« L'électricité, c'est l'avenir » : les leaders français de l'énergie réagissent à la PPE

2 %
Les émissions de CO2, l'un des gaz les plus polluants, responsable du
dérèglement climatique, ont grimpé de 2% en 2018.

Les patrons d'EDF, d'Engie ou d'Orano (ex-Areva) ont souligné que l'électricité décarbonée, à base de nucléaire ou de renouvelables, avait un grand rôle à jouer dans le futur, notamment pour pallier la fermeture progressive des centrales à charbon et autres installations fossiles.

Après une valse-hésitation qui en dit long sur la sensibilité du dossier, le président de la République, Emmanuel Macron, a fini par présenter, le 27 novembre 2018, la nouvelle trajectoire énergétique de la France pour les 10 prochaines années. Cette annonce, très attendue, est intervenue alors que le pouls de la lutte climatique mondiale s'est subitement ralenti en 2018 ; la consommation d'énergie continue de croître partout sur la planète, les émissions de CO2, l'un des gaz les plus polluants, directement responsable du dérèglement climatique, ont grimpé de 2 % cette année, et de plus en plus de pays affichent ouvertement leur climato-scepticisme.

« Conditions économiques raisonnables »

Face à cette morosité ambiante, le chef de l'Etat a tout de même réaffirmé les objectifs majeurs que s'était fixée la France, en 2015, à travers la loi de transition énergétique. A savoir : la maîtrise de la consommation énergétique, la diminution des énergies fossiles (de 20 % en 2023 et 35 % en 2028, par rapport à 2012) et le développement des sources vertes (qui doivent atteindre 32 % de la consommation finale d'énergie d'ici 2030). Un « nouveau modèle énergétique » qui passera, selon le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, par la réduction du poids du nucléaire à 50 % de la production nationale d'électricité en 2035 (contre 71,6 % en 2017), avec la fermeture de 14 réacteurs d'ici là. Mais également par l'arrêt des 4 dernières centrales électriques à charbon (1,8 % de la production électrique française en 2017) à l'horizon 2022. Et, bien évidemment, par l'amélioration des capacités électriques renouvelables.

Celles-ci devront représenter, d'ici 2030, 40 % de la production d'électricité (contre 17 % l'an dernier), « les filières principales permettant d'atteindre l'objectif [étant] l'hydroélectricité [26,5 gigawatts installés en 2028, ndlr], le solaire photovoltaïque [44,5 GW en 2028, ndlr] et l'éolien terrestre [24,6 GW d'ici 2023, ndlr] », comme l'a annoncé le gouvernement dans la PPE. Celle-ci n'a d'ailleurs pas manqué de faire réagir les patrons du secteur de l'énergie, qui avaient été invités à participer au débat public autour de la nouvelle programmation il y a quelques mois. Et ces derniers, qui ont souligné, pour certains, l' « excellente nouvelle », la « décision radicale » ou encore l'apport « capital » de la nouvelle programmation, ont vraisemblablement été séduits par cette trajectoire énergétique.

Dans un premier temps, le recours massif à l'électricité, pour alimenter notre quotidien futur, que ce soit pour le logement ou la mobilité par exemple, a été globalement salué. Comme l'a affirmé Jean-Bernard Lévy, le patron d'EDF, au micro de France Inter, « l'électricité, c'est l'avenir », puisqu'il est possible, déjà aujourd'hui, d'en produire en grandes quantités, « sans nuire à la qualité de l'air et en préservant la planète au titre de l'effet de serre ». Champion de l'or jaune – qui devrait, à terme, « se substituer à l'utilisation de combustibles fossiles, qui ne sont pas durables », selon M. Lévy –, EDF, qui produit grâce à ses 19 centrales une électricité quasi décarbonée à 100 %, a néanmoins pris acte de la volonté du gouvernement de réduire le poids de l'atome dans le mix tricolore. « Notre recommandation, c'est que tous les réacteurs aillent jusqu'à 50 ans, voire 60 ans comme aux Etats-Unis [et] que dans tous les scénarios [de fermeture d'installations, ndlr] les Français puissent avoir de l'électricité dans des conditions économiques raisonnables ».

« Transition écologique compétitive »

Ne pas attaquer les consommateurs au porte-monnaie, surtout à l'heure actuelle, c'est également ce qu'a exigé Isabelle Kocher, patronne d'Engie, sur BFM Business. En insistant notamment sur les « économies d'énergie » à réaliser – qui auraient par ailleurs un effet bénéfique sur le climat –, ce qui nécessite l'émergence d'une véritable « transition écologique compétitive », rendue possible par les énergies renouvelables, dont Engie (éolien et solaire) et EDF (hydraulique) sont actuellement les leaders européens. Seul bémol, d'après Jean-Bernard Lévy : l'intermittence inhérente de ces sources vertes et le coût du stockage encore trop élevé. D'où la nécessité, pour l'instant, d'avoir recours au nucléaire, une « énergie pilotable » selon lui, d'ailleurs recommandé par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Même son de cloche chez Philippe Knoche, patron d'Orano (ex-Areva) et président de la Société française d'énergie nucléaire (SFEN), qui a naturellement estimé que l'atome restera « une part importante de notre avenir », malgré l'annonce de la fermeture de 14 réacteurs dans les prochaines années. « La décision qui a été prise [par Emmanuel Macron, ndlr] n'est pas celle que nous avons défendue lors du débat public de la PPE. Mais le nucléaire restera le socle de la production d'électricité en France avec 50 %, a-t-il effectivement affirmé dans un entretien à l'AFP. En France, notre électricité est bas carbone à plus de 95 %, [ce qui] fait de nous l'un des pays les moins émetteurs de CO2 par habitant ». Deux fois moins que l'Allemagne, précise-t-il également, qui pour pallier la fermeture de ses centrales nucléaires, a dû faire appel au charbon.

Si bien qu' « en matière d'énergie [Berlin] est le contre-exemple à ne pas suivre » selon lui. Avec 40 % de sa production électrique qui dépend encore de la houille, nos voisins d'outre-Rhin produisent ainsi une électricité « plus chère pour le particulier » et fortement émettrice de gaz à effet de serre. D'où l'importance, pour l'ensemble des leaders français du secteur, de renouveler notre confiance dans le nucléaire – qui est très loin d'avoir bonne presse dans l'Hexagone. Philippe Knoche de rappeler cependant que le ministère de la Transition écologique et solidaire « a confirmé le choix du traitement-recyclage pour la gestion des combustibles usés », justement l'un des points d'achoppement des anti-atome. Une bonne nouvelle pour le patron français, puisque « le recyclage réduit le volume des déchets et fait en sorte que 10 % de l'électricité nucléaire produite provient de matières recyclées ».


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Sylvain Gosselin

Titulaire d'un BTS et d'une licence professionnelle en génie climatique, Sylvain Gosselin a travaillé chez Management RH jusqu’en 2015. Un temps responsable d'un bureau d'étude en Aquitaine où l'essentiel de son travail consistait en la rédaction de dossiers techniques et d'appel d'offres, Sylvain Gosselin a opéré un virage à 180° en se lançant dans une carrière de conseil et audit opérationnel dans le secteur du nucléaire.