Aides publiques aux entreprises : indispensables, mais pas assez efficaces selon les intéressées

62% des entreprises interrogées déclarent avoir déjà obtenu une aide.
En revanche, les petites entreprises de moins de 50 salariés ne sont
que 40% dans ce cas, sans doute car elles identifient mal les
dispositifs existants.

Les PME représentent 99,9% des entreprises. Or seuls 9% des aides publiques aux entreprises sont spécifiquement ciblées vers elles. Un comble ? Tel est du moins un des constats dressés par le cabinet d'audit Ernst and Young, qui publie aujourd'hui une grande étude sur l'efficacité des aides publiques aux entreprises.

Chaque année, l'Etat consacre près de 60 milliards d'euros à des dispositifs très variés d'aide aux entreprises, soit l'équivalent du budget annuel de l'Education nationale et près de deux fois celui de la Défense. Or plus de 70% des entreprises les jugent "peu", voire "pas efficaces" ! En fait, si 81% des entreprises interrogées reconnaissent le rôle indiscutable de soutien, voire d'amplification, des aides publiques dans leurs projets, elles sont nombreuses à expliquer avoir surtout besoin d'autre chose : de stabilité fiscale, d'une plus grande flexibilité du droit du travail et d'un coût du travail allégé. En somme, d'un environnement stable et favorable à la croissance. Pan !

Parmi les dispositifs tout de même plébiscités figurent les aides à l'innovation, jugées efficaces par 71% des répondants, et les aides à l'investissement. Le crédit d'impôt recherche (CIR) est jugé l'aide la plus utile et la plus efficace. L'an dernier, 18 000 entreprises en ont d'ailleurs bénéficié. En revanche, la majorité (58%) estiment que les aides à l'export, pourtant essentielles pour aider les PME françaises à réussir sur le marché international, ne le sont pas. Il ressort également de l'étude que de nombreux patrons s'y perdent dans le maquis des aides : il faut dire qu'il en existe près de 6 000, allant de l'aide « création et reprise » ou « emploi et formation » à l'aide « gestion financière et exonérations » ou « éco-développement », etc. Malgré les simplifications engagées ces dernières années, les procédures de demande d'aide sont donc toujours perçues comme lourdes et complexes.

Enfin, Oséo, qui agit comme une banque publique à destination des PME, recueille 75% d'opinions favorables, bien plus donc que d'autres structures publiques de soutien ayant pourtant des moyens financiers supérieurs.

Cette étude paraît alors que le gouvernement a déclaré la semaine dernière vouloir réaliser près de deux milliards d'économie en 2014 et 2015 sur ces aides aux entreprises, estimant que certaines sont redondantes, peu lisibles, voire tout simplement inefficaces. Trois personnalités -un inspecteur des finances, Philippe Jurgensen, un élu, Jean-Jack Queyranne, et un patron de PME, Jean-Pierre Demael,- vont notamment jouer les supers auditeurs. Ils doivent rendre leurs premières conclusions d'ici au Printemps. Gageons que cette étude va leur donner quelques pistes pour séparer le bon grain de l'ivraie...


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Laure De Charette

Journaliste depuis 2005, Laure de Charette a d'abord travaillé cinq ans au service France du quotidien 20 Minutes à Paris, tout en écrivant pour Economie Matin, déjà. Elle est ensuite partie vivre à Singapour en 2010, où elle était notamment correspondante du Nouvel Economiste et où elle couvrait l'actualité politique, économique, sociale -et même touristique !- de l'Asie. Depuis mi-2014, elle vit et travaille à Bratislava, en Slovaquie, d'où elle couvre l'actualité autrichienne et slovaque pour Ouest France et La Libre Belgique.

Elle est aussi l'auteur de plusieurs livres, dont "Chine-Les nouveaux milliardaires rouges" (février 2013, Ed. L'Archipel) et "Gotha City-Enquête sur le pouvoir discret des aristos" (2010, Ed. du Moment). Elle a, à nouveau, rejoint l'équipe d'Economie Matin en 2012.