Qu'ils le veuillent ou non, les effondristes découragent les luttes collectives

11 %
Bercy s'attend à une récession de 11% en France en 2020.

Dis papa c’est quoi un « effondriste » ?

Tu sais mon fils, pour moi un effondriste c’est un survivaliste qui se prépare à la fin du monde, un collapsologue qui se prépare aux terribles crises liées à la raréfaction des ressources, ou un écologiste tendance « Greta » qui est pris d’atroces angoisses climatiques et qui se prépare à cuire comme un oeuf dans le four du réchauffement climatique qui nous tuera tous.

Et toi papa, tu es effondriste ?

Non fiston, je suis pragmatique et j’essaie de voir le monde tel qu’il est, mais pas pire.

Pourtant je trouve que l’idée derrière le bouquin de Catherine et Raphaël Larrère intitulé « le pire n’est pas certain » est intéressante et qu’elle doit être discutée.

Pour tout vous dire, je n’ai pas encore lu leur ouvrage, donc je vais en parler uniquement par rapports aux différents articles et interviews qu’ils ont pu donner à ce sujet. J’attends leur ouvrage, je vous en dirais plus plus tard… ou pas !

« Qu’ils le veuillent ou non, les collapsologues découragent les luttes collectives »

Voilà l’idée qu’ils proclament.

Les effondristes font même le jeu du vilain capital puisqu’ils ne veulent rien changer.

Comme ils ne veulent rien changer ils ne représentent aucun danger politique et ne constitueront jamais une force ni un courant politique.

L’effondriste, se prépare individuellement quelles que soient ses raisons à sa fin de monde à lui.

Survivalisme, collapsologie sont pour les auteurs des idées problématiques parce qu’elles ferment les possibles.

 » elle ferme les possibles. La collapsologie – que l’on pourrait définir comme la certitude, prétendument scientifiquement prouvée, d’un effondrement global, uniforme et synchrone de la « civilisation thermo-industrielle » – est un trou noir des sciences sociales et du militantisme. C’est un attracteur qui tente d’aspirer une multitude de courants ou d’expériences, qui sont vidés de leur conflictualité politique et rendus totalement inoffensifs ».

Et finalement si le plus important était effectivement ce refus de changer le monde !

Du haut de mon grenier, reclus et aussi un peu en dehors du monde, je contemple ce dernier. Qu’est-ce que j’y vois ?

J’y vois en réalité un refus de changer le monde.

Si la politique notamment chez les jeunes avait pour objet de changer le monde, cela fait bien longtemps que nous avons perdu collectivement cette envie-là, cette force-là.

Les facteurs sont multiples, à commencer par le politiquement correct étouffant qui ne permet plus de ne penser quoi que ce soit sans se retrouver devant la chambre correctionnelle pour des délits d’opinions. Tous les effondristes ont ceci en commun qu’ils sont aussi des « à-quoi-bonistes ».

C’est quoi un « à-quoi-bonistes » ? C’est quelqu’un qui pense au fond de lui-même que ce monde est foutu.

Nous avons déjà connu des périodes dans notre histoire où les « à-quoi-bonistes » régnaient en maître.

C’était le Royaume de France de Jeanne d’Arc. A quoi bon lutter contre les Anglais.

C’était la France de juin 40 et celle du Maréchal Pétain. A quoi bon lutter contre les nazis.

A quoi bon lutter pour ce monde pourri.

Si l’idée de croire que les effondristes ne représentent aucun danger politique, je pense que cette analyse est erronée.

Oui, les effondristes ne représentent aucun danger de création de force politique pouvant menacer les mamamouchis du monde. En ce sens les auteurs ont raison. Là où ils ont tord, c’est que les peuples sont, à mon sens, entrés en grève.

Et lorsque les peuples ne partagent plus une fiction imaginaire commune, alors, oui, l’effondrement est imminent, proche.

Pourquoi ?

Parce que les nations ne sont que des idées.

Parce que les lois ne sont que des conventions.

Parce que les Etats ne sont que des inventions.

Parce que les « institutions » ne sont que des créations.

Si les gens cessent massivement d’y croire, alors plus aucun levier de commande ne répond plus.

L’effondrement peut évidemment être provoqué par un choc que l’on appelle pompeusement exogène (venant de l’extérieur) mais il peut aussi être la conséquence d’un choc endogène, venant de l’intérieur.

Pensez à l’exemple de l’URSS.

Elle s’est effondrée uniquement en raison de la grève de ses citoyens. Plus personne ne croyait plus à la fiction imaginaire de l’Union des Républiques Socialistes Soviétique. Les effondristes soviétiques étaient devenus majoritaires, les peuples soviétiques étaient tous devenus des « à-quoi-bonistes ».

Surveillez le taux d' »à-quoi-bonistes », surveillez le taux d’effondristes.

Ils ne représentent pas une force politique qui fera la révolution. Ils représentent les joueurs qui ne veulent plus jouer un jeu qui ne leur convient plus et lorsqu’ils seront majoritaires, alors, la fiction imaginaire dans laquelle nous vivons prendra fin.

Ce sera la fin des illusions.

Et les périodes de fin d’illusions recèlent toujours un potentiel important de violences car la réalité est souvent cruelle et dure.

Voir le monde tel qu’il est. Mais pas pire.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.