Elections législatives et Banque d'Angleterre : la livre sous pression

1,42 dollar
La livre anglaise pourrait revenir sur son niveau de 2010, à 1,42
dollar, après les élections législatives.

La convergence d’évènements macroéconomiques et politiques au Royaume-Uni pourrait entraîner la livre sterling vers des niveaux vus la dernière fois en 2009 (post crise des subrimes aux Etats-Unis) et même sur ceux de...1985 (!) face au dollar.

Législatives : le scrutin le plus imprévisible pour l'Angleterre depuis 1974

On ne peut évoquer le devenir de la devise britannique sans évoquer les élections législatives qui se profilent le 7 mai. Ce scrutin apparaît comme l’un des plus imprévisibles depuis 1974 avec les conservateurs au coude à coude dans les sondages face aux travaillistes. A l’heure actuelle ces deux forces politiques recueillent environs un tiers des voix chacune ce qui signifie qu’aucun de ces deux principaux partis n’est en mesure d’avoir une majorité absolue au Parlement (sachant qu’il faut 326 sur 650 sièges). On s’oriente donc vers la formation d’une coalition avec d’autres partis : les Libéraux démocrates, le Parti national écossais (SNP) ou encore le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP). Une projection en sièges des intentions de votes réalisée récemment par The Guardian donne 271 sièges pour les travaillistes, 270 pour les conservateurs, 55 pour le SNP, 28 pour les Libéraux démocrates et 4 pour UKIP. Ce résultat potentiel donne un nombre important de combinaisons possibles renforçant ainsi le manque de visibilité et la capacité à mettre pleinement en œuvre les mesures annoncées.

Les hésitations de la Banque d'Angleterre en matière de politique monétaire

Les négociations qui s’ouvriraient alors pourraient entraîner une phase d’incertitude pendant laquelle les thèmes de l’emploi, de l’immigration, de la croissance ou encore du maintien au sein de l’Union Européenne, seraient les enjeux principaux...une coalition incluant UKIP pourrait par exemple forcer les conservateurs à modifier la date du référendum concernant l’appartenance à l’UE potentiellement prévue en 2017 et à l’avancer. L’incertitude des résultats et la multiplicité des alliances possibles rend difficile l’anticipation d’un programme politique et économique ce qui peut avoir un impact négatif sur la livre sterling.

A horizon quelques mois, les craintes d’un impact politique sont doublées des hésitations de la Banque d’Angleterre (BoE) sur les questions de politique monétaire. Une partie de l’année 2014, les déclarations du gouverneur Mark Carney laissaient entrevoir une hausse des taux (notamment en juin dernier lorsqu’il déclarait qu’une hausse de taux pourrait arriver plus tôt que les anticipations de marché...). Les minutes de la réunion de la BoE de juin faisaient également état que le point de vue de Carney était partagé par une partie des membres du Comité de politique monétaire ce qui s’est traduit lors des réunions suivantes par un changement de répartition des votes. Alors qu’il y a longtemps eu unanimité (9 voix à 0) au sein du Comité, 2 membres se sont ensuite régulièrement prononcés pour une hausse des taux contre les 7 autres.

Vers une hausse des taux britanniques

En 2014, ces anticipations de relèvement ont même permis à la livre de toucher un nouveau plus haut face au dollar depuis 2008, l’hypothèse d’un relèvement de taux avant la FED ayant même fait surface. Puis les « faucons » de la BoE se sont effacés suite à l’effondrement des prix de l’énergie, impactant très largement l’inflation mais également face à la faible progression des revenus dans un contexte de reprise économique, éloignant les perspectives de hausse rapide de l’inflation et rendant de fait une hausse de taux moins urgente, même face au risque de formation de bulle sur l’immobilier britannique.

Aujourd’hui, une hausse de taux semble d’abord beaucoup plus probable Outre-Atlantique qu’Outre-Manche face à l’évolution des indices de prix et de l’emploi et ce malgré les chiffres un peu plus mitigés au 1er trimestre. Le changement dans la rhétorique des communiqués de la FED et le retrait du mot « patience » renforcent la possibilité d’une hausse de taux dès le mois de juin. Plusieurs membres du FOMC ont donné le créneau juin / septembre comme date probable de relèvement des taux. Avec les incertitudes liées à la Grèce et la possible instabilité politique liée aux élections générales au Royaume- Uni, la livre pourrait s’enfoncer beaucoup plus bas face au dollar notamment et revenir sur les niveaux de 2010 à 1.4200$ et même sur ceux touchés post crise des subprimes en 2009 à 1.3500$.


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Alexandre Baradez

« Alexandre Baradez, 32 ans, a rejoint IG France en tant que Responsable Analyses Marchés. La succursale France du Groupe IG bénéficie ainsi d'un pôle d'analyse renforcé et contribue à la continuité de la diffusion d'analyses du Groupe, en complément des pôles basés à Londres, Melbourne, etc.

 

La nomination d'Alexandre Baradez illustre également la volonté d'IG de donner à ses clients un accès facilité à une information de qualité et de renforcer les moyens d'aide à la décision mis à leur disposition.

 

Diplômé de l'ESCE (Ecole Supérieure de Commerce Extérieur), Alexandre Baradez débute sa carrière chez EBG FINANCES en 2003 en tant que consultant spécialisé en défiscalisation immobilière. Il intègre le département Gestion Privée de BNP PARIBAS en 2005 où il assure la gestion et le suivi d'un portefeuille de 400 clients. En 2008, il rejoint Banque Robeco Gestion Privée où il a en charge la gestion d'un portefeuille de 650 clients. Il délivre un conseil sur OPCVM, la constitution et la gestion d'un patrimoine en exploitant l'actualité macro et micro-économique.

 

En octobre 2009, il rejoint Saxo Bank en tant que Sales Trader et devient en 2011 Analyste Marchés de la banque dont il est l'interlocuteur privilégié auprès des medias français. »