L'entrepreneuriat n'est pas soluble dans la politique

Selon l'Agence pour la création d'entreprises (APCE), 84 % des jeunes
chefs d'entreprise (moins de 30 ans) se déclarent satisfaits d'avoir
pris le chemin de la création, dont 26 % indiquent être même fortement
satisfaits.

François Hollande n'a sans doute pas laissé son cœur à San Francisco, mais il y a laissé sa parole : celle d'embrasser les entrepreneurs. L'occasion est trop belle de donner quelques éléments de réflexion à notre président, histoire de l'aider à contempler cette promesse dans toute sa dimension.

Quand on croit à l'entrepreneur, on ne croit plus à la politique. Car lorsqu'on croit à l'entrepreneur, la décision publique, dans son aspect centralisé et omnipotent, n'a plus lieu d'être. La grande révélation c'est que le monde change un individu à la fois. Derrière 95 % des mouvements de ce monde, on trouve des entrepreneurs. Ce sont les petites décisions prises, à leur échelle, qui ont l'impact le plus profond et le plus spectaculaire sur la vie des gens.

Les exemples abondent, et les auteurs américains de SuperFreakonomics en ont même fait le thème de leur livre. Ils citent notament le cas de Robert S. McNamara, alors jeune cadre dirigeant chez Ford dans les années 1950, qui fut le pionnier de la ceinture de securité aux Etats-Unis. Son objectif : offrir une solution simple et bon marché à un problème majeur, celui de la mortalité routière. Offerte en option sur les voitures Ford à partir de 1956, la ceinture de sécurité suscita un énorme débat au sein de l'industrie automobile (on n'ira pas dire que la voiture est un produit dangereux !) puis parmi les groupes de consommateurs (la remise en question des compétences des conducteurs était insupportable pour certains, la protection des vies humaines impérative pour d'autres). Lorsqu'une loi fédérale imposa en 1968 aux constructeurs automobiles d'équiper tous les véhicules (sauf les bus), la ceinture de sécurité était déjà entrée dans les moeurs.

L'iPhone ? Il a ouvert le marché grand-public du smartphone, une télécommande universelle telle qu'aucune mesure politique aurait pu lancer.

Je songe aussi à Martin Varsvaski, l'entrepreneur argentin qui a commercialisé au tout début des années 1990 la première alternative bon marché pour les appels longue distance (Viatel). Il est aussi à l'origine de FON, le plus grand réseau Wi-Fi gratuit au monde, bâti un utilisateur à la fois.

Ou encore Henri Seydoux, le patron de la société française Parrot qui, avec ses drones à 300 euros, a mis à la portée de tout un chacun une technologie révolutionnaire propre à susciter une myriade d'innovations de la part d'inventeurs de tout poil.

C'est dans cette exubérance de la créativité individuelle que réside la clé du succès d'une nation, non pas dans les décisions d'une machine de pouvoir centralisé. Nassim Taleb, statisticien, philosophe des sciences du hasard et professeur invité au Centre d'Économie de la Sorbonne, l'explique avec éloquence dans Anti-Fragile : Les Bénéfices du Désordre. Dans un monde chaotique, il est impératif de diversifier les opportunités pour réduire le risque. C'est ainsi que l'on se donne les moyens de rebondir sur les crises.

En termes pratiques, cela signifie notamment encourager l'éclosion spontanée de leaders tout en résistant à la tentation de choisir certains pour les élever au-dessus des autres. Car une large part de la réussite est purement aléatoire. Phil Rosenzweig en parle très bien dans Les Mirages du Management : Comment éviter de prendre de belles histoires pour la réalité. Personne n'est capable de prévoir à l'avance qui va réussir ou pas. L'entrepreneur teste une multitude de projets pour un seul qui réussit.

Alors certes, en travaillant dur, on augmente les chances de succès. Nos décideurs et législateurs ne font pas exception. Et la meilleure manière pour un chef d'Etat d'optimiser les siennes, c'est sans doute encore de laisser le champ ouvert à toutes les énergies entrepreneuriales qui ne demandent qu'à s'exprimer.


A découvrir

Jean-Xtophe Ordonneau

Depuis le milieu des années 80, Jean-Xtophe conseille les entrepreneurs pour les aider à réaliser leurs projets. Il créé en 1993 la financière Melcion d'Arc (qui devient une structure associée de Melcion, Chassagne & Cie, en 1996).

Il a été parallèlement, pendant plusieurs années, entrepreneur dans le secteur des robes de mariées de luxe et de la Haute Couture (Christophe Rouxel).

Il est administrateur du groupe Anxa (privé) et de la société Holy-Dis.

Jean-Xtophe Ordonneau est professeur de Boxe Thaïlandaise, 
et brevet B de parachutisme. 
Il est officier de réserve d'Artillerie.

Il est Président du bureau de l'association des anciens élèves de l'ESLSCA.

Il publie régulièrement sur son blog :http://jxo.typepad.com/
Il est un des auteurs de "Hors-piste ! Entreprendre sans idées reçues", aux Editions les Carnets de l'Info.

Institut des PME (WELLER), Paris, France (1989)
California Institute of International Business, S.F., CA , USA (1988)
ESLSCA, 3° cycle "Ingénierie Financière", Paris, France (1994)
CNAM, CPS Marketing Industriel, Paris, France (1994)
Stanford, GSB, Executive Program for Growing Companies, CA, USA (2002)
Stanford, GSB, Executive Management Program, CA, USA (2007)
ancien auditeur du CHEDE (promo 2009)