de l'immobilier des ménages pauvres...

Des méthodes robustes, simples et efficaces permettent pourtant de déterminer la causalité selon une démarche scientifique lavée de tout soupçon lobbyiste et produite par un organisme indépendant... Inspirée des techniques médicales, la plus simple s'appelle la "différence des différences": on soustrait à l'effet produit par la mesure sur un groupe de traitement bénéficiant du programme, l'effet produit par la mesure sur un groupe de contrôle proche en tout genre mais ne bénéficiant pas du programme. Le résultat est l'impact causal.

La conclusion de cette histoire est qu'il est plus populaire de proposer de nouvelles mesures qui s'additionnent aux précédentes que d'avoir le courage de faire une évaluation de l'efficacité d'une politique publique. Celle-ci en effet, éliminerait les plus inefficaces. Cela permettrait pourtant d'économiser plus et de dépenser mieux... "Économiser plus pour dépenser mieux" devrait être le slogan des hommes politiques.


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Pascal de Lima

Pascal de Lima est un économiste de l'innovation, knowledge manager et Professeur à Aivancity proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'Altran 16 000 salariés - dont un an auprès d'Arthur D. Little...), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management et en 2020, Professeur en économie de l'innovation à Aivancity.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel et de l'innovation) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il anime des conférences sur les métiers de demain dans les Universités et Grandes ecoles.

De sensibilité social-démocrate (liberté, égalité des chances first et non absolue, rééquilibrage par l'Etat in fine) c'est un adepte de la philosophie "penser par soi-même" qu'il tente d'appliquer à l'économie.